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Carnivore - Carnivore

Chronique

Carnivore Carnivore
Difficile d’évoquer Peter Steele sans penser directement à Type O Negative. Formé en 1989 et connu durant sa première année sous divers patronymes tels New Minority, Repulsion et Sub Zero, la formation new-yorkaise aura marqué les années 90 et le début des années 2000 de son empreinte si particulière. Une aura définitivement hors du commun ainsi qu’un héritage inégalé et surtout inimitable qui font aujourd’hui de Type O Negative un groupe majeur de son époque mais également un de ceux ayant bouleversé (et cela peu importe votre avis sur la question) le monde des musiques dites extrêmes. Bref, un groupe à part dont on se souviendra encore dans les décennies à venir.

Pour autant, il serait extrêmement dommage de réduire la carrière de Petrus Thomas Ratajczyk à son seul rôle de Green Man puisque l’homme a également participé dans sa jeunesse à quelques projets particulièrement dignes d’intérêt à commencer par Carnivore dont nous allons enfin parler aujourd’hui.
Formé en 1982 sur les cendres des excellents Fallout (j’espère pouvoir évoquer un jour avec vous leur unique single Rock Hard) dont sont issus Peter Steele (chant, basse) et Louie Beateaux (batterie) (et même Josh Silver déjà en charge des claviers à l’époque), le groupe peine tout d’abord à stabiliser son line-up, enchaînant malheureusement les va-et-vient de musiciens avec notamment deux guitaristes et un chanteur qui participeront brièvement à cette nouvelle aventure. Il faudra attendre 1983 et l’arrivée du guitariste Keith Alexander (qui plus tard ira gonfler les rangs de Primal Scream, Savage Grace et Dee Snider) pour que les choses avancent un petit peu plus sérieusement. Évoluant dès lors sous la forme d’un trio, Carnivore sort en 1984 sa toute première démo intitulée Nuclear Warriors. Une démo cassette vendue 5$ et qui du haut de ses trois titres et vingt-deux minutes va taper dans l’oeil des gens de chez Roadrunner Records qui offriront au groupe de Brooklyn un contrat en bonne et due forme pour la sortie en novembre 1985 de ce premier album éponyme.

Enregistré par Michael Marciano (Crumbsuckers, Life Of Agony, Whiplash...) pour ce qui marquera le début d’une collaboration particulièrement riche et fructueuse (il est en effet de ces petites mains en partie responsable du son de Type O Negative et cela sur tous les albums de la formation new-yorkaise) et produit par Norman Dunn (Anthrax, Crumbsuckers, Whiplash...), Carnivore est en quelque sorte un produit de son époque avec évidemment quelques petits défauts aujourd’hui apparents (cette production un brin déséquilibrée et lointaine, cette batterie bien maigrelette, ces fréquences basses probablement trop présentes...) mais qui participent néanmoins aux charmes d’un disque qui, rappelons-le tout de même pour ceux qui l’ignoreraient encore, aura largement contribué à bousculer quelques chapelles et ainsi donner naissance avec d’autres formations comme Anthrax, Crumbsuckers, Corrosion Of Conformity, S.O.D., D.R.I., ou encore Suicidal Tendencies à un genre musical, le Crossover, faisant le pont entre Thrash, Heavy Metal, Punk et Hardcore.
Illustré par un Sean Taggart (Crumsuckers, Prong, Loss For Words, Twitching Tongues...) qui pour l’occasion ne s‘est pas vraiment foulé, ce premier album de Carnivore va puiser l’essentiel de son inspiration pas plus loin que chez certains groupes du coin, ceux qui ont aidé à mettre ces genres évoqués un peu plus haut sur le devant de la scène internationale. Forcément, trente-sept ans après sa première parution, celui-ci n’a peut-être pas conservé la même fraîcheur qu’à l’époque avec notamment certaines séquences qui peuvent paraître aujourd’hui un brin éculées et même pour certaines assez mal agencées comme ce passage sur "Predator" (ou bien encore "Armageddon") où Steele semble avoir un peu de mal à enchaîner les mots avec autant de rapidité. De la même manière, son phrasé parfois plus proche de la déclamation que du chant ("Legion Of Doom", "God Is Dead") confère à ces titres un petit côté amateur qui en 2022 aurait probablement bien du mal à convaincre. Est-ce à dire que l’on pardonne à Carnivore et à Peter Steele parce qu’il s’agit de Carnivore et de Peter Steele ? Non, surtout pas. Mais comme je le disais déjà un petit peu plus haut, Carnivore est un disque de son époque ainsi qu’un album à la croisée des genres. Un premier jet plein de petites imperfections, qui expérimente, mélange, se trompe parfois, met dans le mille souvent mais qui, comme toujours avec le géant de Brighton Beach, ne peut laisser indifférent.

