Évidemment que l’on va parler de drogues. Abscess aura beau avoir eu une certaine variété sur sa discographie, passant d’exutoire grind / death / punk de Chris Reifert à une continuation de l’œuvre d’Autopsy entre son suicide et sa résurrection, il aura toujours donné l’impression d’être le produit de personnes en abusant. Alors, quand en plus on sait que
Through the Cracks of Death est sans doute l’œuvre des Ricains où l’influence des substances se fait le plus sentir, pensez donc ! Impossible de faire l’impasse !
Bien sûr, sur le papier, on pourrait croire que l’on a là une œuvre plus sage que ses ancêtres,
Through the Cracks of Death marquant par sa durée et son style la première véritable création d’Abscess cherchant à se mettre au niveau d’Autopsy,
Tormented ayant encore des allures d'amusement (trompeur) dans sa retenue. Rien de tout ça dans ce death metal furieusement punk, doom seulement quelques instants mais suffisamment mémorables (miam, ces passages écroulés et sabbathiens sur « Serpent of Dementia » et « Die For Today ») pour qu’on ne l’évacue pas de l’ADN du projet : ces quarante-trois minutes perpétuent la bêtise jouissive qui fait le prix de cette entité-ci, bien plus délicieuse à mes oreilles que ce qui a suivi
Mental Funeral chez la formation principale de Chris Reifert. « Tomb of the Unknown Junkie » ; « Raping the Multiverse » ; « Escalation of Violence »… Rien que la lecture des titres des morceaux donne un sourire satisfait à n’importe quel amateur de metal cradingue. Ceux-ci sont clairement au bon endroit, tant on a là une saveur que l’on trouve rarement dans le metal extrême, jouant les toxicos pour la rigolade et les sales sans en faire ressortir le sordide de la chose.
Pas de ça ici :
Through the Cracks of Death est dégueulasse, l’assume et en montre tout le glauque, joie de maniaque défoncé, les premiers titres comme montée vers des sommets d’intensité – un départ sur les chapeaux de roues qui finit cramé comme la gomme sur « Serpent of Dementia » – puis descente dans des méandres où le sourire se fait crispé tant j’ai l’impression d‘écouter des gens véritablement défoncés. Suspension d’incrédulité totale : les cris sonnent trop étalés et douloureux, la rythmique trop au bord de vriller complet, les guitares comme passée au filtre d’un bong (étonnamment, ce n’est pas Billy Anderson à la production alors que l’ensemble porte sa marque, de ce grain bien présent à cet étouffement général qui invite à monter le volume pour vraiment apprécier le travail sur le son)… Tout pue la drogue comme rarement sur un disque de ce genre, ni sludge, ni stoner, ni « dope », ni « sick », « smoker » ou « throne ».
Alors, ok, on a bien compris qu’on a là des bons clients pour aller en addicto mais la drogue chez Abscess, elle est comment ? La pochette réalisée par Miran Kim – illustratrice pour Incantation, Amorphis, Arch Enemy… mais aussi Métal Hurlant, X-files ou Les Contes de la Crypte (respect) – donne plus que des indices : elle indique dans quel genre d’enfer elles emmènent.
Through the Cracks of Death est un album qui jouit de douleurs, de supplices tout autant psychologiques que corporels. Certes, on quitte le scabreux du death / grind d’albums comme
Urine Junkies et
Seminal Vampires and Maggotmen mais les tortures dépeintes n’en deviennent que plus psychédéliques, démence vécue à fond dans le rouge, solos s’égosillant et riffs lancés pleine balle. Par moments, on a même l'impression que le groupe est sur le point de perdre le contrôle, comme si l’œuvre entière allait imploser sous le poids de sa propre brutalité désinvolte (« An Asylum Below » et sa violence insane ; les soubresauts nauséeux de « Monolithic Damnation »).
On pourrait reprocher à
Through the Cracks of Death de souffrir des mêmes maux que les albums d’Abscess post-Autopsy, c’est-à-dire capitaliser sur
Mental Funeral pour en offrir un décalque moins mémorable. Il est vrai que le temps passe comme une longue descente en enfer dont on retient des sensations plus que des morceaux en particuliers, montée en flèche suivie d’une dégringolade continue, toujours plus rongé, toujours plus obscène, toujours plus, là où
Horrorhammer portera cet art du cadavre exquis à son plus haut et fier. Mais c’est bien parce qu’Abscess voit au-delà d’Autopsy qu’il est aussi chaotique, entrouvrant le voile de chair et de mort pour voir ce qui s’y trouve derrière. L’horreur vécue avec délectation et stupeur, rapportée dans ce qu’elle a de plus crue. Soit, un point culminant du voyage sans fin de Chris Reifert au sein du macabre.
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