Blackwater Holylight - Not Here Not Gone
Chronique
Blackwater Holylight Not Here Not Gone
Vous vous souvenez de ces moments dans les séries pour adolescents de la fin 90 / début 2000 où les protagonistes avaient vécu des moments forts en tension et partaient se ressourcer chacun de leur côté, regard au loin, pause dans le récit, une musique enveloppante et émotionnelle se chargeant d'illustrer la pesanteur et l'importance du moment ? C'est à la nostalgie que j'ai pour ces passages que s'adresse Blackwater Holylight.
Ho, cela n'est qu'une part de ce que joue le projet de Portland. Mais « How Will You Feel », « Involuntary Haze » et « Fade » correspondent exactement à cette sentimentalité, suffisamment pour y voir une ligne rouge, entre ceux qui refuseront l'expérience, écœurés d'avance, et ceux qui ont gardé un souvenir un peu tendre de ce genre d'histoire de rite de passage. On a pu citer un syncrétisme entre rock psychédélique, doom metal, indie rock et shoegaze au sujet de Not Here Not Gone ; si ces liens ne sont pas totalement infondés, je pense davantage à une direction artistique qu'à un mélange des genres pour lui-même, esthétique où le rouge domine, un rouge cocon, liquide, habillant l'atmosphère – Pourquoi s'embêter à chercher d'autres images quand celle de Magdalena Wosinska utilisée pour illustrer l'album dit tout ce qu'il y a à savoir ?
Car Blackwater Holylight ne se laisse pas encapsuler aussi facilement. Il peut faire penser à King Woman en cela, son doomgaze tenant davantage d'un coup de blues où le bourdon s'essaye au metal (on frôle même l'épopée romantique sur « Heavy, Why? » et son violon sorti d'un album de My Dying Bride) qu’à un simple mélange entre doom metal et shoegaze , la voix fragile de Sunny Farris faisant relier des points entre la formation et My Bloody Valentine, voire l’évanescence de Slowdive. Il y a plus d’une surprise ici, à l’image de ce dernier morceau indomptable et écrasant, montrant que derrière la douceur peut se cacher quelques horreurs. Le ton suave prédomine mais s’avère presque étouffant par moments, une lourdeur où le feu des sentiments rencontre une froideur métallique, celle d’une production ample et opaque à la fois (que l’on doit à Sonny Diperi, s’étant déjà occupé de Hell et Mizmor mais aussi Emma Ruth Rundle, Protomartyr ou Nothing, soit la personne parfaite pour tel son où les monolithes lévitent).
Les dames – car il n’y a que des femmes dans Blackwater Holylight – jouent constamment de clair-obscur sur Not Here Not Gone. Entre élans pop mélancoliques (« Involuntary Haze » ou « Void To Be ») et orage prêt à craquer sous la chaleur ambiante (« Spades » ; « Bodies »), il y a plus à gratter que ce qui peut paraître un brin superficiel au départ pour un habitué des atmosphères cotonneuses. La batteuse Eliese Dorsay est à ce sujet celle qui surnage, son jeu se faisant étonnamment nerveux pour une œuvre de ce type. Un balancier constant entre subtilités (comme les incursions électroniques de « Giraffe ») et menace s’annonçant frontalement (les guitares de « Heavy, Why? »).
Si Not Here Not Gone avait été un premier album, il aurait pu avoir les honneurs de figurer dans les découvertes de l'année. Pas de bol, il est le quatrième longue-durée d’un projet qui a profité d’un hiatus de quatre ans pour parfaire sa copie, les précédents contenant des platitudes qui ne se rencontrent que peu ici (« Fade » ; « Mourning After »). Blackwater Holylight trouve le long de ces quarante-six minutes un équilibre qui permet de passer outre un style déjà exploré par d’autres avec plus de largesses. Un retard au démarrage qui n’est pas si grave, tant s’étant cassé les dents à jouer le jeu des caresses hypnotiques alors que le quatuor parvient à en tirer la majeure partie du temps des nuances enivrantes. Puis, il n'est jamais trop tard pour apprendre de ses erreurs et trouver sa voie, comme n'ont cessé de nous le dire les séries adolescentes d'une certaine époque, justement. Quelque part entre Messa et Dawson.
| | Ikea 23 Mai 2026 - 222 lectures |
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