Nous avions quitté les Américains de Degraved en septembre 2023 après la sortie sur Gurgling Gore d’un chouette EP intitulé
Whispered Morbidity. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts puisqu’une bonne partie des effectifs d’antan a effectivement été remerciée. Si Nick Emard, probable tête pensante de la formation, est toujours de la partie occupant dorénavant les rôles de chanteur, guitariste et bassiste, Alex Gaziano (guitare), Daniel Radu (basse) et Simon Coseboom (batterie) s’en sont tous les trois allés. Ces derniers ont été remplacés par Monte McCleery (ex-Samothrace, ex-Un) et Dante Zickler tous les deux aux guitares (ce qui fait qu’on a donc désormais trois grattes chez Degraved) ainsi que par Leo Padua (Warp Chamber, ex-Castelumbra...) à la batterie. Ensemble, tout ce petit monde a donné naissance à
Spectral Realm Of Ruin, un premier album paru en novembre 2025 chez Dark Descent Records et Me Saco Un Ojo Records.
Enregistré et mixé par Nick Emard puis masterisé à Copenhague par Marcus Ferreira Larsen dans les murs du No Master's Voice Studio, ce premier album parvient d’emblée à attraper le regard grâce à cette illustration aux couleurs délavées et fatiguées et aux charmes surannés. Une œuvre que l’on doit à un certain Hidris qui, s’il n’est pas l’illustrateur le plus mentionné dans ces pages, n’en a pas moins travaillé avec des groupes tels que Grave Miasma, Acherontas, Phalanx Inferno, Nephasto, Emaciated, Endezzma, Anhedonic et quelques autres encore... Bref, si vous comptez parmi ceux qui n’auraient encore jamais croisé la route de nos Américains du jour, nul doute que cette illustration tout droit sortie des années 90 devrait alors vous convaincre d’y jeter une oreille attentive.
Composé de sept nouveaux morceaux pour un petit peu plus de trente-cinq minutes,
Spectral Realm Of Ruin s’inscrit dans les standards de formats en vigueur depuis maintenant quelques années. Si cela peut parfois sembler un peu court (qui ne prendrait pas un peu de rab sur certains de ces albums affichés à plus ou moins trente minutes ?), l’avantage le plus évident est que l’on a rarement le temps de s’ennuyer. Ce premier album de Degraved ne déroge pas à ce constat d’autant qu’il est, comme en atteste la note à votre droite, de plutôt bonne facture. Ainsi, après quelques changements drastiques opérés sur
Whispered Morbidity (chant revu et corrigé, davantage de groove mais aussi de passages menés le couteau entre les dents), Degraved persiste et signe dans cette direction avec un premier album profondément classique mais néanmoins suffisamment convaincant pour reléguer ce point de détail au second plan. Certes, ce n’est pas sur Nick Emard et sa bande qu’il faudra compter pour révolutionner quoi que ce soit mais quiconque appréciant ce genre de formule aussi sombre qu’épaisse sur laquelle plane plus ou moins distinctement l’influence d’un certain Incantation devrait naturellement y trouver largement son compte.
Il n’y a donc rien de bien sorcier dans ce Death Metal qui partage son temps entre séquences soutenues menées pied au plancher à coups de blasts, toupa-toupa et autres riffs nerveux, de séquences à l’inverse beaucoup plus lourdingues et menaçantes aux ambiances faisandées et de passages tout simplement plus chaloupés au son d’une groove simiesque dont on saura évidemment se régaler avec grand plaisir. Tout cela n’est effectivement ni nouveau ni très compliqué mais il faudrait quand même faire un petit peu plus que la fine bouche pour ne pas prendre de plaisir à l’écoute de ce premier album aussi efficace que cousu de fil blanc.
Ceci étant dit, certains riffs ainsi que certaines séquences peinent plus que les autres à se démarquer véritablement. Je pense notamment aux passages les moins soutenus et les plus chaloupés de "March Of The Undead" qui sonnent tout de même un poil plan-plan en plus de s’avérer assez quelconques. L’exception qui confirme la règle ? Pas tout à fait puisque l’on trouve également sur "Sulfuric Embalming", "Stalker Of The Herd" et "Unseen" d’autres courts passages un petit peu patauds et maladroits qui, eux non plus, ne parviennent pas totalement à convaincre. Est-ce alors rédhibitoire ? Non, sinon je ne vous aurais pas renvoyé vers ma note positive en début de chronique d’autant plus que ces quelques passages sont finalement assez vite oubliés face au reste bien plus convaincant. Enfin pour terminer, saluons le soin apporté par Degraved aux ambiances de ce premier album. Que ce soit à travers l’utilisation sporadique d’un synthétiseur pour des atmosphères spectrales à couper au couteau ("Inept Descent" à 3:12, "Unseen" à 0:36 et 6:26) ou par le biais de leads et autres solos mélodiques plutôt bien troussés ("Pariah Of Death & Darkness" à 2:38, "Sulfuric Embalming" à 2:12 et 4:11, "Inept Descent" à 1:48, "Stalker Of The Heard" à 3:34, "March Of The Undead" à 2:58...), Degraved offre à travers ces sept nouvelles compositions de belles atmosphères à la fois sinistres, viciées et étouffantes.
Malgré pas mal de mouvements, Nick Emard et ses nouveaux potos parviennent à passer le cap du premier album sans trop d’encombres. Certes,
Spectral Realm Of Ruin n’est pas un album très novateur (ce serait même plutôt tout le contraire) avec d’ailleurs à la clef quelques passages assez quelconques mais dans l’ensemble il reste un disque qui tient tout de même très bien la route. Naturellement, tout ceux qui n’en peuvent plus des clones d’Incantation qui en effet inondent la scène Death Metal passeront sans se faire prier leur chemin mais les autres moins difficiles prendront volontiers trente-cinq minutes de leur temps pour poser une oreille attentive sur ce premier album tout à fait sympathique à défaut d’être profondément marquant.
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