Entamée officiellement en 2022 avec la sortie de
Bluenothing, la nouvelle mue de Worm semble être aujourd’hui définitivement actée. À cela rien de très surprenant dans la mesure où le groupe égrène les indices allant dans ce sens depuis déjà un petit moment. Il y a eu tout d’abord, à peu près à la même époque, toutes ces publications partagées sur Instagram mettant en avant des albums relativement obscurs connus des seuls amateurs de Black Metal symphonique des années 90 (Sirius, Parnassus, Limbonic Art, Grimoire, Tartaros et probablement d’autres que j’oublie) et d’autres reprenant les codes et l’esthétique de cette grande époque (poses de vampires dandy, photographies aux couleurs vives sur fond de voie lactée et autres châteaux oubliés, entrelacs chargés et cadres gothico-romantiques...). Sont apparus ensuite quelques nouveaux logos (dont celui qui orne l’illustration sur votre droite) à l’esprit beaucoup plus grandiloquent (dont certains auréolés de la mention "Necromantic Black Doom"). Puis après s’être fait beaucoup plus discret sur les réseaux sociaux, Worm est finalement sorti de sa crypte en novembre dernier afin d'annoncer la sortie de son nouvel album à l’aide d’un clip vidéo aussi poussiéreux et kitsch que parfaitement irrésistible. Alors évidement tout cela peut prêter à sourire (d’autant que le genre a copieusement été moqué pour tout ce qui fait aujourd’hui le charme d’une telle sortie) mais il faut bien reconnaitre au duo une parfaite maitrise de tous ces codes (sans parler du merchandising qui va avec et qui rappelle les grandes heures de Cradle Of Filth ou Dimmu Borgir avec ces femmes voluptueuses et dénudées).
Intitulé
Necropalace, ce quatrième album constitue donc pour Worm une nouvelle étape dans sa carrière musicale. Aussi afin d’accompagner cette douce transition, le groupe s’est associé au label Century Media Records dans l’espoir évident d’étendre son champ d’action et ainsi toucher davantage d’auditeurs. D’ailleurs, puisque l’on parle de collaborateurs, notons que Samuel Osborne (Funebrarum) et Charles Koryn (Ascended Dead, Decrepisy, Funebrarum...) ont une fois de plus été mobilisés afin d’assurer respectivement les parties de basse et de batterie. L’album est également marqué par la présence d’un invité de marque puisque Marty Friedman (ex-Megadeth) vient dispenser tout son talent sur l’excellent titre final "Witchmoon : The Infernal Masquerade". En ce qui concerne la production, le groupe a fait appel à monsieur Arthur Rizk qui, croyez-le ou non n’avait encore jamais travaillé avec Worm. Enfin un mot au sujet de cette chouette illustration à la sauce Castlevania / Vampire Hunter D que l’on doit à l’Allemand Andreas Marschall qui depuis la fin des années 80 nous a offert quelques artworks iconiques pour des groupes tels que Blind Guardian, Covenant, Destruction, Grinder, Hate Eternal, Immolation, Kreator, Obituary, Running Wild, Sodom et j’en passe...
Comme évoqué plus haut c’est donc effectivement tête la première que Worm a choisi d’embrasser cette pas si surprenante ni si radicale transformation. Une forme de "jusqu’au boutisme" (on l’a vu rien qu’avec ces trois clips qui réunissent absolument tous les gimmicks du genre) qui voit ainsi
Necropalace culminer à plus de soixante-deux minutes pour seulement sept titres là ou ses prédécesseurs composés de cinq à huit morceaux ne dépassaient pas les quarante quatre minutes... De fait, à l’exception de "Gates To The Shadowzone (Intro)" qui comme son nom l’indique fait office d’introduction, chaque autre titre oscille ici entre sept et quatorze minutes. Comme souvent avec les albums fricotant avec ce genre de durées quelque peu excessives,
Necropalace va donc demander un peu d’engagement, de concentration et d’attention de votre part pour pouvoir être apprécié à sa juste valeur.
Jusque-là plus ou moins sous-jacente, l’influence de ces groupes de Black Metal symphoniques des années 90 a donc pris le pas sur... Sur quoi exactement ? Eh bien sur l’équilibre d’une formule Death / Doom qui le temps de deux albums, un EP et un split avait tout de même largement fait ses preuves. Si je ne doute pas que certains auditeurs exprimeront plus ou moins intelligemment leur mécontentement face à ce twist, je suis de ceux qui apprécient voir Worm ne pas se contenter encore et toujours de la même tambouille lui qui après la sortie de
Evocation Of The Black Marsh en 2017 avait déjà fait le choix de changer de braquet de manière d’ailleurs bien plus drastique. Car si l’intégralité de ce nouvel album est porté par un esprit résolument plus Black Metal que Death / Doom, notons néanmoins que ce glissement - en plus d’avoir été doucement mais sûrement introduit dans nos esprits depuis déjà belle lurette - s’est fait de manière intelligente puisqu’au final Worm n’a absolument rien renié de ces fameuses sonorités qui lui ont permis de se tailler une solide réputation et trouver aujourd’hui une place sur un label tel que Century Media Records.
