Chronique
Caronte Spiritus
Bientôt quinze ans d’existence et pourtant on ne peut pas dire que la formation transalpine ait véritablement eu droit à la lumière qu’elle mériterait d’avoir, car malgré son goût pour l’occulte et les ténèbres ceux-ci n’ont jamais réussi à intéresser beaucoup de monde au-delà d’un cercle restreint d’initiés, alors qu’ils pourraient largement espérer mieux. Néanmoins ce manque de notoriété n’a jamais eu d’impact sur la motivation du quintet qui revient aujourd’hui avec un nouvel opus qui se sera fait désirer, vu que cinq années se sont écoulées depuis le très bon
« Wolves Of Thelema »… une éternité pour un groupe habitué à être assez productif. Celui-ci n’a en effet jamais été aussi long pour revenir avec un album sous le bras, et même si entre temps le court Ep « Circle » a vu le jour en 2022 les différentes activités annexes de chacun des membres ont visiblement joué dans la balance. Mais ça n’est pas plus mal finalement vu que ce cru 2025 fait clairement partie du haut du panier d’une discographie désormais conséquente, et qui espérons-le va leur permettre enfin de surnager de la redoutable concurrence locale et internationale.
Car clairement cette galette est la meilleure jamais réalisée par ses auteurs qui offrent ici leur livraison la plus variée et directe, ponctuée de nombreuses influences extérieures où l’occultisme bien que toujours présent n’est désormais plus seul à avoir droit de cité comme on va s’en apercevoir dès les premières notes de l’ouverture intitulée « Scarlet Love ». Grouillant d’ambiances sablonneuses et d’accents Stoner de très bonne qualité cette plage portée par un mid-tempo rampant et addictif nous embarque immédiatement vers des contrées chaudes et désolées, d’où émergent des riffs simples et directs et du super solo pour donner envie de headbanguer. Ça sent donc la poussière mais l’obscurité n’est jamais très loin vu que ça conserve une noirceur inhérente très réussie, et donne ainsi le ton de la suite à venir qui va être plus poisseuse et humide via la doublette « Aiwass Calling » / « Sagittarius Supernovae » qui va presque lorgner vers le Sludge tant certains plans semblent avoir être piqués du côté de chez DOWN. C’est très lourd, bridé et ça offre quelques accents tribaux histoire de rappeler la présence des ambiances messianiques sur fond de musique répétée en boucle qui font parfaitement le boulot, même si ça peut montrer quelques relents poussifs du fait d’une durée légèrement exagérée. Néanmoins cela ne nuit pas aux bons débuts offerts par ce long-format qui va continuer à garder son rythme de croisière comme son attractivité via l’excellent et dense « Antikristos », qui reprend les mêmes ingrédients qu’entendus auparavant en y ajoutant une grosse louche de BLACK SABBATH via des riffs sentant l’ombre de Tony Iommi, que ce soit en rythmique comme du côté du solo écorché… tout ça avec un break religieux à souhait et des relents typiques des 70’s dignes de la Hammer.
Si le combo n’en a pas oublié ses débuts avec ses passages ritualistes (où un Grand Maître mène cela avec autorité autour de ses fidèles) comme proposé par les agréables « Beyond Daath » et « Fire Walk With Me », ces deux morceaux vont en revanche être plus faibles que les autres de par quelques longueurs inutiles et une rythmique qui ne décolle pas créant ainsi une certaine monotonie. Cependant ça reste quand même de bonne tenue mais difficile de rivaliser par rapport à ce qui a été entendu précédemment… et même avec la conclusion à venir (« Interstellar Snakes Of God ») qui va franchement s’énerver en jouant sur la vitesse et un minimalisme proche du Punk, tout en bénéficiant d’un rendu hypnotique et de plans en médium dynamiques à souhait… pour un rendu global varié et entraînant où la simplicité jouée plus fermement fait ici des merveilles.
Du coup en osant légèrement sortir de sa zone de confort le groupe offre un enregistrement qui tient largement la route, preuve donc de son expérience accumulée avec le temps et aidé par le pedigree musical de chacun de ceux qui jouent dessus et qui ont la bonne idée de ne jamais trop en faire à la fois, évitant ainsi le trop-plein indigeste qui aurait été regrettable. Et malgré ses petites imperfections déjà expliquées en amont on ne saurait trop conseiller de pencher une oreille attentive sur ce nouveau cru qui comblera sans peine les amateurs curieux et éclairés, confirmant la bonne santé actuelle de la scène extrême de l’autre côté des Alpes. Peut-être encore un peu juste pour devenir indispensable à l’avenir CARONTE a néanmoins pris du galon et possède désormais un répertoire suffisamment conséquent pour qu’on s’y attaque sérieusement ,et c’est déjà pas si mal finalement à l’heure où l’on est saturé d’entités de seconde zone qui pullulent et qui feraient mieux de s’abstenir d’exister tant c’est loin d’être sincère et authentique… contrairement à ce « Spiritus » qui offrira largement de quoi s’occuper un bon moment avec l’envie d’y revenir de temps en temps, preuve donc de la réussite de son contenu.
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