GIGAN, acte deux,
Quasi-Hallucinogenic Sonic Landscapes.
Eric Hersemann n’est pas homme à s’attacher. Quelles qu’en soient les raisons, il s’est déjà débarrassé de ses précédents acolytes pour leur substituer
Keseva Doane à la batterie (musicien
live de
VITAL REMAINS en 2008-2009) et
John Collett au chant,
performer dont le passé s’avère plus confidentiel (
SUCCESS WILL WRITE APOCALYPSE ACROSS THE SKY, futur
NIGHTMARER). Constat immédiat dès qu’explose « Mountains Perched Like Beasts Awaiting the Attack » : en accordant la part belle aux
growls en tout genre, le trio ancre davantage sa musique dans le
death metal (voire le
brutal death au regard de la virulence des compositions), aussi technique soit-il, délaissant presque intégralement les plans
mathcore qui rendaient
The Order of the False Eye si jubilatoire, si fascinant.
De même, la batterie outrageusement blastée atteignant parfois des tempos supraluminiques (« Suspended in Cubes of Torment ») ainsi qu’un choix de production étonnamment pur confèrent à l’ensemble une saveur à la fois nouvelle et paradoxalement moins accessible que le LP antérieur. Ce n’est pas tant que les huit titres connaissent un accroissement de violence (quoi que si, indéniablement), ils brossent juste systématiquement dans le sens contraire du poil, au risque de larguer pas mal de monde en route. Abscons, cryptique, c’est ainsi que je qualifierais le cru
GIGAN 2011.
Des écoutes multiples sont donc nécessaires, cette parution auditivement douloureuse ne bénéficiant pas d’éléments d’accroche immédiats, à la différence de son ainé, puisqu’il faut attendre le troisième morceau, « The Raven and the Crow », pour enfin ouïr un riff à peu près compréhensible. Quoi qu’il en soit, si les influences pouvaient parfois se faire sentir de trop au cours du premier effort, il n’en est rien ici : les Américains explorent des voies nouvelles, abrasives, déroutantes, dérangeantes parfois, l’expérience étant rarement plaisante du fait de la prépondérance de guitares évoluant dans les aigues, le criard, de l’aspect massif de l’ensemble et du sentiment constant qu’on nous a fourré la tête dans un sac plastique bien étanche. Aucun oxygène ne s’échappe de ce qui s’apparente à un trou noir musical.
Évidemment, le tout est d’un niveau technique titanesque mais comme les mecs ajoutent l’intensité de jeu d’un
HATE ETERNAL (celui de
King of All Kings), l’auditeur (du moins, moi) a parfois le sentiment de rester à la porte d’une réunion de génies mais où personne ne parle le même langage. Les points de repère sont rares, pour ne pas dire inexistants, à titre personnel les moments qui me vrillent la tête sont trop nombreux, toujours causés par ce choix de production étonnamment clair qui ne fait pas toujours bon ménage avec des guitares cristallines éprouvantes.
Ce n’est pas pour autant que
Quasi-Hallucinogenic Sonic Landscapes est un mauvais album, il est de toute façon tellement à part que la note ne revêt finalement que peu d’intérêt. Seule importe l’expérience, celle de la folie (« Skeletons of Steel, Timber and Blackened Granite »), le primate seul face au monolithe noir d’Arthur C. Clarke, incrédule devant une technologie qui lui est incompréhensible (« Vespelmadeen Terror »). Pour tout dire, le disque me colle des crises d’angoisses, trop difforme, trop anxiogène, trop dense, manquant des respirations nécessaires à l’appropriation de ces quarante-cinq minutes d’enfer spatial.
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