À l’instar de leurs grands copains d’Amyl And The Sniffers dont le succès ne semble d’ailleurs pas vouloir se démentir malgré un dernier album bien décevant, les Australiens de C.O.F.F.I.N poursuivent eux aussi leur conquête du monde avec la sortie encore toute fraîche d’un sixième album paru sur un certain p(doom) records (sans les majuscules, oui madame). Une structure du cru qui ne vous dit peut-être pas grand chose mais qui a été fondée en 2022 par des membres de King Gizzard And The Lizard Wizard dans le but d’éditer quelqu’unes de leurs milliers de sorties annuelles.
Intitulé
Out In Oslo, ce nouvel album reprend les codes visuels de son prédécesseur (l’excellent
Australia Stops) sans pour autant tomber dans la simple redite. Oui, nos quatre joyeux lascars se retrouvent encore à l’eau (enfin « sur » puisqu’on les voit ici sur un ponton), oui un bateau y est mis une fois de plus en avant mais un oeil averti aura vite fait de remarquer que cette scène du quotidien ne se joue pas dans la baie de Sydney mais quelque part en Norvège. Et pourquoi allez faire trempette en Norvège me demanderez-vous ? Eh bien probablement parce que l’acronyme qui leur sert de blase signifie, je vous le rappelle, Children Of Finland Fighting In Norway. Enfin pour ce qui est de l’enregistrement et de la production de ces onze nouveaux morceaux composés pour l’essentiel sur la route, le groupe n’a pas eu à chercher bien loin afin de trouver un producteur digne de confiance puisque c’est Declan Mehrtens (guitariste d’Amyl And The Sniffers) qui a été choisi pour l’occasion. Désireux de se lancer dans l’exercice, les gars de C.O.F.F.I.N lui en ont donné l’opportunité et il faut bien admettre que le résultat est tout ce qu’il y a de plus probant.
Bouclé en seulement trente-deux minutes (contre à nombre égale de compositions, quarante pour son illustre prédécesseur),
Out In Oslo ne va s’embarrasser d’aucune fioriture. Avec une grosse poignée de titres (huit) ne dépassant même pas les trois minutes, les Australiens abordent ce sixième album avec une fougue, une énergie et une immédiateté non pas nouvelles dans la mesure où ces qualificatifs ont toujours plus ou moins constitué l’identité du groupe mais peut-être un poil plus marquées. Une envie d’aller à l’essentiel qui donne à ce sixième album un côté dépouillé et direct qui ne devrait pas manquer de convaincre. Évidemment, la formule déroulée ici par C.O.F.F.I.N est toujours la même, celle d’un Punk Rock / Hard Rock / Pub Rock servi dans la plus grande tradition australienne. Une musique brute de décoffrage mais toujours hyper mélodique qui doit tout autant à AC/DC et Rose Tattoo qu’aux Hard-Ons, Midnight Oil (du moins lors de ses débuts les plus énervés) et même à The Divinyls. Bref, un patchwork de sonorités australiennes caractérisé par cette abrasivité propre à sa fameuse scène Rock.
De nerf et d’âpreté,
Out In Oslo n’en manquent pas (avec derrière la batterie un Ben Portnoy qui passe son temps à aboyer (littéralement) le contraire aurait été vraiment dommage) et ce sixième album est une fois de plus truffé de brulots simples, dépouillés mais surtout diablement efficaces. De "Out In Oslo" à "Sleep In It" en passant par "Think Bad", "A Place To Stay", "Won’t Let You Down" ou "Fair Enough", C.O.F.F.I.N nous régale une fois de plus d’hymnes (Hard / Punk) Rock toujours aussi bien troussés. Des tubes à reprendre en choeur les soirs d’apéros dans n’importe quel rade de quartier. Des hymnes imbibés mais aussi et surtout truffés d’excellents leads et autres solos à l’image de celui que l’on peut entendre sur « Sleep In It » entre 1:29 à 2:52 et qui à chaque fois me fait dresser les poils. Certes, le riffing d’Abijah Rado est plutôt simple voire rudimentaire (deux ou trois accords tout au plus comme chez un certain groupe originaire lui aussi de Sydney) mais l’application et le feeling insufflés dans ces coups d’éclats de manche ("Out In Oslo" à 0:09 et 2:06, "Think Bad" à 1:37, "Loose Ties" à 0:13, 1:25 et 2:07, "Fair Enough" à 1:50, "See Ya Later" à 1:09) continue une fois de plus de porter la musique des Australiens au-dessus de le mêlée.
Plus fin qu’il n’y paraît derrière son côté bruyant et ses airs bourru et mal dégrossit, C.O.F.F.I.N propose à plusieurs reprises de varier les plaisirs et de calmer modérément le jeu. Quelques titres judicieusement placés qui vont ainsi apporter un peu d’air sans porter atteinte à l’homogénéité de l’ensemble. Le premier à rompre avec la dynamique haletante des quatre premiers titres est ce très chouette "13 Days". Une sorte de ballade acoustique assez sombre. Un titre dépouillé avec seule cette guitare et ce chant rugueux et intense d’un Ben Portnoy plus posé qu’à l’accoutumée mais tout aussi habitée. À l’inverse, "Gettin’ Down" va jouer la carte de l’hymne de troisième mi-temps. Un titre entrainant et fédérateur (ces choeurs y sont d’ailleurs pour beaucoup) un petit peu à l'image de son clip même s’il s’avère effectivement plus tranquille d’un point de vue rythmique. Les deux titres qui suivent, "See Ya Later" et "Miles Away", font eux aussi preuve d’une certaine retenue mais leurs mélodies principales, leurs excellents refrains particulièrement entêtants et bien troussés et le chant toujours aussi hargneux de Ben Portnoy suffisent à en faire des morceaux tout aussi efficaces et addictifs.
Après un excellent
Australia Stops, les sympathiques garçons de C.O.F.F.I.N parviennent à conserver leur niveau d’exigence afin de nous offrir un sixième album particulièrement chouette. Un disque efficace, entrainant, mélodique et dépouillé qui ne change pas fondamentalement la donne (encore une fois, le résultat est peu ou prou le même : un Punk Rock / Hard Rock / Pub Rock dans la plus grande tradition australienne) mais qui parvient néanmoins à se distinguer de son prédécesseur direct grâce à une approche un poil plus directe sans pour autant miser uniquement sur des titres intenses menés pieds au plancher et le couteau entre les dents. Il y a en effet chez le groupe de Sydney un caractère un petit plus sombre, introspectif et subtil derrière cette image de groupe souriant, bruyant et foutraque qu’il nous laisse à voir régulièrement et qu’on se plaît à découvrir écoute après écoute.
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