Vomepotro - Fall Into Decay
Chronique
Vomepotro Fall Into Decay
Inconnu par chez nous VOMEPOTRO n’est pourtant pas un nouveau venu au sein d’une scène brésilienne clairement en recherche d’un second souffle, car fêtant en ce moment ses trente ans d’existence le combo revient néanmoins de très loin tant son histoire a été jalonnée de coups durs et de drames. Car après une première courte existence entre 1996 et 2000 (où quelques Démos ont vu le jour) il va ensuite se mettre en pause jusqu’en 2003… avant de relancer la machine durant dix-huit années, une longue période d’activité qui verra le groupe sortir deux albums (dont le dernier chez Sevared Records) mais aussi subir de gros chamboulements internes de façon dramatique. En effet en 2014 c’est le bassiste Cristiano Nery qui met fin à ses jours plongeant donc la formation dans le deuil et le doute, avant qu’en 2021 le batteur et dernier membre d’origine André Martuchi n’en fasse de même… précipitant ainsi les survivants vers un nouveau break inéluctable et qui semblait cette fois-ci définitif. Pourtant tel le phénix revoilà l’entité aujourd’hui reformée autour des deux guitaristes (et renforcée par des vieux briscards à la basse et derrière la batterie), qui en profite donc pour signer son troisième opus et clairement le meilleur à ce jour… comme si toutes ces épreuves avaient donné du grain à moudre pour l’inspiration du quatuor. Celui-ci signant par la même occasion sept morceaux redoutables et un instrumental tout aussi inspiré… qui sentent clairement l’influence venue de Grèce, avec MASS INFECTION et INVERACITY en tête de liste.
Autant dire qu’avec des références pareilles sur le papier ça ne peut qu’envoyer, et dans les faits c’est effectivement le cas vu que tout du long c’est d’une qualité sans nom où la fluidité est de mise et les variations nombreuses, sans jamais tenter d’en faire trop afin de privilégier le feeling au surplus technique outrancier. Tout cela apparaît immédiatement avec « Fall Into Decay » qui met immédiatement les pieds dans le plat car aucune introduction ni interlude ne vont venir perturber la marche en avant de la bande, qui d’entrée balance de longs blasts destructeurs en alternance sur des passages lents au tapis de double proéminent joués avec une simplicité déconcertante… tout cela avec un growl caverneux et même quelques moments porcins forts délicats. Misant donc habilement sur les variations et portée par un groove incandescent et permanent cette première plage place le niveau très haut avec ses riffs affûtés et ses solos qui viennent aérer tout cela sans jamais voir l’attractivité faiblir, un point commun avec le très court « Beaten To Death » qui réussit le tour de force en deux minutes à peine à balancer tout son panel de jeu de façon frontale et vindicative mais avec juste ce qu’il faut de cassures et ralentissements, sans donner la sensation de lasser.
D’ailleurs la doublette qui enchaîne juste après cela (« Voracious Atrocity » / « Abyss Of Lunacy ») va garder ce même équilibre avec toujours autant d’attractivité, ajoutant même quelques légères rythmiques syncopées pour mettre à l’épreuve les cous les plus solides, vu qu’on a immédiatement le besoin de le secouer frénétiquement sur cet impeccable équilibre des forces constant et présent aussi bien en mode explosif que bulldozer étouffant toute velléité de rébellion. C’est ce dernier point qui est mis plus en avant sur le tentaculaire « Your Pain, I Despise » suffocant au possible du fait d’une mise en abîme plus flagrante du train de sénateur, créant donc un ressenti à l’obscurité plus marquée où l’écrasement est de mise… mais où la brutalité n’est pas absente afin de ne pas tomber dans la linéarité et miser ainsi sur une variété complète des tempos où l’on privilégie le bridage aux explosions de rapidité. Ces dernières vont retrouver leur place et leur allant avec les furieux et remuants « Insect Spawning » et « Putre-Nuptial Orgies » où les blasts reprennent la priorité, même s’ils n’hésitent jamais à s’effacer afin d’équilibrer les débats et en proposant même des plans en médium absolument redoutables. On se laisse donc embarquer aisément dans ce tourbillon sonore insaisissable et tempétueux qui nous gratifie même de quelques vibrations positives dignes de GORGASM, ce qui n’est finalement pas une surprise en soi car même si effectivement le côté helléniste reste prépondérant il faut avouer que sur nombres de passages implacables (principalement sur les leads et les patterns de batterie) on y entend la patte du combo phare de Damian Leski. Tout cela prouve donc que les Brésiliens ont parfaitement assimilé et écouté avec attention le travail effectué en amont par tous ces grands noms, et que désormais ils n’ont franchement rien à leur envier tant il va falloir les suivre avec attention dans le futur.
Clôturant cette bataille largement gagné avec l’instrumental « Festering Degradation » (qui prend en étau une dernière fois l’auditeur avec ce versant totalement bloqué sur la pédale de frein pour amener encore de la chaleur comme de la noirceur), cette conclusion est à l’image du reste entendu en amont… aussi musclée que qualitative et on se délecte avec plaisir et sourire de chacune des écoutes intégrales passées et à venir. Ne souffrant donc d’aucun défaut (malgré le fait que ça ne réinvente absolument rien) ce long-format met donc en lumière un nom de haut niveau qui a su attendre patiemment son heure contraint et forcé, tout en s’améliorant nettement et gommant les petites erreurs de ses anciennes livraisons (principalement une production moyenne et un rendu global légèrement bordélique), pourtant d’un niveau très correct et que beaucoup auraient aimé enregistrer dans leur carrière. En attendant donc le réveil du projet mené par George Stournaras et la nouvelle galette du quatuor de Chicago ce troisième jet des petits gars de São Paulo fera office de mise en bouche particulièrement ragoûtante, surtout que tout cela bénéficie durée de vie assez conséquente de par l’exécution sans failles et le professionnalisme débordant de la première à la dernière seconde qui fera plaisir auprès tous les amateurs de brutalité sans virtuosité aimant la sincérité et se vider la tête sans se la prendre. Rien d’indispensable certes mais quand même fortement conseillé… c’est peu de le dire et le plus fort possible, cela va de soi !
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