Décidément, ces derniers temps, les frenchies officiant dans le gros metal moderne burné aiment les noms à la mord-moi-le-nœud-oh-oui-vas-y-je-sens-tes-molaires. Après les très bons
Cliché Boys, voici la nouvelle alternative aux pseudonymes evil et aux sobriquets « tattooed tough guys »: TAF. Oui, je sais, moi aussi ça m'a fait ça au début. On sent que le blaze de ce groupe va être du pain béni pour les chroniqueurs peu sérieux en mal de jeux de mots millésimés Carambar / Télé Z. Ca, pour sûr, ça va y aller les «
dans TAF-ass » (
blague suppo), «
Zyva, fais tournante, tire une TAF » (
blague petit viol entre amis), « les TAF-ioles, c'est TAF-reux » (
blague homophobie décomplexée) et autre « TAF! Le chien … » (
blague 30 millions d'amis)… Heureusement, sur Thrasho, point de ces blagues faciles pour métalleux peu regardant, on n'apprécie pas du tout ce genre d'humour déplacé (
Quoi? Non, mais vas-y, dis le! Hein? Alors là ça m'étonnerait, pas ici … Qui ça? $am, von_yaourt, cglaume …? Jamais entendu parler!).
Bon, et si j'arrêtais un peu de tirer à la ligne: y a pas écrit Balzac là, et de toutes façons Chris rationne la coke en ce moment, pas la peine de faire du zèle, y aura pas de rab' …
TAF nous vient donc du lointain orient hexagonal, loin après la porte de Bagnolet. Ca fait dix ans que le groupe s'active au sein de la scène metal, ce qui fait que les gars affichent à leur palmarès 5 skeuds - démos, maxi, réédition, versions acoustiques … -, un clip diffusé sur MCM et des brouettées de dates aux côtés de pointures comme
Gojira,
Psykup,
Eths, No One Is Innocent … CV de premier de la classe donc. Qu'en est-il du style pratiqué? Et bien on évolue sur « Polluted » - premier vrai album du groupe – dans un power/thrash qui sent bon le
Pantera, et surtout le
Machine Head, mâtiné de hardcore et vitaminé à grand coup de gros son hyper léché. Rupture Records ne s'y est pas trompé: les p'tits gars ont une grosse patate et pratiquent un style accrocheur, relativement dans l'air du temps. Le label a donc mis le paquet côté prod' (
assuré par R. Hebinger, ancien collaborateur de C.Richarson) et visuel, flairant le potentiel bon coup.
Laissons à présent parler la musique. On commence par une très bonne intro instrumentale, que n'aurait sans doute pas renié la première grosse pointure venue du mélodeath scandinave, tant cette sympathique montée en puissance pleine de mélodie est bien sentie. Et puis bam!, on part pour 52 minutes de gros son, de batterie mamouthesque judicieusement mise en avant et de guitares tranchantes qui coupent la barbaque avec une puissante vindicte. OK, peu de choses révolutionnaires à se mettre sous la dent, mais on reconnaîtra que ça secoue bien la carcasse en rythme, qu'on le veuille ou non. Bref, crise de headbang inconscient, tapage du pied réflexe et stylo qui fait poum-tchac-bam sur la calepin pour le plus grand plaisir de vos voisins de RER (
- Paname, je te l'ordonne au nom de la très Sainte vile de Lyon, sors de cette chro! – Allo Docteur, Chris recommence et j'ai plus de suppo. Comment je fais?).
Maintenant, bien que les ingrédients utilisés soient de qualité (
quoique je ne sois pas un grand fan de ce type de chant thrash éraillé qui a un chat hardcore dans la gorge), le chef cuisinier ne sait pas toujours en tirer le meilleur parti. La carte du jour présente beaucoup de plats classiques déjà entendus et ré-entendus X fois, quand ce ne sont pas des fadasseries carrément peu bandantes pour les papilles auditives. Par exemple, le trio de tête « No Place », « Useen Enemy » et « Never Surrender » fait prendre un assez mauvais départ à l'album, qui partait pourtant bien avec sa courte intro bien sentie. « Six Feet Under” ne décolle jamais vraiment malgré ses airs de grosse tuerie. De leur côté, l'instrumental “380 Ppm” est peu passionnant, et « Polluted », morceau sombre et lourd, fait retomber la pression de par sa dynamique assez peu catchy, voire un peu poussive – un comble pour le titre éponyme! Heureusement, réparties un peu partout sur le reste de l'album, de petites bombes accrocheuses remettent du baume au cœur. « A Travers Le Regard Des Loups », chanté intégralement en français, possède une chouette rythmique et un refrain très efficace. « Mother Planet Earth » (
son refrain et son solo, parfaitement accompagné par la section rythmique), l'espagnol « Muero Por Ella », le très entraînant « Memory » ou l'autre très chouette instrumental, « Sorrows », délicat et mélodique, redorent le blason d'un album qui aurait pu n'être sans ça qu'une grosse baudruche rutilante mais pleine d'air.
Bref, le groupe a toutes les apparences extérieures d'une grosse cylindrée. Ca sent le parcours à la
Dagoba, pour peu que le groupe réussisse à accrocher l'intérêt d'un public et de médias toujours à la recherche de la nouvelle sensation du moment. Si le groupe garde cette formule, qu'il travaille ses compositions pour favoriser les morceaux accrocheurs et originaux et qu'il taille sans regret dans les automatismes stériles, il pourra tracer son chemin sous le soleil artificiel des spotlights éclairant les plus grosses scènes. A essayer.
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