Alors c’est bien joli tout cela mais comment se manifeste concrètement ce changement de cap ? Eh bien principalement par une approche plus dynamique et épique que par le passé mais aussi par des nappes de claviers et autres arrangements baroques quasi-systématiques. Propice aux contrastes et à la nuance de par leurs formats relativement allongés, chaque composition voit ainsi le duo nous dispenser nombre de séquences menées au son de trémolos à la filiation norvégienne tout à fait évidente, de blasts particulièrement soutenus, de tapis de double dynamiques et conquérants et autres accélérations peut-être moins radicales et moins franches mais qui pour autant ne manquent absolument pas d’efficacité ("Necropalace" à 1:29 et 4:04, "Halls Of Weeping" à 5:12, "The Night Has Fangs" à 1:19, 4:03 et 5:44, "Dragon Dreams" à 9:45 et 10:46 et "Witchmoon : The Infernal Masquerade" à 4:12, 5:00, 7:56 et ainsi de suite...). Des tempos auxquels nous n’étions clairement pas habitués chez Worm et qui forcément changent quelque peu la donne. Déjà présentes mais de façon moins systématique, toutes ces nappes de claviers et autres couches synthétiques (notamment ces voix féminines et lointaines qui contribuent encore et toujours aux mêmes ambiances lugubres) aux sonorités désuètes et aristocratiques (piano, orgue, clavecin et compagnie). Des sonorités qui ne sont pas sans évoquer Dimmu borgir période
Enthrone Darkness Triumphant et
Spiritual Black Dimensions (c’est d’ailleurs flagrant sur les toutes premières mesures de "Necropalace" à 0:25) même si évidemment d’autres noms pourraient tout aussi bien convenir (Limbonic Art, Odium, Emperor, Obtained Enslavement, Covenant, Diabolical Masquerade...). On trouve également quelques samples à l’image de ces épées qui croisent le fer sur "Necropalace", de ces cloches solennelles sur "Halls Of Weeping" ou bien encore quelques passages acoustiques ("Necropalace", "Dragon Dreams"...) et autres percussions grandiloquentes et cérémoniales ("Halls Of Weeping") pour un rendu et des atmosphères encore plus immersifs et convaincants.
Malgré tout cela et comme je l’évoquais plus haut, Worm n’a en aucun cas renoncé à son ADN Death / Doom. Aussi lorsqu’il n’est pas occupé à la jouer "Interview With The Vampire" dans sa version Black Metal norvégienne, le duo américano-canadien offre encore de belles séquences rampantes dont il a le secret comme en atteste "Necropalace" à 2:09 et 5:40, "Halls Of Weeping" de 1:05 à 5:10 puis de nouveau aux alentours de 6:36, "The Night Has Fangs" à 4:31, "Blackheart" à 2:56 ainsi que sur ces derniers instants aux ambiances très proches d’un Dream Unending ou bien encore "Witchmoon: The Infernal Masquerade" à 6:06. Côté chant, pas de grande différence puisque le growl profond présent sur
Gloomlord et
Foreverglade continue d’être utilisé généreusement tout au long de ces soixante-deux minutes chargées.
Autre point qui n'a pas changé, la qualité du jeu de guitare et notamment des solos et autres leads. Si on savait Philippe Allaire-Tougas aka Wroth Septentrion plus que compétent avec ce genre d'instrument entre les mains (guitares sept et douze cordes sont ici au programme), le Canadien vient une fois de plus nous éblouir de ses leads et de ces solos mélodiques absolument grandioses et épiques. On imagine très bien qu’en invitant Marty Friedman dont on saluera d’ailleurs la prestation évidemment impeccable (au jeu facilement identifiable) notre homme a finalement assouvi un rêve de gosse mais de "Necropalace" à 7:49 à "Halls Of Weeping" à 3:30 en passant par "The Night Has Fangs" à 1:43 et 3:03, "Dragon Dreams" à 7:51 ou "Blackheart" à 4:43 on ne peut pas dire que notre homme ait vraiment à rougir de quoi que ce soit.
Alors j’ai peut-être omis deux ou trois petites choses mais avec presque deux pages remplies de caractères, je pense qu’il est temps de mettre un terme à cette chronique (d’ailleurs si vous êtes arrivés jusqu’au bout, félicitations et merci). Est-ce que j’aurai aimé voir Worm poursuivre dans la voie de ce Death / Doom qui a fait le charme de ses deux albums précédents ? Probablement, oui. Est-ce que ce virage Black Metal symphonique qui d’ailleurs parvient à conserver ce qui faisait jusque-là l’identité du duo me chagrine ? Pas le moins du monde et comme dit plus haut je suis même ravi de constater que le groupe n’a pas choisi la facilité en réitérant encore et encore la même formule à l’identique. On pourra peut-être reprocher au duo de faire un poil trop de "fan service", notamment à travers ses clips faussement datés et son merchandising sexy mais étant du genre à succomber facilement à la nostalgie, ce n’est évidemment pas moi qui vais m’en plaindre (même si je n’irai pas porter leurs t-shirts). Et puis surtout,
Necropalace est un album incroyablement bien composé, parfaitement balancé car varié et efficace, interprété par des musiciens particulièrement talentueux et finalement malgré tous les parallèles tracés, assez personnel. Bref, je suis une fois de plus sous le charme de ce groupe qui parvient à chaque fois à viser juste avec une aisance et une maitrise des plus déconcertantes.
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