Où Trouble met les compteurs à zéro et se réinvente. L’histoire est connue : alors auteur de trois albums fermement ancrés dans un doom teinté de heavy metal alliant Black Sabbath et Judas Priest, Trouble se fait approcher par Rick Rubin et son label, Def American Records. Une entrée dans la cour des grands non négligeable pour la bande, après une carrière chez Metal Blade ayant eu plus un succès d’estime que populaire.
Run to the Light aurait même pu sonner le glas de la formation, pas loin de jeter l’éponge après des critiques le concernant moins dithyrambiques qu’au sujet de ses prédécesseurs, des soucis internes qui paraissaient jusque dans les paroles de la formation, les addictions d’Eric Wagner ou les départs successifs de membres, notamment à la batterie (la démission de Jeff Olson ayant créé une valse de remplacements pour s’arrêter ici à Barry Stern, décédé en 2005).
On comprend alors l’envie de remettre les choses à plat, même si l’arrivée de Rick Rubin dans l’équation n’y est parait-il pas étrangère. Trouble renomme son premier album
Psalm 9, s’affiche désormais sans utiliser d’autres illustrations de sa musique que lui-même – une photographie que je trouve à la fois datée, kitsch et mémorable, celle de metalleux fiers de vivre à rebours d’années 80/90 regardant en avant – et affirme une volonté de continuer à servir la cause Sabbathienne tout en cherchant sa propre voie. Cela se ressent énormément sur certains titres expérimentaux, comme « E.N.D. » (pour Eternal Narcotic Depression) et son groove qui esquisse ce que Pantera réalisera la même année avec son
Cowboys From Hell mais aussi « The Misery Shows (Act II) » et ses tentations psychédéliques entre Pink Floyd et les Beatles (ces derniers auront une place prépondérante dans la suite
Manic Frustration).
Mais que l’on ne croit pas pour autant que Trouble répond aux sirènes de la modernité : comme le suggère le morceau-fleuve est ses emprunts au rock seventies, cet album reste volontairement rétrograde, guidé par une foi moins présente dans les paroles – les drogues et leurs effets prenant plus de place – et toujours palpable dans la musique. La formation y croit dur comme fer, notamment dans cette production signée Rick Rubin qui va parfaitement à cette évolution stylistique gardant du doom un ton désespéré et entêtant – on peut penser au Pentagram des débuts sur « At The End Of My Daze » par exemple. Tous les membres donnent l’impression de vouloir casser la baraque sur ces quarante-deux minutes, chacun étant discernable, pleinement audible malgré un son cru, grésillant avec délice pour qui aime voir les racines rock et garage se montrer derrière son metal. Cela donne l’impression d’écouter une succession de moments de bravoure, à commencer par le titre « Psychotic Reaction » et ses riffs dansants et plombants, de ceux que Cathedral ne se lassera pas de composer à partir de
The Ethereal Mirror. Il est loin d’être le seul, les twin-guitars de « The Wolf » et « R.I.P. », les tempos plus doom de « A Sinner’s Fame » et « Black Shapes Of Doom » ou bien encore la balade susmentionnée « The Misery Shows (Act II) » présentant ce que la bande sait faire de mieux, à savoir composer des titres « bigger than life ». De quoi redonner envie d’écouter du metal pour des années, avec cet album retournant régulièrement dans la platine.
Il y a également le chant d’Eric Wagner, encore plein de la hargne des trois premiers albums mais essayant déjà d’autres tessitures, plus claires et altières, notamment sur les passages les plus rock. Une éclaircie qui se développera davantage par la suite mais qui, ici, n’offre qu’un petit contraste avec un ton essentiellement sombre. L’élévation de tempo à l’échelle globale n’a en effet pas fait changer Trouble dans ce qu’il exprime : si l’on a encore des ponts vers la religion comme planche de salut (« Heaven On My Mind » ; « All Is Forgiven »), c’est bien la menace, la rage et la mort qui se partagent le gros du festin, « The Wolf », « Black Shapes Of Doom » ou « R.I.P » conservant cette acidité typique du projet – et de son leader à la voix particulièrement mordante.
En fait, je ne trouve rien à critiquer sur cet album, au-delà des questions de goût et de style (on reprochera à l’époque à Trouble d’abandonner le doom metal ici, ce qu’il fera d’autant plus sur le successeur
Manic Frustration). Une fois les chapelles oubliées, il est clair que le talent de composition de la bande a monté d’un cran, abandonnant une part de sa radicalité formelle pour être encore plus marquant d’un point de vue musical. On pourra regretter que Trouble quitte le doom pur jus avec cet album. Il signe pourtant là un classique du metal au sens large.
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