On ne parle pas assez du plaisir qu’il y a à écouter une œuvre que l’on sent pensée de bout en bout, où tout parait cohérent, de sa pochette à sa musique, voire au-delà.
Esoterik est de cette famille-là.
Bien sûr, on pourra signaler que cela était déjà le cas pour
Black Noise, essai de Jason Köhnen sur des terres industrielles où Godflesh règne en maître. Mais on avait alors là la sensation d’écouter une direction artistique bien trop influencée par un autre. Rien de ça dans cette suite stylistique – l’industriel comme fondation – qui étend ses influences, mises sous l’égide d’une noirceur liant science-fiction et rituel. Doom metal opaque et jazz sombre s’invitent à la célébration, le goût pour le sacré ne se situant plus dans des rappels à d’autres aussi réussis que scolaires mais dans une volonté de se faire maître de cérémonie.
Il suffit de jeter un regard sur la tracklist et ses cinq titres s’étalant en longueur, d’appesantir le regard sur cet artwork qui, à lui seul, dit beaucoup de l’atmosphère globale créée sur
Esoterik, de même que se rappeler que cela sort sur le label amateur de finesse noire Debemur Morti – ce qui a pu faire tiquer au sujet de
Black Noise et fait se souvenir désormais que cela est la maison de
Blut Aus Nord et
Yerûšelem, a été celle du
Ævangelist de la grande époque (il y a une langueur semblable à celle de
Writhes in the Murk ici) et reste celle de The Lovecraft Sextet, projet jazz du Néerlandais. Avant même d’écouter ces trente-neuf minutes, ce qui les entoure permet d’imaginer leur contenu ; on ne peut que conseiller d’y plonger malgré tout, tant le tour de force d’allier autant de styles – allant jusqu’à donner une place importante au saxophone de Colin Webster (camarade de The Lovecraft Sextet au parcours riche et varié et déjà présent sur
Meditations) – s’apprécie.
Esoterik est en effet captivant dans ses alchimies, chaque titre évoquant un sentiment différent sous leur atmosphère commune. Les noms des morceaux comme indices, l’ensemble donne la sensation d’écouter une succession de chapitres à la fin restant à définir, livre saint d’un futur technologique où l’univers se décrit plus que ce qui se déroule en son sein. Moins de quarante minutes, c’est peu ; il n’en reste pas moins que l’on a l’impression d’avoir voyagé avec autant de réalisme qu’à la lecture d’un passage descriptif d’un des livres de la saga
Dune (ceux de Frank Herbert, évidemment) à l’écoute de cet album, avec des détours vers la sensualité trompeuse de « Pleasures Of The Flesh », les architectures arides et monumentales de « Serpentine Helix » et « Machine Halo » ou encore la fièvre de « Duality Of One ». Harnaché à une section rythmique qui abandonne les coups de sang breakcore pour mieux asseoir un doom metal moderne et impitoyable (« Harmony Cloak »), la traversée se vit certes aux premières loges mais sans la connivence de celui-qui-sait de
Black Noise. Bong-Ra devient clairement le pilote et nous, les passagers.
La simplicité dont Bong-Ra peut faire preuve derrière l’originalité de ses idées est ce qui fait la force de
Esoterik. On peut regretter la rareté de grands moments, d’instants spectaculaires où tout se mélange d’une main de maître. Cela ne semble pas être ce que cherche Jason Köhnen, moine copiste qui a pu être trop rigoriste sur
Black Noise mais qui désormais prend des libertés avec le texte original, soumis à ses propres visions riches et univoques à la fois. Le mystère comme frustration mais aussi comme promesse pour l’avenir.
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