Malgré deux albums particulièrement solides à commencer par l’excellent
Freaky Styley et l’intérêt porté par le public de Los Angeles à l’égard des Red Hot Chili Peppers, il faudra attendre la sortie de
The Uplift Mofo Party Plan en septembre 1987 pour voir enfin le succès arriver. Premier album des Californiens à faire son entrée dans le Billboard 200 à la 148ème place, ce troisième album n’est d’ailleurs pas loin d’être mon préféré de la formation même si cela se joue souvent à l’humeur et dans un mouchoir de poche... Bref, l’heure de la reconnaissance semble enfin être arrivée pour les Red Hot Chili Peppers même si les réjouissances seront malheureusement de courte durée...
Bien qu’enregistré en mai 1987 aux Capitol Studios d’Hollywood, les premières sessions de travail se feront dès les premiers mois de l’année précédente sous la houlette du musicien et producteur Keith Levene (The Clash, Public Image Ltd...). C’est à ce moment-là que commenceront les ennuis puisque Hillel Slovak et monsieur Levene auront la brillante idée de subtiliser 2000 des 5000$ accordés par le label pour l’enregistrement de ces démos dans le seul but d’assouvir leurs désirs de drogues... Le reste de la bande va alors très vite s’en rendre compte ce qui va évidemment donner lieu à un climat tendu et hostile peu propice à l’expression artistique. À cette situation compliquée va venir s’ajouter la mise à l’écart forcée d’Anthony Kiedis là encore pour un problème d’addiction. Renvoyé chez sa mère à l’autre bout du pays, il passera près d’un mois dans un centre de désintoxication avant de retrouver la Californie ainsi que cette fougue et cette motivation qui lui faisaient alors cruellement défaut. Enfin pour compléter le tableau, Cliff Martinez sera également remercié mais heureusement remplacé par nul autre que Jack Irons. De fait,
The Uplift Mofo Party Plan est le premier mais aussi le dernier album des Red Hot Chili Peppers sur lequel figure le line-up originel puisque quelques mois après la sortie de celui-ci, Hillel Slovak décèdera des suites d’une overdose à l’héroïne…
Couché sur bande sous la directive du producteur Michael Beinhorn (Soul Asylum, Soundgarden, Aerosmith, Ozzy Osbourne, Living Colour, Hole, Social Distortion, Marilyn Manson...),
The Uplift Mofo Party Plan est l’album des Red Hot Chili Peppers avec la production la plus abrasive jamais entendue chez les Californiens. Une coloration frôlant parfois le Punk, le Heavy Metal voire le Thrash (toutes proportions gardées, merci de ne pas me tomber dessus) qui, quoi que puisse en penser le groupe aujourd’hui, fait de ce troisième longue-durée un disque rugueux et dynamique particulièrement "Rock’n’Roll" comme l’attestent ces guitares sur des titres tels que "Fight Like A Brave", "Me And My Friends", "Backwoods", "No Chump Love Sucker" ou "Walkin’ On Down The Road". À l’opposé de ces styles « agressifs », l’album est également marqué par un jeu de guitare influencé par la musique Reggae. Des grattes qui parfois cocottent comme celles de Kingstown, Jamaïque, pour un résultat toujours cool et groovy. C’est sur les titres "Behind The Sun", quelque peu à contre-courant de tout ce qu’a pu sortir le groupe californien jusque-là, justement à cause de ces guitares et de son caractère très mélodique (on entrevoit ici ce qui sera développé plus tard sur l’excellent
Blood Sugar Sex Magik) et "Love Trilogy", que cette influence est la plus probante. Clairement pas client de ce genre de musique habituellement (sauf lorsqu’elle est distillée avec du Punk Rock comme chez Rancid et quelques autres), je trouve l’exercice particulièrement réussi. Un titre effectivement rafraîchissant qui offre à voir et à entendre un autre visage des Red Hot Chili Peppers.
Ces petits changements plus ou moins flagrants s’inscrivent dans le cadre d’une formule qui quant à elle n’a pas beaucoup changé. Mais si les Red Hot Chili Peppers continuent bien évidemment de faire ici du Red Hot Chili Peppers, on ne peut nier néanmoins que le groupe est tout de même un petit plus à l’aise dans la pratique de ses instruments avec par exemple une basse désormais slappée, des interventions vocales bien mieux maitrisées et bien moins obsolètes aujourd’hui que le flow désuet d’Anthony Kiedis qui caractérise les deux premiers albums de la formation, des titres définitivement mieux construits et des riffs plus fluides qui n’ont pas peur d’explorer de nouveaux horizons et ce qui, malgré les galères, les prises de becs, la pression ambiante et les histoires de drogues, ressemble à une harmonie enfin (re)trouvée entre ces quatre copains qui n’avaient plus joué ensemble depuis un bail... Bref, c’est bien simple, il n’y a rien à jeter sur ce troisième album parfaitement mené de bout en bout. Rock, Funk, Rap, Punk et une pointe de Reggae... Un joyeux mélange à la fois drôle, juvénile et toujours une brin déglingué avec pour seul mot d’ordre prendre beaucoup de plaisir et offrir aux auditeurs de quoi s’agiter dans tous les sens de manière absolument décomplexée. De ce groove absolument délicieux qui habite chacune de ces douze nouvelles compositions (il faudrait quand même être sacrément coincé du cul pour ne pas avoir envie de gigoter dans tous les sens sur des titres aussi irrésistibles que "Fight Like A Brave", "Funky Crime", "Me And My Friends", "Backwoods", cette improbable et surtout méconnaissable reprise de Bob Dylan ("Subterranean Homesick Blues"), "Special Secret Song Inside" ou bien encore "Walkin' On Down The Road" aux libertés vocales prises tout au long de ces presque trente-huit minutes par Anthony Kiedis ou de façon plus collégiale avec l’aide de quelques invités de renom tels qu’Angelo Moore et John Norwood Fisher de Fishbone (mention spéciale pour ces échanges en mode personnages de Looney Tunes sur l’hystérique "Skinny Sweaty Man") à cette énergie et cette fougue probablement aussi fatigantes que réjouissantes, j’ai bien du mal à comprendre les chroniques timorées de mes confrères sur les quelques webzines français ayant déjà chroniqué ce troisième album…
Mais après tout chacun ses goûts et en ce qui me concerne
The Uplift Mofo Party Plan est le genre d’album que j’aime me passer et me repasser inlassablement lorsque viennent enfin les beaux jours (accompagnés par une certaine insouciance et un brin de nostalgie). Un disque qui n’est peut-être pas parfait (quoi que personnellement, vous l’avez lu, je n’ai rien à lui reprocher) mais dont émane un immense plaisir de la part de musiciens qui malgré leurs démons, leurs galères et leurs personnalités parfois bien différentes sont tout de même parvenus ensemble à accoucher d’un album mature pour un groupe qui paradoxalement a toujours pris soin jusque-là de rester totalement immature... Évidemment, si on devait demander à n’importe quel fan des Californiens de choisir leur album préféré, beaucoup citeraient bien volontiers
Blood Sugar Sex Magik (pour des raisons probablement extra-musicales le plus souvent) mais en ce qui me concerne
The Uplift Mofo Party Plan n’a absolument pas à rougir de quoi que ce soit... Un disque brillant, ultra funky et particulièrement addictif qui continuera d’accompagner mes prochains étés avec toujours beaucoup de plaisir.
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