J’ai toujours trouvé cool cette pochette. Sexy mais pas vulgaire en plus d’être un clin d’oeil plus ou moins évident à un certain cinéma de genre (difficile de ne pas penser notamment à un film comme Attack Of The 50-Foot Woman à la vue de cette image) même si d’après les dires d’Anthony Kiedis cette illustration est davantage inspirée par un poster de Sly And The Family Stones datant des années 60... Bref, quoi qu’elle puisse évoquer chez chacun d’entre nous, je la trouve effectivement assez chouette, probablement parce qu’elle colle d’ailleurs très bien à l’esprit du groupe en dépit d’une certaine sobriété pour le moins inhabituelle...
Un avis que je n’imagine pas être le seul à partager mais qui néanmoins n’a jamais fait consensus puisque dès la sortie de ce quatrième album en août 1989, des voix n’ont pas manqué de s’élever en guise de protestation face à ce corps dénudé. Si vous ne serez pas surpris de lire que certaines grandes chaines de magasins un peu trop pudibondes se sont refusées à vendre l’album tel quel (pour ces derniers, une illustration légèrement revue et corrigée sera
proposée), vous serez probablement plus étonné de savoir que Dawn Alane, mannequin qui orne cette illustration iconique depuis bientôt quarante ans, a engagé à l’époque un procès au groupe et à son management pour ne pas l’avoir avertie avant la sortie de l’album que ses photos avaient été retenues et pour la diffusion de posters promotionnels où celle-ci apparaît la poitrine complètement exposée...
Mais bien au-delà de ces seins que l’on ne sauraient voir et de ces histoires de gros sous, ce quatrième album intitulé
Mother’s Milk marque surtout pour les Red Hot Chili Peppers un énième nouveau départ suite, cette fois-ci, à une terrible tragédie qui ne sera évidemment pas sans laisser de profondes marques dans l’esprit de nos Californiens... En effet, quelques mois après la sortie de l’excellent
The Uplift Mofo Party Plan et une tournée mondiale éreintante, Hillel Slovak décède malheureusement des suites d’une overdose. S’en est trop pour le batteur Jack Irons qui décide alors de quitter le groupe, laissant ainsi Anthony Kiedis et Flea comme deux âmes en peine... Ces derniers n’ayant aucune envie de jeter l’éponge vont alors s’entourer de deux nouveaux musiciens. Tout d’abord le jeune guitariste John Frusciante âgé de seulement dix-huit ans et d’ores et déjà grand fan des Red Hot Chili Peppers puis, quelques mois plus tard, un certain Chad Smith vraisemblablement sorti de nulle part mais qui lors de son audition fera très forte impression. Peu accoutumés les uns aux autres, nos quatre garçons entreront pourtant en studio rapidement sous la directive une fois encore du producteur Michael Beinhorn qui, entre son insistance à voir Frusciante opter pour un son de guitare plus agressif et sa quête perpétuelle de hit, va faire de ces quelques mois d’enregistrement un moment particulièrement tendu et compliqué pour le groupe...
Alors évidemment, avec le décès d’Hillel Slovak, c’est une partie de l’identité musicale des Red Hot Chili Peppers qui disparait. Mais en recrutant le jeune John Frusciante, les Californiens ne se sont clairement pas trompés. Jeune, impulsif, inexpérimenté mais assurément habile de ses dix doigts, le guitariste va insuffler à la formation une énergie nouvelle tout en adaptant son jeu à celui du regretté Hillel. Son approche définitivement plus technique, son goût pour les mélodies qui font mouche et sa capacité d’adaptation à un genre qu’il ne maitrise pas (
"I wasn't really a funk player before I joined the band. I learned everything I needed to know about how to sound good with Flea by studying Hillel [Slovak]'s playing and I just took it sideways from there.") vont largement contribuer au succès grandissant des Red Hot Chili Peppers et à façonner cette nouvelle identité qui sans rien sacrifier à la gouaille, l’insolence et l’exubérance des Californiens fait tout de même état d’un groupe définitivement plus mature autant dans l’écriture de ses compositions que dans la profondeur de certains des thèmes abordés.
Cela ne signifie par que
Mother’s Milk représente une quelconque cassure dans la discographie des Californiens mais plutôt une sorte de pont entre le Red Hot Chili Peppers débraillé, foutraque et bruyant des trois premiers albums et celui plus mélodique, introspectif et sensible qui fera véritablement la renommée du groupe auprès d’un public de plus en plus large... Parmi les titres qui soulignent le mieux cette transition et préfigurent ainsi des choses à venir, on trouve "Knock Me Down" (single au succès fulgurant), "Taste The Pain" ainsi que "Pretty Little Ditty" (dont l’une des mélodies sera samplée / recyclée quelques années plus tard par Crazy Town). On y entend en effet un groupe plus apaisé et définitivement très à l’aise avec cette idée. Quelque part, c’est probablement aussi un petit peu le début de la fin même si en 1989 ce virage reste encore tout à fait agréable et acceptable (ce sera bien moins le cas, en tout cas me concernant, après la sortie de
One Hot Minute en 1995).
Ceci étant, comme évoqué plus haut, ce quatrième album n’a rien perdu de ce qui fait le charme des Californiens. Brulots Punk aussi efficaces que rudimentaires ("Magic Johnson" (ode énergique et mouvementée au célèbre joueur des Lakers), l’excellent et chaloupé "Stone Cold Bush", "Punk Rock Classic" et ses dernières secondes en forme de clin d’oeil à Guns n’Roses...), guitares Funk qui cocottent allègrement et sans aucun complexe (peut-être pas sur tous les morceaux mais probablement pas loin), basse toujours aussi délicieuse et expressive, groove indécent et quasi-systématique, reprises ultra-vitaminées (l’excellent "Higher Ground" de Stevie Wonder mais aussi "Fire" de Jimi Hendrix enregistrée plusieurs mois auparavant avant les départs de Jack Irons et Hillel Slovak (d’où un léger différentiel en matière de productions), section cuivre particulièrement chaleureuse, monsieur Kiedis toujours aussi volubile et hystérique... Bref, tous ceux qui à l’époque avaient déjà succombé aux charmes des premiers albums de la formation de Los Angeles n’ont probablement pas été dépaysés ni même déçus par ce
Mother’s Milk toujours aussi cool, frais et funky.
Trente-sept ans plus tard, ce quatrième album reste l’un de mes préférés des Red Hot Chili Peppers. Malgré les galères d’effectifs, les disparitions tragiques, les producteurs pénibles, les hauts et les bas, le groupe a su conserver sa personnalité pétillante et haute en couleurs tout en profitant de l’arrivée de sang neuf dans ses rangs pour évoluer vers une formule plus mature. Certes, ce caractère plus mélodique et de temps à autre plus tranquille et posé (je ne l’écris pas encore mais on pourrait également dire "radiophonique") est ce qui finira par susciter chez moi un fort désintérêt à l’égard des Californiens mais ici et pendant les quelques prochaines années, la formule est encore suffisamment bien balancée pour que cela ne soit pas un désavantage... Bref, depuis 1989 tout a déjà été dit au sujet de ce quatrième album et si vous êtes client de la formation je ne vous apprends probablement pas grand chose mais en cette période estivale, voilà une occasion pour ressortir cette pièce maitresse, fusion explosive et bigarrée entre Funk et Alternative Rock, de la fin des années 80.
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