J’ai bien fait de les garder dans le viseur, dans l’espoir que ce soit eux qui finissent par m’atteindre.
Les Ricains de Portrayal of Guilt avaient tout pour me plaire, de leurs affinités pour le screamo le plus violent à leur début (
Let Pain Be Your Guide) à leurs expérimentations plus récentes, à l’appétit rappelant notre
Fange national. Mais non, leur mousse au chocolat noir ne passait pas, malgré des essais qui, rétrospectivement, sont plus que particuliers et intéressants (on aura bien le temps de reparler de tout ça plus tard mais la discographie du trio est plus que conseillée à s’enquiller en entier). Il aura fallu
…Beginning of the End pour qu’enfin je perçoive dans ce trio ce que d’autres y voient depuis longtemps : des petits malins dédiés au Mal, jouant une musique à chaque fois différente mais jamais moins dépravée. Déclinaison diabolique numéro 666 : la ci-présente, pleine de
Korn comme on peut le lire à peu près dans tout ce qui concerne ce nouvel album mais aussi bouffie d’autres haines portées en plaisirs malsains, les arpèges déglingués de
Dystopia répondant au hardcore épidermique de
Cursed (« Total Black »), le rock épidémique mariant noise et indé (« Ecstasy ») ainsi que – surtout – la touche extrême qui montre qu’on dépasse les chapelles car, ici, on les brûle.
On peut penser à
Celtic Frost,
Lurker of Chalice ou même
Blut Aus Nord à l’écoute de ces ambiances glauques, rustres à leur plus frontal, morbides à leur plus délétère : Portrayal of Guilt les rejoint en malfaisance sans s’en inspirer directement, faisant penser échelle de valeur davantage qu’emprunt. Moins prince des ténèbres que cru messager, il n’en finit plus d’annoncer l’apocalypse au point que l’on craint qu’elle soit déjà là, tendance
The Body. Un dernier nom qui fera arrêter la liste non-exhaustive des liens que provoque
…Beginning of the End. Il dit avec suffisamment de justesse l’appétit et le talent développés sur cette demi-heure capable de créer un rock particulièrement obsédant et corrosif (« Object of Pain ») puis d’écraser d’un terrorisme dévastateur comme un virus léthal lâché en plein air (« The Last Judgement »). Le plus fort est que rien ne semble hors-sujet, pas même le hip-hop tendance trap d’un Slim Guerilla malheureusement visiblement payé à la minute là où j’aurais aimé voir l’expérience « Chamber of Misery Pt. IV » durer un peu plus.
Et pourtant, pas de regret autre qu’un tempérament trop expéditif, chaque porte ouverte l’étant avec brio, un équilibre où la radicalité sert de dénominateur commun. Il y a une hargne teintée de tristesse, presque une mélancolie gothique, qui ressort de l’ensemble, Maldoror post-covid où la véhémence ne vire jamais à l’outrance dans ce monde de souffrance, le trop devenant chose commune au sein du pire. Dommage donc que Portrayal of Guilt possède entre autres maladies celle bien actuelle de ne pas s’éterniser, tant on rencontre rarement tel propagateur, extrême car se situant à différentes extrémités, à rien de devenir liminal dans son horreur. Et cependant,
…Beginning of the End s’inscrit toujours dans une réalité perceptible, celle urbaine qui laisse penser que ces rues sont les nôtres malgré l’ogre y rodant, prêt à se repaître avant de repartir en forêt – ne vous faites pas avoir pas son faciès juvénile : Matt King est un hurleur très très convaincant.
Rien à laisser et tout à prendre sur
…Beginning of the End, album où Portrayal of Guilt devient le démiurge qu’on le sentait en capacité de devenir sur l’EP
Devil Music. Le funambulisme de chaque instant épate mais surtout sert un discours propre, contemporain malgré les rappels au passé, pensé au-delà de la lubie (telle production, abrasive sans perdre en netteté, cristalline sans affadir les coups de sang, ne peut venir que d’oreilles expertes dans les genres abordés). À écouter comme la playlist du monde tel qu’il est derrière l’écran de fumée habituel. En feu, c’est-à-dire.
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