Osgraef - Reveries Of The Arcane Eye
Chronique
Osgraef Reveries Of The Arcane Eye
"L’histoire sans fin", vous connaissez ? Il s’agit d’un très chouette film de Fantasy datant de 1984 qui forcément a aujourd’hui pris un petit coup de vieux mais qui cependant devrait plaire à vos enfants si ces derniers ne l’ont encore jamais vu (Atreyuuuuuu!). C’est également l’histoire de Rory Flay et Alexander Poole, deux musiciens américains stakhanovistes, qui n’en finissent pas de multiplier les projets ensemble. En plus de Gelid Dawn, Ghemhamforash, Ichors Glaive, Kveldstimer, Lunar Sorcery, Ogień Astralny, Theurgion et Vörnir, on les retrouve également embarqués au sein d’Osgraef, une entité rejointe récemment par l’Islandais Hafsteinn Viðar Lyngdal (Martröð, Vörnir, Wormlust, ex-Sól Án Varma...) afin d’y poser ses ambiances spectrales et qui se faisant se retrouve embarquer au sein d’une longue liste de formations toutes plus intéressantes et convaincantes les unes que les autres...
Mais si le groupe semble évoluer aujourd’hui sous la forme d’un trio, cela n’a pas toujours été le cas. C’est en effet à deux qu’a été composé et enregistré Reveries Of The Arcane Eye entre 2019 et 2023, premier album d’Osgraef paru il y a un tout petit peu plus d’un an chez Amor Fati Productions. Enfin à deux, pas tout à fait puisque Jason Blackburn (Chaos Moon, Imperial Crystalline Entombment, Ringarë…) y a couché en effet toutes les parties de batterie syncopées et changeantes en tant que musicien de session. D’ailleurs, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est Alexander Poole qui s’est chargé de la production dans son ensemble pour un résultat épais et suffocant qui n’est pas sans évoquer certains de ses projets, actuels ou passés (Häxanu, Kveldstimer, Gardsghastr, Guðveiki, Ringarë...). Pour en finir avec ces présentations d’usage, un petit mot sur cette excellente illustration dont je n’ai pas réussi à identifier l’auteur mais qui à elle seule (en plus de ce chouette logo signé Swartadauþuz) devrait en inviter plus d’un à la découverte.
Alors évidemment, à enchainer les projets l’un avec l’autre et l’un sans l’autre comme ils le font, on pourrait se demander à juste titre quel est finalement l’intérêt pour Alexander Poole et Rory Flay de fonder un énième groupe qui, on le sait d’ailleurs avant même de poser une oreille dessus, sera à ranger lui aussi dans la catégorie Black Metal ? Eh bien en vérité, au-delà de cette idée qui n’a d’ailleurs rien de déplaisant d’avoir encore une fois à faire à des musiciens qui ont prouvé depuis déjà belle lurette qu’ils étaient tous les deux hautement capables, le fait est qu’Osgraef ne ressemble pas vraiment aux autres entités de nos deux hommes. Bien entendu, on va pouvoir dresser ici et là quelques similitudes et autres parallèles plus ou moins évidents avec certaines formations (notamment du côté d’Alexander Poole) mais pris dans sa globalité on ne peut pas dire que ce premier album d’Osgraef soit une quelconque redite de tel ou tel disque.
Une chose est sûre, Reveries Of The Arcane Eye est un album particulièrement belliqueux et véhément. Tout d’abord en termes de rythmes grâce à ces cadences soutenues qui caractérisent sans faillir chacune de ces six compositions (beaucoup de blasts et de trémolo qui fusent) mais aussi grâce à cette production suffocante ainsi que ces ambiances particulièrement menaçantes qui drapent de leurs voiles obscurs ces presque quarante-deux minutes. Malgré un certain nombre de ralentissements qui permettent tout de même de nuancer le propos et autres trous d’air dispensés notamment sous forme d’introductions ou de conclusions instrumentales aux sonorités parfois grandioses (les premières mesures de "Sekhem Apep - Vampyre's Enscription") parfois plus intimistes (ce violon triste et désabusé sur les derniers instants de "Nox Luciferi, Liber Koth", les cloches de messe entendues sur les premières secondes de "Flesh Insignia" tout comme ces sonorités bien plus angoissantes dispensées quant à elles sur la dernière partie de ce même titre), ce premier album s’impose très vite comme un disque éreintant et torturé et cela d’autant plus que les formats sont dans l’ensemble plutôt étirés avec des titres tournant en moyenne aux alentours des six minutes. D’ailleurs, il ne serait pas déplacé ni incongru de dire qu’il y a tout de même un peu de Death Metal dans la musique d’Osgraef. Peut-être pas au point de qualifier ouvertement le projet de Black / Death mais suffisamment pour apporter à la musique du duo une force et une épaisseur supplémentaires contribuant ainsi à son caractère distinctif.
Comme je l’évoquais plus haut, le lien de parenté le plus évident qui transparaît à l’écoute de ce premier album d’Osgraef irait plutôt en direction des projets d’Alexander Poole, en grande partie à cause de son jeu si caractéristique. Celui-ci nous offre en effet comme à son habitude, outre ces saillies nerveuses et incisives, des riffs également beaucoup plus sinueux et lointains aux atours dissonants plus ou moins prononcés et qui, en dépit de cette nature frontale et guerrière mentionnée plus haut, possèdent quelque chose de profondément singulier permettant au Black Metal de nos deux Américains de ne pas susciter une quelconque impression de redite face évidemment à tous ces projets dans lesquels ces derniers sont impliqués.
Premier album intense, opaque et profondément menaçant, Reveries Of The Arcane Eye s’impose sans grandes difficultés comme une sortie de très grande qualité. Avec les deux / trois parties impliquées, il y avait malgré tout peu de doutes sur la question mais les erreurs de parcours étant néanmoins monnaie courante, il est rassurant de voir que l’on peut compter sur Alexander Poole et Rory Flay, deux valeurs sûres, pour viser juste sans jamais décevoir. Proche d’un Collier d’Ombres en termes de rythme et d’un Haxanü ou d’un Guðveiki en termes d’écriture (les riffs lointains et dissonants, le jeu de batterie déconstruit, certaines tournures plus "psychédéliques"...), ce premier album d’Osgraef offre une bonne synthèse de ces deux entités sans pour autant sentir le réchauffé. Bref, fidèles à leur statut, nos deux hommes signent avec Reveries Of The Arcane Eye un premier album particulièrement solide et efficace qui ne fera clairement pas tâche au sein d’une discographie colossale et en tout point exemplaire.
| | AxGxB 31 Mars 2026 - 343 lectures |
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