Avez-vous déjà eu la curiosité, potentiellement malsaine, de visionner le clip « 3SEX » de
Nicola Sirkis & Christine and the Queens ? Vous aussi vous la trouviez insupportable cette esthétique androgyne aux coupes de cheveux sponsorisées par les salons Jean Louis David ? Vous aussi vous aviez envie de leur dire de retrousser leurs manches parce que c’est ridicule de se fringuer comme les
TRANXEN 200 ? Vous aussi vous pensiez « tu es adulte Nicola, tu es adulte Rahim C. Redcar, il est peut-être temps d’arrêter de vivre dans les souvenirs fantasmés de 1985 » ? Parfait, voilà l’exact état d’esprit nécessaire pour s’intéresser à
LYCOSIA : le désir d’affirmer haut et fort qu’enfiler des chaussettes noires sur les mains, ça craint, que porter des chemises blanches ouvertes sur le torse, ça craint, que prendre les poses du Christ en croix devant un ventilateur, ça craint, il n’y avait que le grand
Michael Jackson qui pouvait se permettre ce genre de choses. Pour le commun des mortels, aussi boursoufflé que soit son égo, ce devrait être tout bonnement
verboten.
Pourquoi est-ce que je parle de cela moi ? En bridant mes réflexions vindicatives d’ailleurs… En plus, je ne suis pas à proprement parler fan de
LYCOSIA mais j’ai toujours eu beaucoup de respect pour son évolution artistique, lui qui a su intelligemment dépasser dès son deuxième album
Unisex (magnifique pochette au passage et bijou de
pop que je rangerais entre
THE CARS,
Morrisey et
ELASTICA), le pseudo
thrash metal atmosphérique de
No Love Lost (1999), des débuts peu inspirés soyons francs, pour s’orienter vers une musique davantage
poppy, glam, érotique et électro-gothique (ils appellent cela du
glam-goth-deluxe) : un
INDOCHINE qui aurait su dépasser le stade de la puberté, un soupçon du
PARADISE LOST de
Host (totalement culte pour moi), un côté
DEPECHE MODE assumé probablement aussi, avec une surcouche d’esthétique
lipstick et résilles… J’ai toujours trouvé ça chouette, pas racoleur, original et loin d’un quelconque phénomène de mode. Profondément anglais également.
Si je commence par m’intéresser à cet éponyme c’est parce que selon moi il est à la parfaite croisée des chemins : encore suffisamment
metal atmosphérique pour que les barbus ne trainent pas trop les pieds au moment d’accompagner leur meuf au concert (oui, cette phrase est misogyne, je l’assume) mais faisant déjà preuve d’une sensualité qui dépassait alors largement le cadre normatif de l’hétérosexualité, jouant habilement sur l’ambiguïté des genres. Je ne sais pas si la formation s’est un jour revendiquée d’un quelconque mouvement mais la photographie qui illustrait si magnifiquement
Unisex en 2001, elle était quand même vachement en avance sur son temps, d’une beauté troublante et il y a vingt-cinq ans tout le monde s’en foutait. Pas au sens de « personne n’en avait rien à battre de
LYCOSIA », plutôt au sens de « chacun fait ce qu’il veut avec son cul », la France n’ayant jamais été un pays de police des braguettes. Aujourd’hui, époque d’inversion des valeurs, génération
body positive, misère sexuelle, compétition victimaire… J’espère, cher lecteur, que tu n’es pas de ceux qui usent d’expressions telles que « red flag », « j'ai un date », « je me sens safe » et « c’est ok ».
En fait
LYCOSIA, en avance sur son époque, aurait pu cristalliser cela : son imagerie androgyne, ses mélodies Kir Royal rouge à lèvres sur le rebord du verre, ses influences moyen-orientales à l’image de l’excellent « Scythia », véritable porte-drapeau de l’album, sa mixité musicale, tout aurait pu propulser la formation en étendard des luttes sociétales, il n’en fut heureusement rien. Les musiciens sont certes de plus en plus partis dans les méandres de la
pop au sirop, au point que
Midnight Rock Celebration a dû faire fuir les derniers fans qui restaient, moi-même, tolérance incarnée, je préfère aller voir du côté de
THE SMITHS mais il demeure une démarche intègre loin des défilés de mode, destin pourtant promis à une formation dont le glamour décadent aurait pu séduire les podiums.
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