Ces dernières années, j’ai maintes fois été confronté à différents styles extrêmes qui se voyaient qualifiés par l’adjectif « industriel », du
death ou du
black généralement. Souvent, j’ai nourri le sentiment qu’une confusion s’établissait entre ce qu’était originellement le
metal indus et l’actuelle démarche artistique qui consiste à intégrer des éléments électroniques, des bruitages en tout genre ou de simples
samples à des projets qui ne seraient possiblement ni meilleurs ni moins bons s’ils n’y étaient pas. Je ne cible personne mais je traduis aujourd’hui régulièrement « indus » par « cache-misère ».
Moi, vieille gueule (de con) burinée, si tu me parles de
death indus je vais penser à
MEATHOOK SEED ou
PITCHSHIFTER, plus récemment
YERUSELEM a payé son tribut à
GODFLESH mais ce qu’ont généralement en commun ces formations, au même titre qu’en France
PROTON BURST,
M.PHERAL ou
SOULSTORM au Canada, c’est certainement d’avoir débuté fin 80 début 90, épicentre, écriture canonique du genre. Après, tu peux préférer l’approche
EBM de
KMFDM, les arrangements géniaux de
NINE INCH NAILS ou évidemment la version davantage
thrash de
MINISTRY, il reste que si nous devons causer de
metal industriel, voici mon postulat de départ : une musique froide, principalement lourde, cyclique, qui n’a parfois même pas besoin d’adjuvants aux guitares voire à la batterie, tout le monde n’utilisant pas forcément une boîte à rythmes pour sonner de façon robotique.
Par conséquent, si nous sommes d’accord sur les termes, j’arrêterais à compter d’aujourd’hui d’acquiescer à cette qualification trop facile car à part dénaturer l’héritage musical en question, cela n’apporte définitivement rien. Des gens sans idées qui maquillent le vide avec du langage
computer, il y en a des tonnes, je n’y souscrirais plus sauf pour
BORGNE par exemple qui a su conserver ce minimalisme compact, du moins sur
Y et
Temps morts (je n’ai que survolé
Renaître de ses fanges).
J’y souscrirais d’autant moins que je viens récemment de replonger dans les obscurs travaux de
SKIN CHAMBER dont le premier album,
Wound, fut directement signé par
Roadrunner Records. D’accord, peut-être que sans
Justin Broadrick (qui je le souligne n’a alors sorti que
Streetcleaner) ce disque n’aurait jamais vu le jour car son contenu doit musicalement à peu près tout à l’Anglais. Pourtant, si l’on apprécie le premier, méconnaître plus longtemps cet amas rouillé de limaille de fer serait une grave erreur.
Les cerveaux de
Chris Moriarty (décédé d’une overdose en 2008) et
Paul Lemos abritent de vilaines pensées, des bestioles gluantes, rampantes, hostiles, haineuses. À l’image de nombre d’albums parus au cours de cette période, la musique n’est pas qu’une simple pose et est-ce qu’on se rend bien compte de ce qu’il fallait avoir dans le froc en 1991 pour signer avec le label new-yorkais ? De nos jours, c’est plus simple : on te signe, on balance ton skeud sur différentes plateformes digitales, cela se fait à moindre coût, quasiment sans risques financiers. Mais se faire alors adopter avec un projet aussi fondu que ce LP… Bon sang, le disque est tellement bizarre, il ne faut pas perdre de vue que
GODFLESH n’a même pas encore enfanté
Pure et que, par conséquent, taxer
SKIN CHAMBER de suiveur serait fort malvenu. Disons que sur deux continents différents les musiciens partagent une vision commune et que chez les Américains elle s’exprime avec peut-être encore plus de malaise, sur des rythmes lancinants qui te donnent clairement envie d’en finir avec la vie (« In the Sewer of Dreams »).
Ce disque sent la drogue, l’urine, le mal-être… Les Anglais avaient leur truc à eux, à Birmingham ça devait être la chute de l’industrie, le chômage de masse, la pauvreté ouvrière, la grisaille. Aux États-Unis (Boston), je ne ressens par cette crise économique dans les morceaux, plutôt une perte de repère, un abandon volontaire des valeurs traditionnelles, une déshumanisation des relations qui s’approprie certains codes de la musique
punk hardcore (« Burning Power ») pour régurgiter le portrait d’une civilisation à la dérive, vidée de sentiments, atone, apathique, ultra violente, dénuée d’empathie. Ainsi, de titre en titre, l’abîme se fait plus béant, l’anxiété plus forte, l’horreur plus écœurante, chaque chanson n’étant finalement qu’une marche supplémentaire descendue vers l’Enfer intérieur. Guitares hypnotiques (« The Nails of Faith »), rythmiques répétitives, nous ne chercherons ici ni technique, ni raffinement, ni tristesse commémorative.
SKIN CHAMBER délivre une forme de quintessence du
metal industriel tel qu’il était dans les 90’s et tel qu’il aurait toujours dû rester. Aucun gimmick paresseux, aucun ornement figuratif, le minimalisme absolu de ce disque n’a d’égal que l’odeur de meurtrissure qui s’en dégage. Si tu as envie d’être perturbé, ce n’est pas
Antichrist Superstar qu’il faudrait glorifier.
Et même lorsque le tempo devient étonnamment
grind sur « Fat Hacker », alors que la pesanteur du
doom domine en maître incontestable, si ce n’est pour rappeler que le duo est aussi un groupe draguant le public
metal il ne se départit jamais de sa maigreur anorexique, limitant les notes, les gestes, les efforts, pour ne conserver que la substance nocive des sucs :
death metal halluciné, énergie
hardcore plongée dans un bain d’acide, guitares singeant la normalité (les solos de « Swollen Underground ») comme pour mieux leurrer le corps médical… Je n’entends définitivement rien dans cet album qui approche de près ou de loin la salubrité, le beau, le sain.
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