Këkht Aräkh - Morning Star
Chronique
Këkht Aräkh Morning Star
Ayant opéré ces deux dernières années une percée significative au sein de milieux bien plus fréquentables que les méandres de l’underground Black Metal où il était jusque-là confiné, Këkht Aräkh se retrouve aujourd’hui signé chez Sacred Bones Records, label new-yorkais pour le moins hétéroclite (John Carpenter, Thou, Zola Jesus, Cult Of Youth, Boris, Pharmakon, Marissa Nadler...) qui depuis 2007 n’a finalement que très peu fricoté avec ce genre d’artistes (un split entre Aura Noir et Black Magic et puis voilà). Autant vous dire que l’annonce de cette collaboration fut pour ma part une véritable surprise même si rétrospectivement celle-ci fait tout à fait sens. Plus inquiétant à mes yeux furent cependant tous ces clips low-fi repiqués sur une vieille VHS rincée qui, bien que cool, semblaient quelque peu vouloir forcer le trait, ces poses et autres gestuelles un tantinet gênantes quelques part entre l’"Emo Kid" mal dans sa peau et l’amateur de Black Metal romantique en goguette et surtout l’annonce de collaborations avec des artistes n’ayant rien mais alors vraiment rien à voir avec le schmilblick (VS--55, Bladee et Varg2™)... Bref, j’avais effectivement quelques craintes avant de poser mes oreilles sur ce troisième album intitulé Morning Star.
Une appréhension qui s’est d’ailleurs assez vite estompée à la vue de cette illustration ultra-clichée et bien évidemment déjà vue un nombre incalculable de fois auparavant mais que je trouve malgré tout toujours aussi cool avec ce noir et blanc passé, ces clous et ces cartouches à ne plus savoir qu’en faire (si ce n‘est ouvrir un Leroy Merlin / stand de tir), cette masse d’armes et tout le reste... Rien de nouveau mais la promesse d’un Black Metal fidèle aux premières sorties du one-man band ce qui à vrai dire est largement suffisant pour me contenter. Une appréhension définitivement balayée à l’écoute des différents singles dispensés en amont et de ces cinquante minutes aussi chargées que variées qui dans un registre Black Metal romantique parviennent une fois de plus à faire mouche sans forcer...
Alors bien évidemment, pour apprécier la musique de Dmytro Eugenovich Marchenko il ne faut pas être allergique à cette grosse dose de sensibilité que l’Ukrainien relocalisé aujourd’hui à Berlin a toujours insufflé dans ses compositions mais si cette approche mélancolique et émotionnelle ne vous a jamais fait peur alors vous n’avez aucune crainte à avoir...
Composé de dix-sept titres (oui, quand même), Morning Star perpétue cette tradition des interludes acoustiques pour dandy déprimés à la seule différence qu’on y trouve désormais du chant comme sur n’importe quel autre morceau du groupe. De prime abord ce troisième longue-durée peut donc paraître particulièrement dense du haut de ses cinquante minutes mais ces quelques compositions ("Genom Sorgen", "Drömsång", "Trollsång", "Land Av Evig Natt I" et "Morning Star") ainsi que plusieurs autres petites séquences dispensées ici et là en guise d’introductions ("Raven King") et de conclusions ("Castle", "Raven King", "Vigil") font malgré tout office d’appels d’air en offrant effectivement quelque chose d’un petit peu différent (malgré des ambiances finalement assez similaires) grâce à une approche dépouillée et intimiste offrant à Dmytro Eugenovich Marchenko la possibilité d’y exposer encore davantage cette sensibilité à fleur de peau qui le caractérise. Là encore, ces titres apporteront du grain à moudre à tous les détracteurs de Këkht Aräkh qui n’entendront là-dedans que jérémiades et autres expressions d’un manque flagrant de virilité mais à mon sens Dmytro Eugenovich Marchenko s’en sort particulièrement bien restant à bonne distance de sonorités trop mièvres qui pourraient lui porter préjudice (même si parfois, il faut bien le reconnaitre, il n’en est pas forcément très loin).
Pour le reste et comme le suggère cette photographie servant d’illustration à ce troisième album, Morning Star n’est naturellement pas bien différent de ses prédécesseurs. Effectivement, monsieur Crying Orc va offrir une fois de plus à ses auditeurs un Black Metal atmosphérique, mélodique et mélancolique servi par une production famélique et rudimentaire (plus que sur Pale Swordsman d’ailleurs) mais néanmoins toujours très bien équilibrée avec notamment une basse délicieusement mise en avant et des instruments tout à fait audibles. Këkht Aräkh n’étant toujours pas un foudre de guerre (d’ailleurs là encore probablement un petit peu moins que sur son prédécesseur que je trouvais un poil plus agressif)), le rythme n’est jamais vraiment très soutenu même si les accélérations (toujours assez modérées) ne sont pourtant pas rares. Sur ces semi-blasts gentillets viennent se poser à la fois des guitares abrasives dont les riffs décharnés et hypnotiques ne manqueront pas de nous envouter mais aussi de nombreuses mélodies dispensées à travers des guitares au son clair pour un rendu définitivement plus net et contrasté. Alors c’est certain, l’effet de surprise des deux premiers albums est aujourd’hui quelque peu passé mais à titre personnel je trouve encore la formule suffisamment intéressante pour y trouver pleinement mon compte et cela malgré notamment une légère baisse de régime.
Fidèle à ses prédécesseurs en étant néanmoins un petit peu différent, autant sur le fond que sur la forme, Morning Star ne fera évidemment pas l’unanimité même auprès des amateurs de Black Metal qui trouveront dans la musique de l’Ukrainien quelque chose de probablement trop niais, trop cul-cul, trop mièvre... Pour autant, malgré deux / trois petites choses qui avant la sortie de ce troisième m’ont fait quelque peu douter, je dois bien reconnaître que la formule fonctionne une fois de plus. Certes, il n’y a rien de très original dans les différents éléments proposés par Këkht Aräkh (un peu de Burzum, un peu de Ulver, un peu de Darkthrone, un peu de Lifelover...) et en même temps, malgré des éléments évoquant effectivement selon vos sensibilités telles ou telles autres formations, l’Ukrainien parvient à développer dans sa musique et à travers chacun de ses albums une singularité qui le classe définitivement un petit peu à part d’une scène Black Metal que l’on sait pourtant respectueuse d’un cahier des charges bien défini.
| | AxGxB 4 Mai 2026 - 550 lectures |
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