Profound Lore Records a eu ce que l’on peut appeler une année 2025 particulièrement chargée. Entre les derniers albums d’Evoken, One Of Nine, Caustic Wound, Ancient Death, Pissgrave ou Blood Monolith, on peut dire en effet que le label canadien n’a pas chômé durant ces douze derniers mois. À cette liste déjà bien noircie sur laquelle on trouve d’ailleurs pas mal de prétendants au titre d’albums de l’année, il convient également d’ajouter Innumerable Forms qui en août dernier faisait son retour avec la sortie de son troisième album. Un disque intitulé
Pain Effulgence qui fait suite à l’excellent
Philosophical Collapse paru en 2022 mais aussi à
The Fall Down, un EP trois titres beaucoup plus discret paru au seul format cassette chez Iron Lung Records et sur lequel, vous l’aurez remarqué, je ne me suis pas (encore) attardé.
Enregistré, mixé et masterisé par l’indéboulonnable Arthur Rizk qui depuis 2018 n’a semble-t-il jamais cessé de collaborer avec le groupe de Boston, ce nouvel album a pour l’occasion été illustré par une jeune artiste américaine du nom de Katie Müller. Si son curriculum vitae sur Metal Archives est encore un peu léger (Cemetery Filth, Acrid Rot...), son Instagram laisse à penser qu’il ne risque pas de le rester encore très longtemps. Surtout que pour le coup, je trouve cette illustration particulièrement chouette même si à vrai dire celle-ci n’a rien de véritablement remarquable, notamment dans un registre où ce genre de représentation morbide constitue quelque peu la norme. Bref, visuellement très appétissant,
Pain Effulgence se montre à la hauteur des attentes même si pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai été plutôt surpris de constater malgré ces trois années d’absence que le groupe était déjà de retour.
Avec huit nouveaux morceaux pour une durée relativement modérée d’une bonne trentaine de minutes, on reste dans les standards affichés par Innumerable Forms depuis la sortie de son premier album paru en 2018. Le seul véritable changement à signaler vient de l’absence du bassiste Doug Cho dont la position est ici tenue par le guitariste Chris Ulsh (Power Trip, Impalers, Mammoth Grinder, Morte Triunfante...). Défection définitive ou impondérable l’ayant tenu éloigné des studios lors de l’enregistrement ? Je ne saurais le dire mais une chose est sûre, cela n’a pas beaucoup d’incidence sur le résultat final...
Rangé à juste titre sous la bannière des formations "Death / Doom", Innumerable Forms s’avère pourtant légèrement à part justement grâce aux formats relativement courts de ses compositions. À l’exception d’un "Austerity And Attrition" frôlant de peu les sept minutes, tous les autres morceaux sont ici compris entre deux et cinq minutes seulement. Des durées peu excessives compte tenu du style pratiqué mais qui constituent malgré tout un atout pour les Américains probablement plus à même de séduire les plus réfractaires à ce genre d’union. Ainsi comme ses prédécesseurs avant lui,
Pain Effulgence s’impose comme un album particulièrement dynamique alternant saillies Death Metal menées bien souvent à coups de blasts et autres tapis de double pédale ("Impulse" à 0:35, "Indignation" à 0:52, "Dissonant Drift" à 2:00, "Ressentiment" à 1:58, "Overwhelming Subjugation" à 1:48...), passages plus chaloupés au groove relativement irrésistible ("Impulse" à 1:26, "Indignation" à 1:00, les premières mesures de "Blotted Inside" ou les dernières de "Dissonant Drift" et "Ressentiment", l’entame de "Austerity And Attrition") et bien évidemment nombre de séquences plombées aux ambiances à la fois moribondes et mélancoliques permettant de dresser une fois de plus ces parallèles, que ce soit avec le fameux Peaceville Three qu’avec leurs compatriotes de Winter (toute la seconde partie de "Impulse" à compter de 0:52, les cinquante premières secondes de "Indignation" suivies par cet autre passage débuté aux alentours de 1:35 , « Blotted Inside » à 2:07, les deux premiers tiers de "Overwhelming Subjugation", les cinq minutes endeuillées de "Pain Effulgence", l’essentiel de "Austerity And Attrition", etc.). Toujours concernant ces atmosphères, saluons également le soin apporté une fois de plus aux solos et autres leads mélodiques qui entretiennent désormais plus ouvertement ce lien avec des groupes tels que Paradise Lost ou Hooded Menace. Des arrangements mélodiques particulièrement bien troussés qui naturellement ne viennent jamais se poser comme un cheveux sur la soupe et qui surtout contribuent largement à cette dimension mélancolique, funeste et définitivement résignée qui fait le charme du Death / Doom d’Innumeral Forms en particulier et de ces quelques groupes évoqués plus haut en général ("Impulse" à 2:30, "Indignation" à 2:07, "Blotted Inside" à 2:48, "Dissonant Drift" à 1:01 et 2:41, "Ressentiment" à 1:03, "Overwhelming Subjugation" à 0:53...).
Constant dans l’excellence, Innumerable Forms poursuit ici son petit bout de chemin sans jamais fauter un seul instant. Parfaitement balancé avec toujours cet heureux mélange d’attaques particulièrement frontales, d’instants plus chaloupés et de longs passages bien plus funéraires et mélodiques, les Américains récidivent avec toujours autant de réussite. Certes, album après album l’effet de surprise finit évidemment par s’estomper mais cela n‘a pas vraiment d’importance puisque demeurent des compositions variées, extrêmement bien composées et surtout toutes plus efficaces les unes que les autres que ce soit lors des passages purement Death Metal ou lors des séquences bien plus sinistres et pesantes. Bref, un retour une fois de plus couronné de succès qui comme ses petits copains de label aura mérité sa place parmi les meilleures sorties de l’année.
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