Intercourse - How I Fell In Love With The Void
Chronique
Intercourse How I Fell In Love With The Void
Il y a sans doute beaucoup à développer au sujet d’Intercourse, de sa création à ses divers changements de line-up – stabilisé avec le deuxième album Rule 36 – ainsi que l’histoire de son chanteur, l’égyptien d’origine Tarek Ahmed et son humour acerbe, aussi cynique envers lui-même que la scène (et le monde en général). On pourrait également deviser sur l’évolution du style de la bande, noise hardcore dès le départ, extrême très rapidement mais regardant tout de même l’évolution de la scène en coin, How I Fell In Love With The Void possédant un côté plus accessible que ses prédécesseurs sans nécessairement transiger à la radicalité de leur musique (que l’on compare souvent à Chat Pile malgré davantage d’ancienneté du côté des gars de New Haven par rapport à ceux de l’Oklahoma, une injustice parmi d’autres).
Mais ça ne sera pas la direction que prendra cette chronique. En premier lieu car je n’ai écouté que superficiellement ce qui précède How I Fell In Love With The Void et ne suis donc pas le mieux placé pour parler longuement de ce qu’Intercourse a de plus ici que sur ses autres albums, malgré un petit bon qualitatif évident et reconnu sur d’autres textes le concernant (vous avez de la chance, il y en a plein d’autres sur différents webzines, et bien plus alertes que ce que vous êtes en train de lire). Ensuite car je préfère vous laisser la surprise des textes souvent drôles et pessimistes de l’œuvre, plaisir à part entière dont les punchlines continuent de me faire avoir un sourire mauvais rien qu’en y repensant – Tarek Ahmed ayant eu directement pour moi un statut d’écrivain en plus de hurleur particulièrement marquant, façon Tim Singer des temps actuels –, la gouaille bien marquée par le courant « pigfuck » du noise hardcore finissant de le placer comme un Deadguy à l’ère des réseaux sociaux, du narcissisme à tout va et des névroses adjacentes.
Non, j’ai davantage envie d’insister sur cette justesse à tenir une ligne hardcore qui fait la particularité d’Intercourse, malgré l’ironie qu’il développe sur le sujet. How I Fell In Love With The Void dure vingt-quatre minutes – pas une seconde de plus – et pourrait être vu comme un symptôme d’une industrie qui sort des disques de plus en plus courts pour conforter un auditeur-consommateur au temps de cerveau de moins en moins extensible. Pourtant, il fait tout l’inverse : il bouscule, enlève tout gras et ne garde de son style que ce qu’il a de plus étouffant et hargneux, faisant du noise hardcore un genre extrême où la violence se revit comme si c’était la première fois. Un déluge ciselé et qui cependant sonne brut, d’une production compacte à des enchaînements de titres laissant peu de place à la pause (seule l’instrumentale « Slightly Less Than A Feeling » et la lancinance de « Running A Cemetery Without A License » détendent un peu le jeu tandis que les obsessions de « I'm Very Tired Please Let Me Die » étranglent). Une optique qui rappelle la radicalité du hardcore à ses débuts, qu’Intercourse paraît jouer en 2026, traçant un trait vif entre attitude edgy, pathologies mentales, mathcore (« Zoloft And Blow » ; « Cadaver Resume » ; la psychotique « Unsuccessfully Attempting To Parse Nightmare From Reality »), noise rock (« Running A Cemetery Without A License » ou le tube aussi bref que jouissif « Cryptid Divorce Court »), punk et metal (les blasts de « The Ballad Of Max Wright » ou la fin de « Another Song About The Sun », typiquement black metal). Une hémorragie de chaque instant qui donne envie de le placer non loin, en esprit, d’une formation comme Portrayal of Guilt – Sherilyn Funreaux signant d’ailleurs la photographie habillant cet album – et sa gloutonnerie se rassasiant de tout ce qui est extrême.
Car c’est ainsi que passe How I Fell In Love With The Void, comme une urgence à écouter quelque chose qui va au bout du bout plus qu’elle défoule. Ce noise hardcore-ci est si congestionné par la rage et le désespoir qu’il laisse un goût particulièrement amer en bouche, la tête encore plus lourde de pensées noires qu’avant la lecture. Une musique qui offre davantage le plaisir d’avoir une transposition de son état qu’une échappatoire, l’humour n’étant qu’une manière de faire passer la pilule toxique (ne vous laissez pas avoir par la présence de la danseuse exotique Clementine sur les différentes versions de l’artwork, le sourire est trompeur). Alors certes, le machin ne bouscule pas l’aura des petits génies de Chat Pile, toujours en haut de la tour et bien plus ambitieux. Mais pour celles et ceux qui veulent voir ce qu’il se passe du côté des égouts, des dealers proposant des drogues louches à une basse classe qui ne demande qu’à s’oublier au point de disparaître, Intercourse saura leur en donner un bon aperçu.
| | Ikea 7 Avril 2026 - 98 lectures |
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