chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
259 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer
Prestige - R... » Tomb Mold - ... »

The Body - No One Deserves Happiness

Chronique

The Body No One Deserves Happiness
Pour bien appréhender No One Deserves Happiness, deux règles :

1) ne rien en attendre
2) suivre à la lettre la première règle

J'insiste, car j'ai fait l'erreur d'en « attendre quelque chose ». Les annonces du groupe en tête (qui prétendait avoir créé l'album de pop le plus brut de tous les temps, rien que ça), j'ai vite déchanté lors de sa première écoute. Testé dans un contexte peu favorable (sans faire plus que de raison mon Lester Bangs du pauvre, j'étais plutôt dans l'esprit d'entendre des choses douces et simples après une journée de travail épuisante), j'ai pris au mot le duo Chip King / Lee Buford et suis ressorti martyrisé et écœuré de l'expérience, jugeant son mix entre industriel et chants féminins comme absurde, où le pire de la musique transgenre estampillée Thrill Jockey se retrouvait. Un avis à l'emporte-pièce, mauvais comme ma mauvaise humeur à ce moment et dont, heureusement, j'ai su au fur et à mesure faire abstraction puis prendre ce disque pour ce qu'il est : un grand disque, c'est-à-dire.

Du coup, j'ai quelques scrupules à déflorer ici la surprise qu'est finalement No One Deserves Happiness, à épiloguer sur ce qu'il contient et créer, à mon tour, quelques idées préconçues le concernant. Il est de ceux dont une part de moi souhaite qu'ils restent secrets, entiers dans les émotions qu'ils offrent, des émotions que je ne veux pas voir mourir un peu à cause des mots. Mais, impossible ! Vous devez l'écouter et je dois vous en parler. Il est de toute façon comme on l'imagine : un album de pop, par The Body. Et donc, il est inimaginable.

Comment décrire ce qu'il transmet, quand on se situe continuellement à sa rencontre sur la crête entre un apaisement le plus total et une détresse viscérale ? Comment expliquer ce sentiment à la fois plaisant, riche et triste sans tomber dans quelques clichés usuels, ceux de la torture, de l'existentialisme ou simplement du tripot sado-maso avec cave, fouet et tout l'attirail kitsch ? Parler de No One Deserves Happiness frontalement revient à discuter franchement de ces quelques créations tragiques et nihilistes qui résonnent en nous, Le Feu Follet de Pierre Drieu la Rochelle et Louis Malle ou Suicide de Édouard Levé (texte dont on retrouve un passage en spoken word sur « Prescience », pour ceux s'imaginant que mes propos sont un peu tirés par les cheveux). Parler de No One Deserves Happiness frontalement revient à tout déballer. Et logiquement, par pudeur, ce n'est pas ce que je vais faire.

Non, après ces looooongs questionnements, la seule chose que je peux marquer ici avec un tant soit peu d'envie est la suivante : No One Deserves Happiness est beau. Affreusement beau. Obligatoirement beau. Beau comme de la pop, ce genre dont Stephen O'Malley suggérait lors d'une interview, en parlant de Lady Gaga, qu'il pouvait être nettement plus glauque que n'importe quel style de metal. L'accroche qu'on aime porter en étendard est là et bien là, par des rythmiques à la fois organiques et mécaniques, primaires, industrielles et humaines à la fois, réglées au poil près (le groupe utilise ici pour la première fois un métronome et ça s'entend, sur les sèches entames de « Two Snakes » et « Adamah » par exemple), d'une pureté formelle qui rend leurs bruits harmonieux. Autrefois compositrices de structures simples sur lesquelles elles s’évertuaient à tout salir, les deux têtes-pensantes ont ici ajouté de nouvelles couches, faisant la part belle à des invitées de choix surplombant l'ensemble de leurs voix emphatiques, maternelles, séduisantes et apocalyptiques. Une somme de moments forts où bouger et se laisser envelopper comme dans les essais pop les plus taillés pour réussir, à la manière de la conclusion de « Hallow / Hollow », la simili-ritournelle « The Fall and the Guilt » ou encore les chants typés « refrain » de « Shelter Is Illusory ».

Hinhin, No One Deserves Happiness serait donc beau, formel, tout à fait prêt à illustrer des moments de calme, bien sûr, tout à fait ! Non, The Body reste The Body, cette machine de terreur. Elle est même, derrière son intention d'asservir corporellement les masses, plus intime que jamais, et donc plus horrible encore. Car on retrouve toujours ici ces cris, ces grouillements, venant briser la fête, comme une somme de choses gênant la lumière de l'ensemble, comme une voix qui hurle durant les instants de bonheur « ce n'est pas vrai, tout ne va pas bien, tu n'es pas heureux ». Une nouvelle facette, plus présentable et implacable à la fois, mais se situant au cœur de ce que semblait viser le duo sur une œuvre comme Christs, Redeemers : se noyer dans le son, avec consentement malgré des défenses qui lâchent rapidement.

