En dépit de toutes les opportunités offertes par la signature de What Is This sur MCA Records, Hillel Slovak ne parviendra jamais vraiment à trouver sa place au sein de cette formation menée par son ami Alain Johannes. Il faut dire que le Rock un brin trop sage du groupe fondé lui aussi sur les bancs de la Fairfax High School de Los Angeles ne correspondait probablement pas tout à fait à la personnalité du guitariste qui, s’il n’était pas aussi turbulent et expressif que ses amis Anthony Kiedis et Flea, possédait une vision artistique bien plus flamboyante que celle exprimée durant ses quelques mois passés chez "Qu’est-ce donc". Ne pouvant s’affirmer pleinement en tant qu’artiste, Slovak va naturellement développer un sentiment de frustration rendu probablement encore plus vif par le succès rencontré alors par les Red Hot Chili Peppers et par cette insouciance et cette légèreté qui émanent de ces prestations définitivement hautes en couleur. Hillell Slovak va donc faire ce que n’importe qui d’autre aurait fait, quitter What Is This en plein enregistrement de leur premier album afin de réintégrer les rangs des Red Hot Chili Peppers qu’il avait lui-même contribué à fonder trois ans auparavant... Un retour au bercail sellé en fanfare par la sortie le 16 août 1985 de
Freaky Styley.
Passablement échaudés par leur précédent passage en studio en compagnie du producteur Andy Gill, les Californiens choisiront d’enregistrer ce nouvel album sous la houlette d’un célèbre maitre Funk, monsieur Georges Clinton himself (Parliament, Funkadelics...). Le groupe prendra alors la direction de Detroit, Michigan, où il passera plusieurs semaines en compagnie du célèbre musicien et producteur dans le seul but d’apprendre à mieux se connaitre et à nouer des liens. Ce n’est qu’un mois plus tard que tout ce petit monde entrera en studio pour coucher sur bande ce qui est encore probablement à ce jour l’album le plus Funk de la formation californienne. Une affirmation que ne viendront pas démentir ses deux reprises de The Meters ("Hollywood (Africa)") et Sly & The Family Stone ("If You Want Me To Stay") qui ponctuent ces quatorze nouveaux titres ni même cette fausse fourrure violette que porte Anthony Kiedis sur ce cliché ultra cool servant d’illustration.
Les planètes ainsi alignées, c’est sans pression ni frustration que nos quatre zigotos aborderont la composition ainsi que l’enregistrement de ce deuxième album. Un disque qui en synthèse pourrait se résumer à plus de fun, plus de Funk, plus de groove, plus de cool, plus d’insolence, plus d’insouciance, plus de soleil et probablement encore un petit peu plus de légèreté. Bref, un album tout en superlatifs qui quarante-et-un ans plus tard n’a absolument rien perdu de son charme et continue sans mal de me faire dandiner lorsque celui-ci trouve (toujours assez régulièrement) le chemin de mes oreilles.
Poussant ainsi un petit peu plus en avant tous les curseurs déjà présents sur
The Red Hot Chili Peppers, le groupe fait preuve tout au long de ces quarante minutes d’une maturité nouvellement acquise qui classe d’emblée ce deuxième album un bon cran au-dessus de son prédécesseur. Menée par une basse absolument délicieuse qui de ses lignes hyper sexy vous donnera envie de vous déhancher sans retenue et cela à un degré frisant parfois l’indécence ("American Ghost Dance" et "Yurtle The Turtle" en tête de liste même si chaque titre y va de ses rondeurs plus ou moins affriolantes), la température à l’écoute de ces quatorze compositions va très vite grimper en flèche. Ajoutez-y une section cuivre (saxophone, trompette et trombone) tenue par des musiciens ayant par le passé collaboré avec James Brown, Parliament et Funkadelic (Maceo Parker, Fred Wesley et Benny Cowan) et une batterie d’artistes de sessions (chant, guitare, etc.) issus des mêmes univers et vous voilà avec un deuxième album définitivement plus riche, plus varié, plus mature et certainement plus intéressant que son prédécesseur.
Alors oui, effectivement, entre ces deux reprises de The Meters et Sly & The Family Stone plutôt fidèles aux version originales (à l’exception de ce changement de paroles sur "Hollywood (Africa)"), ces cuivres très présents et cette production impeccable on pourrait légitiment se demander si le groupe ne s’est pas quelque peu assagi. La réponse est non et les éléments qui en attestent sont nombreux. Entre un Anthony Kiedis toujours très en voix nous gratifiant comme il savait si bien le faire à l’époque de hurlements hystériques, d’onomatopées juvéniles délirantes (ces "ouh ouh ah ah" simiesques sur "Blakeyed Blonde" par exemple) et de lignes vocales loufoques et à bout de souffle et autres Rap de blanc-bec, un Flea qui ne tient toujours pas en place et dont les notes de basses électrisent et dynamitent chaque composition, cette énergie de tous les diables et ces relents Punk aussi rudimentaires que jouissifs ("Battleship", "Catholic School Girls Rule", "Sex Rap"),
Freaky Styley n’a effectivement absolument rien perdu de cette énergie légère et communicative qui habite les Red Hot Chili Peppers sur scène et qui faisait effectivement un poil défaut à son prédécesseur. Engin quelques titres, très courts, manquent un petit peu d’intérêt face au reste de l’album (je pense notamment à "Lovin' And Toughin'" et "Thirty Dirty Birds") mais étant donné la durée de ces derniers (même pas une minute combinée) personne n’ira évidemment crier au scandale.
Malgré quelques changements d’effectifs et des problèmes d’addictions qui commencent à s’immiscer un peu trop lourdement dans les rangs des Red Hot Chili Peppers, le groupe signe avec
Freaky Styley un deuxième album en tout point supérieur à son prédécesseur pourtant déjà très encourageant. La production y est plus vivante et dynamique, le feeling plus affirmé et plus léger, les énergies moins bridées et contrariées... En somme, tout y est plus naturel mais aussi plus mature. On trouve également, à mon grand plaisir et à celui de bien des auditeurs, un grosse louche de P-Funk bien sexy et groovy servit à travers une approche toujours aussi fun et décomplexée. Aussi, quoi qu’aient pu en dire les charts dont il a été absent à sa sortie et autres ventes physiques recensées à l’époque, c’est bel et bien à partir de ce deuxième album que les choses sérieuses ont véritablement commencé pour les Red Hot Chili Peppers. Quarante-et-un ans plus tard
Freaky Styley reste un album hyper cool, funky et ensoleillé qui ne devrait avoir aucun mal à illuminer vos playlists de l’été.
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