Avec
Deep Cuts from Dark Clouds, tout est une question de contexte. J’avais vite mis de côté l’album à l’époque de sa sortie, trouvant que la formation avait, pour la première fois, perdu la recette de son sludge iconique, noise rock, acide et batailleur, seule formation à le jouer de cette manière. C’est à la « faveur » des désastres récents de 16 – enchaînant les mauvais disques depuis le départ définitif de Cris Jerue – que je suis retourné vers lui avec un regard neuf : celui que l’on a envers une œuvre mésestimée d’un groupe défunt (c’est, du moins, tel que je le considère aujourd’hui) avec ce que cela sous-tend de bienveillance et d’empathie.
16 offrait alors un successeur au retour
Bridges to Burn et son évolution vers un stoner plus accueillant que les brûlots « street » qu’avait créés la bande avant le départ en cure de désintoxication de Cris Jerue (celle-ci ayant mis, entre autres événements, le projet entre parenthèses à l’époque). Sauf que
Deep Cuts from Dark Clouds n’avait pas le sens de l’accueil de son prédécesseur, son sludge compact, gris, aux couleurs maussades contrastant avec son radieux grand-frère jusqu’à une pochette faisant des ponts entre pharmacopée et mort, ne laissant rien dans ma tête à part de la boue en dépit d’élans groovy n’ayant pas totalement disparu (« Opium Hook » par exemple).
Une déception… jusqu’à récemment.
Deep Cuts from Dark Clouds prend son sens en tant qu’album de 16 resitué dans la carrière des Ricains, vieux et rendus amers par les déboires passés. Ce sludge ne peut venir que d'un groupe qui a connu les galères précédentes, un sludge terne, aigre, à deux doigts d'être aigri mais qui est surtout fait du béton que la bande a connu au point d’être devenu une part d’elle-même. Béton des rues, bitume fondu par la chaleur ambiante, béton carcéral : la libération dessinée sur les vacances
Bridges to Burn – non pas bienheureuses pour autant – n’aura été qu’un leurre, les vieux démons n’ayant pas fini de montrer leur sourire ricanant, obsédant un groupe qui paraît être pris dans une spirale stérile de rumination, des riffs concassant les murs, le vide puis leur propre corps mécaniquement (un feeling industriel habite des titres comme « Her Little “Accident” », « Bowels of a Baby Killer » ou « Only Photographs Remain »). La production, autre biais de négativité repoussant au départ, transforme davantage l’ensemble en ciment passé à la bétonnière, compacte mais laissant l’oreille s’attarder sur un élément en particulier pour peu qu’on y plonge la tête (on peut ainsi profiter de la performance du batteur Mateo Pinkerton, nouveau venu et faisant tout pour mériter sa place).
Il y a donc le plaisir de retrouver ce sludge unique, sans prise de risque mais avec ce qu’il faut de particulier pour ne pas faire de
Deep Cuts from Dark Clouds un disque redondant dans la discographie de 16 (chose dans laquelle tombera, avec le recul,
Lifespan of a Moth). Au-delà de ces paroles contant des histoires de tueur en série et/ou de femme meurtrie sur « Her Little “Accident” » et « Only Photographs Remain » – une envie de faire plaisir à Scott Hull (Pig Destroyer ; Agoraphobic Nosebleed) qui s’est occupé de masteriser l’album ? –, c’est bien celles évoquant la drogue qui font particulièrement mouche, tant elles paraissent dites avec fatalité et non plus une arrogance de junkhead comme cela pouvait être le cas par le passé (« Beyond Fixable » et ces intonations presque plaintives). Cris Jerue enlève tout romantisme à l’addiction pour ne laisser qu’un grand vide au travers d'une performance éteinte derrière les hurlements.
Tout cela fait-il de
Deep Cuts from Dark Clouds un incontournable de 16 ? Ces riffs tous droits issus d’une version de
Meantime de Helmet ayant pris perpète le laissent penser (« Parasite » ; « The Sad Clown » ; « Bowels of a Baby Killer »), de même qu’un parti pris agressif après un retour plus enjôleur. Cependant, les quelques nuances évoquées plus haut ne sont décelables que par un amateur de longue date ayant écouté en boucle les œuvres des Ricains. Ces derniers ont pris un risque en décidant de ne pas varier fondamentalement leur propos entre les morceaux, offrant un monolithe radical, non pas extrême dans son style mais allant au bout des choses et même au-delà (difficile parfois de rester attentif malgré la relativement courte durée de l’ensemble, notamment lors du doublet « Ants in my Bloodstream » / « Broom Pusher »). Autrefois laissé de côté pour aller vers d’autres disques demandant moins d’engagement, je vois aujourd’hui la valeur intrinsèque d’un album qui, s’il est loin d’être un essentiel des Ricains, est dédié aux fans de leur première époque dans son atmosphère apathique et hostile. Ces derniers trouveront ici un dernier coup d’éclat de ces sans-éclats condamnés bien avant de passer devant le juge.
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