chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
358 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer
Life's Quest... » Fury Kane »

The Body - I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer

Chronique

The Body I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer
« Lynchéen » n’est pas qu’un mot pour montrer aux autres que l’on est un amateur éclairé de cinéma expérimental : il est aussi une manière d’exprimer, faute de mieux, une atmosphère que l’on rattache aux créations du réalisateur de Eraserhead, son étrangeté particulière, où le connu devient inconnu, entre lieux reconnaissables et modifications des repères, comportements déviants et discours faisant pourtant écho en nous, malaise constant et impression de rencontrer un sens, une symbolique, où l’énigme enveloppe notre esprit. Un terme que je n’utilise que rarement au sujet de quelqu’un d’autre que David Lynch lui-même, l’artiste ayant pour moi peu d’équivalent dans ses collages de sensations que l’on pense avoir déjà rencontrées malgré leur bizarrerie.

Assez de suspense artificiel : « lynchéen » est le premier mot qui me vient en tête quand je pense à I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer, et pas seulement au regard d’une pochette qui, comme le réalisateur, aime les routes parcourues la nuit et les voies sans issue. Cela pendait au nez de The Body qui, depuis No One Deserves Happiness, semble travailler à unir les contraires, floutant les lignes entre beauté, sauvagerie, sacré et contagion, composant une musique transgenre pour mieux s’inscrire dans un mouvement où ne plus savoir quel mot mettre sur les émotions qui nous traversent. Au point de voir au départ dans ce nouvel album un bête décalque, affirmant plus fort ce que son prédécesseur avait révélé au grand jour.

Il serait pourtant caricatural de s’arrêter à ce constat au sujet d’un projet qui, malgré une simplicité d’exécution, ne cesse de questionner et de se montrer unique dans ses expérimentations. Car, au-delà d’une liste d’invités qui s’est encore étoffée, comprenant des interventions de la chanteuse Kristin Hayter de Lingua Ignota (à la voix accentuant davantage la part gothique de The Body) ou encore Michael Berdan du duo Uniform (au sujet duquel les amateurs de la saison trois de Twin Peaks verront un autre lien à faire avec cet album), c’est bien l’élégance constante avec laquelle s’habille la paire Chip King / Lee Buford qui emporte ici, dans un univers où l’horreur se vit comme une chorégraphie chaloupée et harmonieuse, le costume et la guillotine en guise de sacerdoce. Il suffit d’écouter la montée triste et enjôleuse de « Nothing Stirs » ou encore les titres « Partly Alive » et « The West Has Failed », où l’abrasivité punk de la voix de Michael Berdan se mélange parfaitement aux cris aussi primaires que poétiques de Chip King, pour se rendre compte que I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer marie ensemble, plus qu’auparavant, des grands écarts comme un tout cohérent, où l’emphase se fait crue, le magnifique se met au service des sévices, les symboles se corrompant dans une domination laissant époustouflé. Maître de son art, The Body en fait un monde, dans lequel errer constamment en quête de réponses à ce qui se passe en nous quand on y pénètre.

Pourtant, les écoutes successives (il y en a eu beaucoup, et il y en aura encore) laissent une impression globale moins satisfaisante que No One Deserves Happiness. Non pas à cause d’une surprise moins grande – un retour en arrière montre que The Body évolue d’une façon qui n’a rien de surprenante en elle-même, tant elle paraît aussi unique que logique – mais bien en raison d’une exigence que l’on porte envers un projet qui a fait d’un certain raffinement dans ses rêves de tortures physiques et mentales son attrait principal. Et I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer frôle un peu trop l’incohérence pour pouvoir épater autant que son prédécesseur, particulièrement dans une fin de disque où « An Urn » et « Sickly Heart Of Sand » s’avèrent moins convaincantes que ce qui les précède. Heureusement, « Ten Times A Day, Every Day, A Stranger » et sa mélancolie pathologique où Erik Satie s’invite dans la loge noire terminent ces cinquante minutes dans une ambiance aussi ambiguë qu’hypnotisante, laissant hébété et charmé.

