Le Lillois d’
INERTE m’avait fait plutôt bonne impression avec son premier EP autoproduit
S/C paru en 2022, le voilà donc qui nous revient trois ans plus tard avec un album intitulé
Singulier, une sortie conséquente puisque proposant dix compositions pour une durée de quarante-trois minutes.
Globalement, je vais retrouver tout ce qui m’avait alors séduit mais également tout ce sur quoi je me montrais davantage dubitatif. Ainsi, une nouvelle fois, le
one-man band a su soigner l’emballage avec une pochette dont l’
artwork attire l’œil et retient l’attention, bien qu’un peu brouillonne quand on y regarde de plus près : même en zoomant je n’arrive pas à comprendre le visage du personnage central, sa texture, ni ce que représente l’arrière-plan et la masse noire qui forme la base de l’œuvre est trop opaque pour être parfaitement lisible. C’est dommage car le concept initial s’avère fort séduisant. La production est également bien affirmée, certes traditionnelle mais pour du boulot d’indépendant, nous avons tous déjà entendu largement pire. L’homme s’en sort donc très bien lorsqu’il s’agit de sonoriser sa musique, d’équilibrer les voix et les instruments, avec même un surcroît de puissance dans la mise en avant des riffs ce qui rend les titres plus percutants que par le passé.
Les textes ont eux aussi été particulièrement travaillés. Ils sont denses, il y a une plume indéniable, l’écueil étant qu’ils ne sont pas toujours parfaitement compréhensibles lorsque le groupe passe dans un registre extrême. Ainsi, l’introduction « Non Serviam » part d’un postulat intéressant où le chant va crescendo du murmure au hurlement mais sitôt que cette phase arrive il devient compliqué de suivre les paroles. L’intention est cependant intéressante et comme ce défaut ne survient pas dès lors que le nombre de mots est épuré, il ne relève donc pas d’un défaut d’articulation, problème toujours préjudiciable aux formations hexagonales choisissant de chanter dans leur langue maternelle. Par conséquent,
INERTE marque des points importants en ayant autant insisté sur l’aspect littéraire du projet, ce qui est à mon sens l’une des particularités les plus attractives de la formation.
En revanche, puisqu’il y a bien des éléments qui me chagrinent, le disque me perd peu à peu tant il pioche dans différents registres sans jamais en adresser totalement un. Du
black metal, il y en a : il ressort du
riffing, d’une partie des vocaux, de certaines ambiances également et c’est sans doute le genre de
metal qui domine au sein de
Singulier, « Désirs inertes » m’évoquant le
GLACIATION de
Sur les falaises de marbre. Mais « J’aimais cette vie » sonne comme du
blackened core, « Renaissance satanique » ou « Ne plus exister » sont des exemples du visage
death, lui aussi davantage présent que dans l’EP, « Jamais ne tombez amoureuse » développe une posture
doom, « Lévitation dans le cauchemar » se montre
post et, pour tout dire, l’appellation initiale
dark metal ne saurait justifier à elle seule autant de facettes.
Paradoxalement, le LP parvient à rester homogène,
INERTE ayant suffisamment de personnalité pour s’approprier tout cela et écrire des choses qui lui ressemblent : noirceur du propos, sens de la lancinance, variations vocales et mid-tempos introspectifs. Pourtant, en dépit de qualités évidentes démontrant que la formation a charbonné entre ses deux productions, je ne parviens toujours pas à en saisir l’objectif. Si l’homme souhaite faire de son groupe un journal intime dans lequel il déverse son mal-être, c’est entendable car salvateur. Si ce mal-être est protéiforme et qu’il s’exprime au travers de différents genres musicaux, c’est tout aussi entendable car représentatif de la complexité des sentiments. Mais tout mettre dans un même disque n’est selon moi pas ce qui donnera pleinement de la cohérence à l’histoire. Peut-il faudrait-il fragmenter les idées et écrire des EP plus spécifiques où chaque influence pourrait être creusée, explorée à fond ? En effet, l’artiste en a largement les ressources tant en termes d’inspiration que de compétences techniques.
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