Il paraît qu’il y a « frustration » dans le titre de cet album. Je n’y crois pas un seul instant, tant Trouble semble prendre un pied rare ! Peut-être cela se destine aux fans de l’époque, voyant ici l’ultime trahison d’un groupe qui avait pourtant signalé vouloir remettre les compteurs à zéro sur son prédécesseur. Les signes étaient déjà présents depuis longtemps – une reprise de « Come Together » des Beatles en 1988 ; une reprise partielle de Donovan en clôture de cet album avec « Breathe… » contenant des parties de « Atlantis » – et la prophétie n’attendait que le bon moment pour se réaliser : le projet plonge dans le psychédélisme pleinement avec
Manic Frustration, référençant ce que Black Sabbath avait non pas de plus lent mais de plus drogué et acéré.
Il paraît que cela fait de
Manic Frustration une déception. Cela ne concerne en réalité que les puristes obtus, d’autres voyant même là la plus belle période du groupe. La direction prise se suit de la même façon que Trouble l’avait fait avec le doom, c’est-à-dire avec hargne, créativité et talent. Rick Rubin toujours à la production, le son continuant d’être à lui seul un plaisir particulier (la puissance grésillante des années 90 alliée au vintage analogique des années 60 / 70), la bande reste la même et paraît sur un nuage après des années de déroute, assumant pleinement le virage entamé avec une pointe d’orgueil – magnifique « ‘Scuse Me » qui ne s’excuse en réalité de rien, ni de ses cheveux longs, ni de son hard rock flamboyant. Insulte aux dogmes et déboulonnage des idoles : Trouble a bien fait d’abandonner le doom à l’époque, à qui il a offert de belles œuvres mais où l’affaire commençait à tourner court sur
Run To The Light, l’excellence y ayant laissé place au « plus-que-correct ».
Il paraît que l’on a pourtant là ce que Trouble a pu faire de plus inoffensivement classique, d‘après des détracteurs qui n’en sont pas à une contradiction près.
Manic Frustration commence sur les chapeaux de roue avec « Come Touch The Sky » et ne descend pas de sa cylindrée avant « Rain », entamant un petit quart d’heure de rage heavy metal incandescente, le groove s’enflammant au point de cramer tout sur son passage. Si l’on cherche la raison du libellé « stoner » accolé à ce disque qui n’a pourtant rien à voir avec Kyuss – ou alors seulement son album incendiaire
Wretch – et consorts, il est là, dans cette capacité à allier les cavalcades des guitares (la paire Rick Wartell / Bruce Franklin se jumelle avec génie plus d’une fois) avec une stratégie de la terre brûlée à chaque morceau. L’écriture des titres, ayant été portée à un niveau supérieur depuis le sans-titre de 1990, reste d’une excellence rare même en deuxième mi-temps, que ce soit dans les emprunts au rock psychédélique (cf. « Memory’s Garden ») ou les brûlots furieux et sombres, balancés en fin comme si rien n’arrêtait Trouble au-delà du temps qu’il s’est lui-même dédié (« Mr. White », tube qui sera massacré des années plus tard par les chouineurs d’Antimatter sur
Planetary Confinement !).
Il paraît que
Manic Frustration possède quand même quelques passages parmi les plus mièvres de Trouble. S’il est loin de mes envies de tenir un classement de cette sorte, je reconnais que cela ne vient pas de nulle part. « Rain » est une balade bien trop convenue, que ce soit dans ses paroles ou ses mélodies, pour une formation qui a pu sortir une beauté telle que « The Mysery Shows (Act II) » quelques années auparavant. « Breathe… », bien que classieuse avec son grain sixties lancinant et séduisant, tranche avec la liberté mordue à pleine dent des titres heavy metal et hard rock. S’il y a bien un défaut à chercher sur ces quarante-trois minutes, il est dans cette gloutonnerie qui ne sait pas toujours quand s’arrêter. Trouble est un groupe qui, au plus haut de sa carrière, est capable de transformer en or tout ce qu’il touche, Midas du doom et du metal en général. C’est toujours le cas ici, réalisant parfaitement ses désirs jusqu’à un chant qui est ici à son plus varié, colérique, enjôleur, aussi sublime que nasillard, Ozzy Osbourne, Robert Plant et Rob Halford ne faisant qu’un (oui, pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, Eric Wagner était de ce niveau-là). Mais savoir tout faire ne veut pas dire devoir tout s’autoriser et l’on a là ici quelques sorties de route qui dérangent l’ambiance globale, libertaire, contestatrice et énergique sans oublier la noirceur du monde.
Une petite critique qui fait chez moi mériter à
Manic Frustration son titre. Rien qui amoindrit la joie qu’il y a à hurler les paroles de « Hello Strawberry Skies », « ‘Scuse Me », « The Sleeper » ou « Tragedy Man » en headbanguant cependant, tant l’entrée de Trouble dans des terres purement heavy metal et hard rock, le psychédélisme et le stoner comme carburants pour rugir plus fort, se fait le podium directement en tête. Il paraît que j’ai tendance à devenir trop dithyrambique quand un groupe me plait particulièrement. Encore un mensonge de plus concernant
Manic Frustration au sujet duquel, promis-juré, chaque mot de cette chronique est mérité.
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