Damian Leski »
Harrowed - The Eternal Hunger
Chronique
Harrowed The Eternal Hunger
Porté par deux vieux briscards de la scène de Stockholm (que l’on a pu entendre notamment dans VAK et MORBUS CHRON) HARROWED est cependant un nouveau-venu sur le marché local avec son Death Metal putride aux accents Punk, mais qui malgré quelques courtes sorties trop limitées pour s’apercevoir de la qualité sur la durée du produit (Démo + un Split avec PHANTOM CORPORATION) bénéficie déjà d’une petite réputation dans l’underground du royaume nordique. Suffisamment en tout cas pour qu’il s’attire les faveurs de toujours qualitatif Dying Victims Productions (qui déçoit rarement avec son catalogue assez homogène et toujours sympathique), et de fait on a de quoi être optimiste sur le résultat proposé de par sa présence sur le catalogue du label allemand… surtout que les trente-six minutes proposées ici vont parfaitement faire le boulot sans chercher à réinventer quoi que ce soit. Effectivement ceux qui veulent quelque chose de moderne et d’ultra technique pourront passer facilement leur chemin, en revanche les fans inconditionnels d’old-school seront largement satisfaits vu que le binôme ne s’embarrasse pas de futilités, livrant ici un disque homogène et jamais ennuyeux où le dynamisme est de mise sur fond de son grassouillet où l’humidité comme la graisse débordent de partout.
La preuve dès les premiers instants de l’excellent « Bayonet » à l’écriture rudimentaire et à l’exécution instinctive où tout est joué tête baissée de façon bien rapide, même si une partie centrale plus bridée et remuante permet d’éviter toute redondance afin de mieux relancer la machine ensuite. Oscillant donc entre le HM-2 des origines et des influences proches de MASTER cette composition dévoile tout de suite la teneur de ce long-format avec sa fluidité implacable et sa facilité de mémorisation pour le cerveau, tant schématiquement ça rentre rapidement dans le crâne (« Ultra-Terrene Phantasmagoria » reprendra d’ailleurs cette même trame de façon plus rudimentaire mais toujours avec brio, tout comme « Blood Covenant » légèrement plus technique mais pas moins efficace). Si la vitesse reste prépondérante les gars ont heureusement la bonne idée de ne pas miser que là-dessus, au risque sinon pour eux d’être beaucoup trop rapidement répétitifs (ce dont Paul Speckmann ferait parfois bien de s’inspirer) ce qui heureusement n’arrive jamais ici. Il faut dire que bien calées entre ces plages débridées « The Cold Of A Thousand Snows » et « The Haunter » vont offrir des moments de respiration impeccables en raccord avec l’univers tortueux proposé jusque-là, car pour la première on va avoir droit à des plans en mid-tempo entraînants à souhait conjugués à du bridage d’obédience Doom le plus écrasant et d’où émerge un break tribal suffocant. Du coup on est pris dans un étau de pluie où la pression est constante, celle-ci ne se libérant que pour accélérer la cadence où la puissance prend sa pleine mesure, ce que la seconde composition va faire également tout en accentuant la nostalgie et la rigueur hivernale. En effet après un début marqué par des arpèges gelés inquiétants l’ensemble va ensuite passer du matraquage le plus forcené à des ralentissements marqués où là encore la densification va se faire, à coups ici de riffs presque Heavy et de rythmiques en médium pour headbanguer promptement… tout cela avant une longue conclusion au lead mélodique et hommage à une époque révolue (tant l’on sent la marque du mythique « Left Hand Path » d’ENTOMBED), clôturant une première moitié d’album absolument impeccable.
On se doutait donc que la suite nous offrirait le même plaisir coupable et c’est effectivement le cas avec tout d’abord « The Reins » qui nous offre les deux extrémités rythmiques du duo, qui sert de gros défouloir en règle avant de s’épaissir pour mieux envelopper les courageux ici présents dans un amas graisseux dont il est impossible de s’échapper. Et ça ne sera pas avec « Formaldehyde Dreaming » que les choses vont changer… bien au contraire vu qu’on accentue encore plus les radicalités des forces en présence, avec une légère place aux passages intermédiaires pour se faire entendre tout en gardant cette furieuse envie de secouer la tête de façon régulière. D’ailleurs on retrouvera cette envie une ultime fois avec le tout aussi ragoûtant « The Eternal Hunger » où les douces notes coupantes en guise d’introduction vont ensuite laisser place à une succession de hauts et de bas en sortant toute la panoplie de jeu des deux compères. Ceux-ci vont d’ailleurs surprendre ceux qui se pencheront dessus de manière attentive, tout en ayant une pensée pour le regretté L.G. Petrov dont l’ombre rôde durant toute l’écoute de cette composition… comme de cette galette en général.
Car même si on aura souvent la sensation que ça se recycle en permanence et qu’on a entendu tout cela des milliers de fois auparavant il faut bien reconnaître qu’on passera outre ce ressenti, vu qu’ici l’agressivité générale conjuguée à la qualité de l’écriture font largement oublier ces détails. Tel un aliment riche en sucres et qu’on connaît par cœur mais tellement agréable à déguster cet enregistrement est exactement la même chose, un plaisir coupable dont on connaît chaque seconde mais qu’on remet dans les oreilles avec le même bonheur à chaque fois, tant c’est homogène de bout en bout et suffisamment varié pour qu’on accroche immédiatement. Pas la sortie du siècle c’est évident mais c’est fait avec une telle sincérité qu’on passe au-dessus de cela, surtout que dans ce registre saturé on a connu dernièrement nombre d’opus franchement quelconques voire moyens… et ça devient tellement rare d’avoir une nouveauté qui sorte du lot de cette masse informe que ça mérite d’être salué et encouragé… tout ça écouté à fort volume, cela va de soi.
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