Ne comptez pas sur moi pour faire état des genres avec lesquels joue The Body sur I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer. J’en suis incapable, la formation ayant clairement quitté toute attache claire pour créer sa propre musique. Cependant, impossible de ne pas continuer à lui laisser une place de choix sur ces pages portées sur l’extrême, tant on trouve encore ici de quoi se marteler et s’imaginer sur une succession de crêtes, le jusqu’au-boutisme devenant aussi musical qu’esthétique. Clairement, une nouvelle œuvre majeure.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
The Body
Industrial / Noise
2018 - Thrill Jockey Records
notes
Chroniqueur : 8/10
Lecteurs : (4)  7.25/10
Webzines : (2)  8.04/10

plus d'infos sur
The Body
The Body
Industrial / Noise - 1999 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   The Last Form Of Loving
02.   Can Carry No Weight
03.   Partly Alive
04.   The West Has Failed
05.   Nothing Stirs
06.   Off Script
07.   An Urn
08.   Blessed, Alone
09.   Sickly Heart Of Sand
10.   Ten Times A Day, Every Day, A Stranger

Durée : 49 minutes 40 secondes

line up
parution
11 Mai 2018

voir aussi
The Body / Dis Fig
The Body / Dis Fig
Orchards of a Futile Heaven (Coll.)

2024 - Thrill Jockey Records
  
The Body / Braveyoung
The Body / Braveyoung
Nothing Passes (Coll.)

2011 - At A Loss Recordings
  
The Body
The Body
Master, We Perish (EP)

2013 - At A Loss Recordings
  
The Body
The Body
I Shall Die Here

2014 - RVNG Intl.
  
The Body / Krieg
The Body / Krieg
The Body & Krieg (Coll.)

2015 - At A Loss Recordings
  

Essayez aussi
Uniform
Uniform
The Long Walk

2018 - Sacred Bones Records
  
Pornography
Pornography
Pornography (Compil.)
(This is a collection)

2014 - Speed Ritual Records
  
Daughters
Daughters
You Won't Get What You Want

2018 - Ipecac Recordings
  
Thou / The Body
Thou / The Body
You, Whom I Have Always Hated (Coll.)

2015 - Thrill Jockey Records
  
Portrayal Of Guilt
Portrayal Of Guilt
…Beginning Of The End

2026 - Run For Cover Records
  

Arsis
A Diamond For Disease (EP)
Lire la chronique
Bewitched
Diabolical Death Mass
Lire la chronique
Exorcizphobia
Neurosis Unbound
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Juin 2026
Jouer à la Photo mystère
Sledgehammer
Destroy/Rebuild
Lire la chronique
Ural
Anthropic Genetic Involution
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Juin 2026
Jouer à la Photo mystère
NecroBeast
Iron Baphomet
Lire la chronique
Savage Mania
Demonic Assault
Lire la chronique
Intoxicated
The Dome
Lire la chronique
Shadowspawn
Cadaver Dogs
Lire la chronique
Cage Fight
Exuvia
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Mai 2026
Jouer à la Photo mystère
Metal Noz 3 - Live Report
Lire le podcast
Entombed
Crawl (EP)
Lire la chronique
Türböwitch
Under Haunted Skies
Lire la chronique
Exodus
Goliath
Lire la chronique
Cro-Mags
Alpha Omega
Lire la chronique
Slyther
Chronicles of Despair
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Mai 2026
Jouer à la Photo mystère
D.R.I.
Violent Pacification (EP)
Lire la chronique
Nukem
The Grave Remains
Lire la chronique
Aborcja
Do krzyża abarotem
Lire la chronique
Vomitory
In Death Throes
Lire la chronique
La photo mystère du 15 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Paradox
Heresy
Lire la chronique
Sunovrat
Kuluk
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Perpetual Warfare
The Age of War
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Mars 2026
Jouer à la Photo mystère
10 ans de vidéo SAKRIFISS / Le top 50 des groupes marquants
Lire le podcast