Celles et ceux connaissant l’œuvre de The Body et ayant vu les chroniques de ce site la concernant doivent être étonnés de ne trouver celle de
All the Waters of the Earth Turn to Blood que maintenant. Ce n’est pas faute d’avoir souhaité depuis longtemps la faire figurer ici ; le désir était là très tôt, bien avant mon texte de
No One Deserves Happiness qui a marqué mon fanatisme envers la formation, suivant la moindre de ses sorties et projets parallèles malgré des à-côtés, collaborations, détours nombreux (et à l’intérêt fluctuant).
L’envie ne manquait pas ; la sensation d‘être à la hauteur, par contre… Imaginez, revenir à
All the Waters of the Earth Turn to Blood, soit la source de The Body, projet qui, si on me le demande, est sans doute le plus marquant de ces quinze dernières années, ovni et définition d’un avant-gardisme metal actuel à la fois (on pourrait faire une liste des groupes qui s’en approchent et l’ont suivi, des groupes originaux dont il paraît être un parent). La tentation est forte de chercher à « expliquer », de découper ce qui est ici matière déjà raffinée, à haut niveau de toxicité, un air qui donne le vertige et empoisonne, et qui sera minerai brut sur les nombreux successeurs qu’il aura engendrés après avoir figuré la destruction. Paparazzi de pacotille façon « 50 minutes inside avec The Body » – l’album en dure dix secondes de moins !
Il n’y a rien à dévoiler, encore moins à définir. The Body a été clair dès le départ avec son premier album qui faisait de Neurosis et Godflesh ses références premières : le machin est du metal joué par des anarcho-punks, Crass dans l’esprit et crasseux dans le rendu, terrorisme sonore qui aimerait être un peu plus que ça (en attendant, il prend la pose avec des fusils en montagne). Limpide… ce qui ne le rend pas moins unique et nécessaire. Son plus grand succès – bon sang, je vais vraiment finir par parler comme un présentateur télé ! – est d’avoir réinstauré cette musique extrême, bruitiste, agressive, radicale, comme la musique sacrée qu’elle a toujours été.
Demandez aux Swans, à Neurosis, à Godflesh, si ce qu’ils jouent n’est pas un tant soit peu religieux… The Body l’est tout autant, sinon plus, avec ses voix ulcérées, hystériques d’émerveillement plus que de mort, ses harmonies créées par The Assembly of Light Choir (dont on trouve la première collaboration sur « Abody »), sa lancinance qui vire à la transe (« Song Of Sarin, The Brave »)… Ils ont invité ici plein de copains, comme ce sera de coutume par la suite, mais l’histoire paraît écrite des mains de Chip King et Lee Buford de bout en bout, collectif mené par deux gars même pas tyrans, juste extraordinairement doués et « avec une vision » (…).
Cette vision justement, reste aujourd’hui le décor au sein duquel j’écoute les autres albums de The Body, plus fouillés que celui-ci, plus intimes parfois, plus négatifs même, plus beaux… mais jamais plus mythologiques, plus prophétiques.
All the Waters of the Earth Turn to Blood a une ambiance de révélation au sein de la destruction, avec ses explosions constantes (« Lathspell I Name You »), ses voix qui ne sont pas encore tout à fait l’excès noise qu’elles seront plus tard. On tâtonne mais on a tout ce qu’il faut, potentiel déjà réalisé sur l’essentiel.
Plus que sur son album éponyme, The Body a sur
All the Waters of the Earth Turn to Blood des airs de naissance, avec ce que cela suggère de beauté première, brute et éclatante. Celles et ceux qui ont déjà vécu au premier rang ce genre d’évènement savent que cela ne veut pas dire absence de douleurs, de sang, de tripes à l’air et d’hurlements qui appellent la fin. Elles et ils savent même que cela fait partie de la grâce du moment, petite chose qui arrive au milieu du chaos, appelée à grandir mais en l’état parfaite pour nous. Inutile de dire plus longtemps pourquoi il est, dans cette discographie majeure pour toute une partie de la scène, celui que je mets au-dessus des autres.
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