Morgal - The Seventh Circle
Chronique
Morgal The Seventh Circle
Après avoir totalement disparu de la circulation durant un bon bout de temps c’est peu de dire que l’annonce du retour de MORGAL a emballé les foules encore toutes retournées par l’impact du surpuissant
« Nightmare Lord » sorti il y a désormais cinq ans, et qui montrait une fois encore que la scène Black de Finlande demeurait toujours aussi intouchable tout en étant d’une créativité sans bornes dans un perpétuel renouvellement. On était donc impatient de voir si le désormais quatuor (renforcé par un second guitariste comme d’un nouveau chanteur) allait confirmer l’essai après ce premier jet dantesque, tant on sait que c’est difficile de réussir à réitérer un tel coup de maître inattendu. Pourtant quelque chose nous faisait dire qu’il y avait de bonnes raisons d’être optimiste… sans pouvoir forcément l’expliquer même si on sait que le climat, la nature et la psychologie du pays des mille lacs a toujours été synonyme de qualité que ce soit dans la noirceur des longues nuits hivernales que la blancheur immaculée de la neige recouvrant les forêts interminables. Et dans ce cas précis c’est bien la fureur démoniaque qui retentit comme pour la précédente livraison vu que ça va encore une fois tabasser fort et sans compromis pour rendre hommage aux démons, à la guerre et à la sorcellerie en général où tout est expédié à fond la caisse sans laisser de survivants en chemin, et aidé en cela par une production crue qui sonne quasiment live (renforçant ainsi le sentiment de malaise totalement adapté).
Nous renvoyant donc encore et toujours vers une vision la plus crue et sadique proposée dans les années 90 la formation de Mikkeli nous met immédiatement dans le ton avec sa courte introduction, où l’on entend une voix diabolique et des cris de femme horrifiée présageant des supplices qu’elle va subir… et c’est effectivement cela qui se produit sur toute la durée du redoutable « Stormchaser » qui déboule illico. Proposant instantanément une grande revue des troupes du côté de la rythmique le combo démarre tranquillement avec des arpèges froids où la réverb’ est reine, essayant ainsi de prendre l’auditeur à revers avant une montée en pression constante où la lenteur va ensuite laisser une large place à des blasts déchaînés puis des parties remuantes où les cassures sont nombreuses. A la fois cradingue, frontale et sans concessions cette ouverture délicieusement à l’ancienne se voit en plus portée par la voix criarde de son nouveau frontman qui réalise une prestation impeccable (et dont le timbre n’est pas sans rappeler celui de Legion de MARDUK), et l’on retrouvera une bonne partie de tout cela sur « Tales Of Woland » qui enchaîne dans la foulée en misant presque constamment sur le versant radical et débridé, vu que ça tabasse sévère tout en ajoutant un long solo décharné afin d’ajouter de la profondeur comme un versant bien en dessous de zéro à un titre lui aussi implacable.
Car si évidemment tout cela est bas de plafond il faut bien reconnaître que les gars ajoutent à cette virulence constante un soupçon de mélodie bienvenue (via l’apport de leads réguliers qui n’hésitent pas à s’étirer donnant ainsi des accents très ENTHRONED), ce qui apparaît d’ailleurs plus fortement sur l’excellent « Goddess Of Death » où la primitivité est poussée à son maximum en proposant un matraquage intensif, seulement interrompu par un gros ralentissement central où les légers accents nostalgiques permettent d’aérer l’ensemble comme de lui injecter une glaciation supplémentaire délicieuse qui ne va cesser de grimper en intensité. En effet avec « Blessed In Hell » ça va marteler sec encore une fois tout en voyant l’ensemble bénéficier d’un côté remuant très affirmé où l’on se surprend presque à taper du pied, le classicisme poussé très loin ici se révèle là encore redoutable… et cela va encore être le cas sur le monstrueux « Harbringer’s Ritual » totalement possédé et jouissif. Nous faisant immédiatement descendre plus bas encore dans les températures négatives de par ses riffs coupants et gelés en guise d’introduction, l’entité va ensuite gagner en virulence doucement en laissant le temps aux différentes ambiances de se former, faisant ainsi fondre les éléments pour mieux retrouver les flammes de l’enfer auxquelles vont se mêler des plans en médium épiques à souhait, et immédiatement addictifs. Baissant clairement en nombre de degrés celsius comme fahrenheit le groupe nous livre une vision hypnotique hallucinante et hallucinée, riche de violence comme d’atmosphères où l’on ne voit pas le temps passer… à l’instar de la conclusion d’une folie indécente intitulée « The Damned From The Seventh Circle ». Longue dans sa durée mais jamais linéaire elle n’offre ici que peu de changements rythmiques pour se mettre en mode tourbillon qui ne cesse de mitrailler en continu, ne laissant donc aucune respiration tant l’opacité y est massive et finalement idéale pour clôturer ce long-format attendu et qui ne déçoit nullement.
Car il est évident que cette longue attente en valait largement la peine et que les mecs trouvent le moyen d’offrir un opus aussi impressionnant que leur précédent chapitre, qui avec son écriture simple n’est jamais ennuyeux ou redondant de par sa vraie homogénéité globale et ses subtils changements rythmiques disséminés ici et là. Légèrement bordélique pour coller encore mieux à l’ambiance mais aussi d’un professionnalisme sans bornes ce septième cercle maléfique est une pure pépite qui confirme tout le bien que l’on pensait de ses géniteurs, qui ne sont donc clairement pas un feu de paille et se placent désormais de façon sérieuse dans le haut du panier de leur nation, qui pourtant regorge de grands noms qualitatifs et qui feraient bien de s’inquiéter tant ils sont désormais talonnés par ce rejeton énervé et qui en a sans doute encore sous la semelle, vu que son potentiel semble loin d’avoir été entièrement exploité. Indispensable donc pour tous les fans de bon goût aimant les univers noirs sataniques, occultes, malsains et expédiés sans chichis cette œuvre sera sans doute dans les bilans de fin d’année… la confirmation donc qu’il serait dommage de passer à côté tant on en redemandera régulièrement des frissons pareils pondus d’une telle façon si stupéfiante.
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