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Strup - Abyssurge
Chronique
Strup Abyssurge
Après de brèves recherches effectuées sur Google, il semblerait que le mot "strup" signifie "croûte" en vieux slave. Si je n’en suis cependant pas tout à fait certain, cela paraît néanmoins coller à la musique de ces jeunes Ukrainiens versés en effet dans la pratique d’un Death / Grind particulièrement rugueux et coriace. Formée à Kiev en 2024, cette jeune formation prouve également que face à l’adversité, le peuple ukrainien n’entend pas rester silencieux et que derrière les lignes de front la vie suit son cours, tant bien que mal.
Si lors de ma découverte du groupe il y a quelques mois la plupart des membres de Strup ne m’étaient pas connus, j’ai néanmoins pu constater que le guitariste de la formation n’était autre que Yehor Mutylin des excellents Mulyfication, un groupe de Death Metal ukrainien dont je ne peux que vous recommander l’écoute et dont il faudrait d’ailleurs que je vous parle un de ces quatre. Pressé d’en découdre mais ne souhaitant vraisemblablement passer ni par la case démo ni par la case EP ni par tout autre sortie de modeste envergure, le groupe a choisi de sortir en février dernier son tout premier album. Un disque intitulé Abyssurge paru sur les labels américains Rotted Life Records et Gurgling Gore.
Auréolé d’une illustration tout à fait engageante signée des mains de je ne sais qui, ce premier album possède bien des arguments pour convaincre. Le premier, avancé par Rotted Life sur sa page Bandcamp afin de pousser le chaland à cliquer sur "Écouter", est évidemment ce parallèle fait avec des groupes tels que Caustic Wound, Nashgul ou bien encore Looking For An Answer. Alors je suis probablement un peu con mais lorsque je vois cité Caustic Wound par un label aussi sérieux et qualitatif que Rotted Life bah j’y vais sans trop me poser de questions et comme vous pouvez vous en doutez, je n’ai clairement pas eu à le regretter...
Composé de seulement neuf morceaux pour un total d’un petit peu plus de vingt-sept minutes, on va vite se rendre compte qu’Abyssurge n’est pas aussi frontal et direct qu’un Death Posture ou un Grinding Mechanism Of Torment. Pour autant, impossible en effet de ne pas penser au groupe de Seattle à l’écoute de ce premier album particulièrement efficace et redoutable. La formule a beau être cousue de fil blanc et ne laisser aucune place à l’originalité, l’exécution est telle que l’on en vient très vite à reléguer ce petit détail là où il devrait éternellement demeurer : aux oubliettes.
Si le titre "Absorbing Vacuum" tout en riffs plombés va servir aux Ukrainiens à poser les termes sans dévoiler toute l’étendue de leur champ d’action, passées ces deux petites minutes faisant office d’introduction les choses vont tout de même rapidement se corser. Certes Abyssurge n’est pas qu’une succession de bourre-pifs bas du front déroulés à toute berzingue pendant un petit peu plus de vingt-sept minutes mais on ne va pas se mentir, l’essentiel de cette petite demi-heure est tout de même bel et bien menée le couteau entre les dents à coups de blasts punitifs et autres accélérations sauvages (comme par exemple ces quelques séquences de toupa-toupa toujours aussi efficaces et entrainantes dispensées ici et là), de riffs nerveux jamais très compliqués mais grattés avec passion et intensité, de solos bruyants et chaotiques et de lignes vocales gutturales capables de digressions aussi sales que réjouissantes.
Malgré une cadence relativement soutenue et des BPM qui s’affolent, le format relativement étiré des compositions (hormis un "Soot" affiché à une cinquantaine de secondes, on oscille plutôt entre deux et trois minutes par titre et même presque six minutes pour "Abyssurge" qui vient conclure l’album sur une note particulièrement étouffante) au regard du genre pratiqué s’avère propice à varier les plaisirs. Une chose pour laquelle Strup ne se fait absolument pas prier puisqu’en effet, les ralentissements, changements de rythmes et autres variations dynamiques sont plutôt nombreuses tout au long de l’album. Comme toujours c’est un moyen pour les Ukrainiens de varier les plaisirs et ainsi apporter un soupçon de relief à une formule plutôt linéaire par nature. C’est également un moyen pour le groupe s’insuffler une pointe de groove particulièrement agréable comme par exemple sur "Pseudorot" à 0:13 et 2:20, "Exgrave" à 1:49, "Fractal Decay" à 2:22 ou bien encore les premiers instants d’"Abyssurge".
Alors voilà, inutile de tergiverser plus longtemps au sujet de cet album puisque je pense avoir tout dit et surtout rien oublié. La formule est connue de tous, renvoie inéluctablement à d’autres formations dont certaines tout de même un poil plus talentueuses (Caustic Wound, encore et toujours) mais très franchement, il faudrait être sacrément coincé du séant (pour parler poliment) pour ne pas prendre de plaisir à l’écoute de ce Abyssurge faisant comme tout autre album du même genre office d’excellent défouloir. En effet, pas de révolution à l’horizon mais à vrai dire cela n’a jamais été nécessaire pour nous mettre la tête à l’envers. Et sur ce dernier point, Strup maîtrise son sujet sur le bout des doigts.
| | AxGxB 16 Juillet 2026 - 467 lectures |
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