N’ayant jamais vraiment trouvé les mots justes afin d’exprimer tout le bien que je pense de
MANES, de ma fascination pour des compositions telles que « Diving with Your hands Bound » (
Vilosophe) ou « Endetidstegn » (
Slow Motion Death Sequence) que je peux littéralement écouter en boucle, je saisis l’occasion de la sortie du premier album de
HOLISSSTIK pour tout de même venir clamer mon admiration envers l’homme derrière ces deux projets, le Norvégien
Tor-Helge Skei (je sais, il n’a pas fait que ça).
Si cet intitulé,
Chapter 1: This Endless Solitude, semble annoncer des choses plus ambitieuses qu’un simple et éphémère projet solo, il pourrait cependant représenter une excroissance davantage expérimentale du groupe principal du compositeur, déjà peu avare en innovations et autres prises de risques. En effet, ces huit titres vont plus loin, finissant probablement de larguer en route les derniers fans de
metal qui suivaient la carrière du monsieur. En effet, ici, les guitares se font rares, discrètes, entretenant à l’occasion un lointain rapport avec le
rock (« My Salvation » ; « Obsession Six » ; « Reoccurring Dreams »), mais un rapport froid, distant, où l’électronique prend systématiquement le dessus. Oui, les pistes explorent les tréfonds d’une inspiration
trip hop mêlées de sonorités
noise indus feutrées, rassurantes et, plus étonnamment, de
rap à l’image du final « The Rhythm of Silence » chanté en français.
Dans cet album,
Tor-Helge est partout : il écrit les chansons, joue à peu près tous les instruments, enregistre, produit, mixe. Une mainmise pourtant non hégémonique car l’homme a appelé en renfort nombre d’artistes venus parfaire le projet. Au jeu du
Who’s Who, j’apprécie particulièrement les interventions vocales de
Martyna Halas, de
Marita Hellem (
MARTYRA) et d’
Anna Murphy (ex-
ELUVEITIE,
NUCLEUS TORN,
LETHE évidemment) qui donnent une coloration proche du
THE GATHERING de
How to Measure a Planet?, la présence étonnante à la guitare et au chant de
Christophe Denhez (
ECR.LINF), bien sûr les comparses de
MANES, j’en oublie… Principalement des musiciens qui partagent une vision commune, évoluent dans des sphères musicales proches, se fondant toutes et tous parfaitement dans le concept qui acquiert de ce fait l’homogénéité d’un véritable groupe. Plus que des
guests, il y a l’expression de sensibilités mises au service d’un LP finalement touchant, parfois beau, souvent émouvant, riche d’arrangements subtils, à l’image de cette pochette superbe.
Pourtant, là où un
How the World Came to an End puis surtout
Slow Motion Apocalypse parviennent à atteindre l’équilibre parfait entre mélancolie, mélodie,
electro rock et, surtout, énergie, je trouve trop souvent
Chapter 1: This Endless Solitude mou, confit dans le moelleux d’une couette triple épaisseur. À force de langueurs, de raffinements, de voiles satinés frôlant un épiderme de rose, la somnolence pourrait guetter l’auditeur peu habitué à offrir du repos à ses oreilles. C’est bien là le seul reproche que j’adresserai à l’encontre du LP, qui démarre fort avec un « The Rhythm of Silence » qui dit tout, qui en dit même peut-être trop de suite, dévoilant la totalité de ses trésors et ne conservant pas de surprises pour une suite qui peinera à réitérer une telle excellence, si ce n’est « My Salvation » ou l’incroyable « Obsession Six » qui expose de nouvelles facettes à chaque passage. Peu importe, j’adhère sans réserve à cette nouvelle voie qui s’ouvre, déjà gourmand de la suite.
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