Du rose et au centre, le visage gribouillé d'une personne à bout : l'essentiel est déjà là, présenté comme un manifeste. Réconfortant et cru, avec ce qu'il faut d'éducation pour faire apprendre deux-trois choses question dureté tout en donnant envie de s'y consoler, No One Deserves Happiness fait partie de cet art qui, lui seul, mérite le terme, celui qui n'est pas un divertissement, une diversion, qui ne permet pas de se détourner de soi-même mais de s'y confronter, pris ailleurs, pris en soi. L'Art thérapeutique, ici fait à la façon de The Body, mutante, lointaine et proche, calibrée et unique, et en conclusion exactement comme le duo aime le formuler. Inimaginable.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
The Body
Industrial / Noise
2016 - Thrill Jockey Records
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs : (5)  8.3/10
Webzines : (6)  8.84/10

plus d'infos sur
The Body
The Body
Industrial / Noise - 1999 - Etats-Unis
  

vidéos
Two Snakes
Two Snakes
The Body

Extrait de "No One Deserves Happiness"
  
The Fall and the Guilt
The Fall and the Guilt
The Body

Extrait de "No One Deserves Happiness"
  
The Myth Arc
The Myth Arc
The Body

Extrait de "No One Deserves Happiness"
  

tracklist
01.   Wanderings
02.   Shelter Is Illusory
03.   For You
04.   Hallow / Hollow
05.   Two Snakes
06.   Adamah
07.   Starving Deserter
08.   The Fall and the Guilt
09.   Prescience
10.   The Myth Arc

Durée : 47 minutes 47 secondes

line up
parution
18 Mars 2016

voir aussi
The Body / Dis Fig
The Body / Dis Fig
Orchards of a Futile Heaven (Coll.)

2024 - Thrill Jockey Records
  
The Body
The Body
Christs, Redeemers

2013 - Thrill Jockey Records
  
The Body
The Body
I Shall Die Here

2014 - RVNG Intl.
  
The Body
The Body
Master, We Perish (EP)

2013 - At A Loss Recordings
  
The Body
The Body
O God who avenges, shine forth. Rise up, Judge of the Earth; pay back to the ...

2018 - Autoproduction
  

Essayez aussi
Art of Burning Water
Art of Burning Water
This Disgrace

2013 - Swarm Of Nails / Superfi Records / Riot Season
  
Bodychoke
Bodychoke
Cold River Songs

1998 - Relapse Records / Purity
  
Dial
Dial
Dial (EP)

2009 - Robotic Empire
  
Uniform
Uniform
The Long Walk

2018 - Sacred Bones Records
  
Uniform
Uniform
American Standard

2024 - Sacred Bones Records
  

Album de l'année
Horrorscope
The Crushing Design
Lire la chronique
Bewitched
Diabolical Death Mass
Lire la chronique
Exorcizphobia
Neurosis Unbound
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Juin 2026
Jouer à la Photo mystère
Sledgehammer
Destroy/Rebuild
Lire la chronique
Ural
Anthropic Genetic Involution
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Juin 2026
Jouer à la Photo mystère
NecroBeast
Iron Baphomet
Lire la chronique
Savage Mania
Demonic Assault
Lire la chronique
Intoxicated
The Dome
Lire la chronique
Shadowspawn
Cadaver Dogs
Lire la chronique
Cage Fight
Exuvia
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Mai 2026
Jouer à la Photo mystère
Metal Noz 3 - Live Report
Lire le podcast
Entombed
Crawl (EP)
Lire la chronique
Türböwitch
Under Haunted Skies
Lire la chronique
Exodus
Goliath
Lire la chronique
Cro-Mags
Alpha Omega
Lire la chronique
Slyther
Chronicles of Despair
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Mai 2026
Jouer à la Photo mystère
D.R.I.
Violent Pacification (EP)
Lire la chronique
Nukem
The Grave Remains
Lire la chronique
Aborcja
Do krzyża abarotem
Lire la chronique
Vomitory
In Death Throes
Lire la chronique
La photo mystère du 15 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Paradox
Heresy
Lire la chronique
Sunovrat
Kuluk
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Perpetual Warfare
The Age of War
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Mars 2026
Jouer à la Photo mystère
10 ans de vidéo SAKRIFISS / Le top 50 des groupes marquants
Lire le podcast