L’humain est empli de contradictions. C’est ballot. Mais c’est à cause de ses faiblesses, et du fait qu’il pense avec différentes parties de son corps selon ses pulsions. Il y a ce que dit l’esprit, puis ce que réclament le cœur, le ventre, le sexe. Alors tu peux assurer que tu perdras trois kilos dans le mois qui arrive et finalement acheter les croissants aux amandes de la boulangerie d’à côté, parce que leur odeur t’a fait perdre la raison. Tu peux jurer à ta blonde que tu lui seras fidèle toute la vie et jeter sa dépouille dans un champ quelques années plus tard… Sakrifiss, lui, a encore été confronté à ses contradictions récemment, à cause du label Naturmacht et du groupe
HELGAFELL… Et le pire, c’est que les contradictions se situent à plusieurs niveaux, avec même des contre-contradictions… On en parle.
Ceux qui sont assidus à mes chroniques ont dû remarquer que je critiquais les signatures du label Naturmacht ces temps-ci. Je n’hésite pas à radoter et à affirmer que ses poulains ne sont plus aussi flamboyants qu’à une époque. J’ose même le comparer à Northern Silence, cette écurie enfermée dans un certain style de black et qui ne propose plus qu’un ou deux albums marquants sur cinq. Les exceptions existent encore chez Naturmacht, comme
ASTRAL ALCHEMY, mais c’est à peu près le seul à vraiment tirer son épingle du jeu. Cela ne signifie pas que les autres sont mauvais, mais simplement qu’ils évoluent dans une cour très semblable à celle de beaucoup d’autres.
NOCTURNAL REVERIES,
FIRMAMENT,
PAISAUNT… sont tous très bons, et pourtant ils ne donnent pas autant envie d’être réécoutés que des
GRIMA ou des
HAVUKRUUNU.
Et
HELGAFELL ? Eh bien, d’abord, je dois rappeler que j’avais découvert et chroniqué son premier album,
Landvaettir, et que j’en avais plutôt dit du bien. Il avait des défauts, mais il était très prometteur. Le groupe anglais a d’ailleurs été rapidement repéré par Naturmacht, et c’est chez ce dernier qu’est paru son deuxième album en 2019. Puis plus rien pendant sept ans, avant ce troisième opus : Chronicles. Et ce qui est sûr, c’est que le seul homme derrière le projet, Feigsfar, s’est amélioré. Et ce, aussi bien dans la composition que dans l’exécution. Voilà du black metal atmosphérique inspiré et cohérent, ayant de plus trouvé sa personnalité à travers une thématique claire et nette : l’histoire de l’Angleterre médiévale. Quatre périodes sont abordées à travers quatre compositions.
« The Harrying of the North » nous emporte à l’époque de Guillaume le Conquérant, en 1069-1070, après la conquête normande. Il réprime alors les révoltes du nord de l’Angleterre par une campagne de destruction particulièrement violente. Les paroles mentionnent explicitement la dévastation des terres et la disparition de l’ancienne lignée royale anglaise.
« The Bandit of the Marsh » raconte Alfred le Grand et sa résistance aux Vikings en 878. Après sa défaite face à la Grande Armée viking, il se réfugie dans les marais d’Athelney, rassemble ses forces puis reconquiert son royaume.
« The Council of Folly » s’intéresse à la conquête de l’Angleterre par Sven à la Barbe fourchue (Sweyn Forkbeard), au début du XIe siècle.
Enfin, « The Union of Kings » aborde la bataille de Brunanburh, en 937. La victoire d’Æthelstan est souvent considérée comme un moment majeur dans la consolidation du royaume d’Angleterre.
Bonne musique, bon concept, et pourtant je classerai cet album dans la catégorie de ceux qui font stagner le label Naturmacht. Car toutes ses qualités semblent éphémères. Alors que les quatre morceaux sont d’un niveau égal, la lassitude s’installe trop rapidement. On trouve pourtant des ajouts intéressants, allant d’ambiances pagan à des vocaux plus clairs, chantés ou sous forme de chœurs, mais ils se découvrent déjà presque tous dès le premier morceau. L’attrait de l’album diminue finalement morceau après morceau, passage après passage.
C’est là que revient cette fameuse contradiction.
Chronicles est indéniablement meilleur que les précédents travaux de
HELGAFELL : plus maîtrisé, plus personnel, plus abouti. Feigsfar a progressé dans tous les domaines et livre sans doute ici son album le plus solide. Seulement, être bon ne suffit pas forcément à donner envie de revenir. Passée la découverte de son univers médiéval et de ses quelques variations,
Chronicles dévoile trop vite l’ensemble de ses cartes et peine ensuite à renouveler l’intérêt. Rien ne s’effondre, rien ne devient mauvais, mais plus grand-chose ne surprend.
Alors oui,
HELGAFELL confirme toutes les promesses que j’avais décelées à ses débuts… tout en confirmant exactement ce que je reproche aujourd’hui à Naturmacht. Voilà un album que j’apprécie, que je trouve réussi et auquel je reconnais une véritable identité, mais que je ne ressens déjà plus vraiment le besoin de réécouter. Contradiction, quand tu nous tiens…
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