Portrayal Of Guilt - Let Pain Be Your Guide
Chronique
Portrayal Of Guilt Let Pain Be Your Guide
Tu m’étonnes qu’ils soient rapidement partis vers d’autres horizons. Portrayal of Guilt est arrivé tel une comète au sein de la scène hardcore, enchaînant les tournées américaines et européennes peu de temps après un premier EP sans-titre, son nom devenant de moins en moins confidentiel au fur et à mesure de ses concerts en compagnie de Street Sects (avec qui il sortira rapidement un split), Majority Rule ou encore Planning for Burial. Deathwish, label bien connu de Jacob Bannon (Converge), ne s’y trompera pas et rééditera cet EP, Portrayal of Guilt allant même jusqu’à partager la scène avec ses poulains de l’époque de Birds in Row. Il ne manquait plus qu’au tableau un premier album pour confirmer cette trajectoire ascendante.
Ce que fera Let Pain Be Your Guide ! Si dès le départ, Portrayal of Guilt se montrait nettement plus teigneux, maléfique, que le tout-venant de la scène screamo / hardcore, on peut tout de même être surpris par la rage et la négativité qui habitent ces alors jeunes adolescents. A l’époque les deux pieds fermement ancrés au sein de la scène screamo la plus radicale – celle côtoyant l’emoviolence de Orchid, rajoutant un soupçon de liant pour faire passer les graviers type Pg. 99 ou City of Caterpillar –, le groupe fait même appel à Matt Michel de Majority Rule pour s’occuper de la production de ce premier album. Cependant, quelques éléments créent rapidement une dissonance étrange envers ce qu’on pense être au premier abord une formation certes torturée mais se situant du côté noble de la barrière : la présence de Dylan Walker, peu porté sur le propre (ce que sa participation sur le titre « Your War » confirme) ; des textes particulièrement sinistres où sont abordés le suicide, le syndrome de l’imposteur, divers péchés ainsi que la souffrance de façon constante ; une musique, enfin, qui possède certes des racines screamo dans son intensité mais paraît toujours vouloir partir ailleurs, creuser le sillon non pas d’un genre mais d’un état d’âme.
Portrayal of Guilt nous guide dans sa peine – là-dessus, aucune raison de s’en étonner : c’est marqué en gros dans le programme annoncé – au travers d’un style dont il rend une copie quasi-parfaite, liant black metal et hardcore avec une maîtrise époustouflante pour une formation aussi jeune. Le parti-pris d’être concis profite clairement à ce mélange extrême qui transmet ses cicatrices par des coupures nettes, jouant incisif et expéditif, quitte à laisser un brin frustré (ce qui ne manque pas, notamment quand on constate qu’il y a un peu de gras autour avec les interludes que sont le morceau-titre et « The Hunger »). L’impact de l’ensemble rend encore plus prégnant une noirceur qui, plus qu’un assemblage de black metal et hardcore qui était alors monnaie courante, rappelle l’atmosphère étouffante, pleine de crasse, de venin et de défaite, de l’album You Fail Me de Converge (autre référence assumée par les Texans).
Pourquoi alors une note si timide au regard de ce que je dis au sujet de Let Pain Be Your Guide ? Simplement parce que là où la suite s’aventurera sur des terres de plus en plus sombres et personnelles, ce premier album paraît se circonscrire dans un style trop limité pour lui. On sent que le groupe a des envies autres que celle de surligner au noir les scènes screamo et hardcore de la fin des années 90 et début des années 2000 mais ne sait pas encore comment les figurer. Cela se perçoit dans une hystérie qui tombe parfois à plat ou finit abruptement, comme si la formation laissait volontairement des portes fermées. On le sait : elle se fera un malin plaisir de les défoncer par la suite, ce qui pousse d’autant plus à relativiser le petit exploit accompli ici.
Cela reste un bel accomplissement, d’autant plus pour un premier album ! Portrayal of Guilt parvenait à donner à travers celui-ci un coup de fouet à une scène qui, déjà, commençait à fatiguer ses plus bienveillants partisans, celle d’un blackened hardcore typique d’une époque. Mieux, il suggère déjà qu’il n’est pas un groupe comme les autres, qu’il possède quelque chose de particulier… et de particulièrement sadique. Ce qui succédera à Let Pain Be Your Guide en sera la preuve définitive.
| | Ikea 9 Juillet 2026 - 210 lectures |
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