Quelque part entre Venom, Motörhead et Judas Priest ("Predator", "Carnivore", "Mâle Supremacy", "God Is Dead", "Thermonuclear Warrior"), Black Sabbath ("Predator", "Armageddon", "Legion Of Doom"...), Agnostic Front et le Cro-Mags de The Age Of Quarrel ("Carnivore", "World Wars III And IV"...) et même Type O Negative dont on peut percevoir ici et là quelques prémisses (cet excellent break mélodique au chant clair sur "Male Supremacy", "Armageddon" et ses riffs ultra-Doom, sa basse archi-saturée et ses quelques sonorités cristallines, la dernière parti bien lourdingue de "Thermonuclear Warrior" avec en bonus ces choeurs viriles en arrière-plan, ces "r" roulés de manière tout à fait exagérée et qui deviendront très vite l’une des marques de fabrique de Peter Steele...), ce premier Carnivore brasse relativement large. Encore une fois, tout n’y est pas parfait et il en émane en effet encore beaucoup d’immaturité dans la musique des New-Yorkais. Pour autant, c’est bien ce qui régale ici. Tout d’abord cette espère d’irrévérence qu’elle soit dans la manière de mélanger les genres (tout en conservant tout de même une solide base Punk / Hardcore / Thrash) sans se soucier de ce que les gens pourront dire et bien évidemment à travers certaines paroles parfois un peu puériles ("I love to eat pussy. A taste so fine like sweet april wine, I won't trade for any money. Did you cum I eat and run I live for sodomy", "Looking for trouble I'm warning you you'll be dealing with the casket crew"...) et à ne surtout pas prendre au premier degré sous peine de crier au scandale et de faire une syncope ("I live to war it's in my blood if I want it I take. The men I've killed the children slaves and all the women I've raped. Between my legs I've got what it takes to be called a man. Fighting, feasting, fucking all I can", "Testosterone mates with adrenaline. Bearing a son of insane aggression .Woman will never know or understand the power men feel to kill with their hands"). Un détail qui a d’ailleurs valu à Carnivore d’être taxé tour à tour de raciste, misogyne, sexiste et autres joyeux qualificatifs de la sorte. L’autre point fort de ce premier album c’est bien évidemment cette énergie débordante, parfois mal canalisée, mais tellement sincère et passionnée qu’elle ne peut que convaincre, cet humour pince-sans-rire empreint de sarcasme et d’ironie qui, s’il n’a effectivement pas toujours su faire mouche, atteste néanmoins d’une certaine forme d’intelligence...

Si ce premier album dont le quarantième anniversaire approche à grands pas à en effet pris quelques rides et qu’il est facile aujourd’hui de pointer du doigt ses nombreux petits défauts, celui-ci n’en reste pas moins le témoignage d’une époque désormais révolue et surtout un disque aussi fun que convaincant. Certaines petites choses feront effectivement toujours autant tiquer comme par exemple quelques structures et/ou placement de voix un petit peu bancals mais cela est bien vite oublié face à cette énergie, cette intensité, ce mélange des genres particulièrement bien ficelé et cet humour sans pareil. Premier jet encore un petit peu maladroit et immature (Peter Steele et ses deux compagnons n’avaient à l’époque qu’une petite vingtaine d’années au compteur), Carnivore traduit cette envie de franchir les barrières et de casser certains codes jugés probablement trop restrictifs. Certes, les New-Yorkais ne sont pas les seuls à avoir exprimé leurs envies de mélanger des genres mais ils sont et resteront à jamais parmi les premiers à l’avoir fait, qui plus est avec une certaine flamboyance. Voilà donc des débuts particulièrement convaincants que Carnivore ne manquera pas de confirmer (et même dépasser) deux ans plus tard avec la sortie de l’excellent Retaliation. Mais ça, fidèles lecteurs, c’est une histoire que je vous garde pour plus tard...

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3 COMMENTAIRE(S)

Caïn Marchenoir citer
Caïn Marchenoir
08/10/2022 13:10
note: 8.5/10
C'est cool de voir Carnivore chroniqué ici. Je suis d'accord que c'est une rage pas forcément contrôlée mais le mélange des genres y est tout de même assez intéressant. L'on sent bien les prémices de Type O'Negative sur le break de Male Supremacy, mon titre préféré de cet album. Mais l'on retrouve aussi tous les éléments qui feront aussi la force du Géant Vert, dont cet humour noir, il ira plus loin je trouve sur Retaliation. Mais cela reste toujours aussi bon à écouter. Ce serait bien que les versions remasterisées soient plus facilement trouvable, même si la production bien dans son jus sied à point à cet album.
AxGxB citer
AxGxB
07/10/2022 10:35
note: 8.5/10
Fabulon a écrit : Elle fait bigrement plaisir cette chronique!

Content de voir CARNIVORE dans ces pages, cet album est excellent, malgré ses défauts.

Un peu comme avec certains sketchs des INCONNUS, on a le réflexe de se demander si ça pourrait sortir maintenant, notamment eu égard aux paroles, mais bon, ça reste un défouloir de choix.


Haha oui, c'est tout à fait ça. La suite (et fin) bientôt (la semaine prochaine sûrement).
Fabulon citer
Fabulon
06/10/2022 15:12
Elle fait bigrement plaisir cette chronique!

Content de voir CARNIVORE dans ces pages, cet album est excellent, malgré ses défauts.

Un peu comme avec certains sketchs des INCONNUS, on a le réflexe de se demander si ça pourrait sortir maintenant, notamment eu égard aux paroles, mais bon, ça reste un défouloir de choix.

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Carnivore
Thrash / Crossover
1985 - Roadrunner Records
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs : (2)  8.25/10
Webzines : (2)  8.5/10

plus d'infos sur
Carnivore
Carnivore
Thrash / Crossover - 1982 - Etats-Unis
  

écoutez
tracklist
01.   Predator  (04:33)
02.   Carnivore  (03:22)
03.   Male Supremacy  (07:31)
04.   Armageddon  (04:14)
05.   Legion Of Doom  (03:31)
06.   God Is Dead  (04:13)
07.   Thermonuclear Warrior  (05:38)
08.   World Wars III And IV  (10:13)

Durée : 43:15

line up
parution
1 Novembre 1985

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