Parmi les nombreux artificiers Death / Grind qui opèrent en Hexagone, Profanation tient depuis 2023 et la sortie de sa première démonstration intitulée
Skull Crushing Violence une place de choix. Il faut dire que le groupe n’a jamais retenu ses coups, faisant pleuvoir sur nous autres auditeurs un déferlement de violence particulièrement décomplexée. Mais aussi convaincant soit-il (qui parmi ces artisans du chaos peut se targuer d’avoir un de ses t-shirts portés par Todd Jones de Nails ?), il lui fallait encore franchir l’étape du premier album. C’est aujourd’hui chose faite avec la sortie sur Iron Bonehead Productions d’
Ultra-Noise Warfare. Un disque torché en seulement vingt-six minutes qui ne s’embarrasse évidemment d’aucune politesse.
Rejoint depuis l’année dernière par le guitariste belge Stef Aertsen (Bones) en lieu et place d’un Kev Desecrator motivé mais passablement occupé (Deströyer 666, Sépulcre, Invoketh, Venefixion...), le groupe s’est rendu à Porto en mars dernier afin d’y enregistrer les neuf nouveaux morceaux qui composent aujourd’hui ce premier album. Un enregistrement réalisé sous la directive de Jaime Gómez Arellano, producteur anglais qui ne manque pas d’expérience puisque celui-ci a déjà collaboré par le passé avec des groupes tels qu’Abhorrence, Altar Of Plagues, Cathedral, Cruciamentum, Ghost, Grave Miasma, Teitanblood et une palanquée d’autres... Enfin, il me reste à évoquer cette illustration chargée qui pour un peu aurait pu égaler le degré d’illisibilité de ce chouette logo. Une réalisation sommaire mais extrêmement claire sur les intentions belliqueuses de Profanation.
Alors évidemment, s’il ne faut pas compter sur nos Français pour changer quoi que ce soit à leur formule toujours aussi explosive, on va néanmoins constater quelques petites différences entre
Skull Crushing Violence et ce premier album. La plus flagrante est évidemment cette production définitivement plus imposante. Un son beaucoup plus massif, épais et profond qui va sans surprise renforcer l’impact de chacune de ces neuf nouvelles compositions sans pour autant porter atteinte au naturel et à l’extrême urgence de l’ensemble. Une production particulièrement virile qui, sans chercher à dénigrer le travail réalisé par Maxime Smadja sur le premier EP de Profanation dont j’apprécie d’ailleurs presque tout autant le côté beaucoup plus brut et dépouillé, va tout de même amener ici les Français dans une dimension bien supérieure. L’autre différence, peut-être moins évidente à appréhender, concerne l’écriture. Si comme dit plus haut, rien n’a vraiment changé sur ce premier album, je trouve tout de même celle-ci à la fois plus fine et plus aboutie (toute proportion gardée étant donné le genre pratiqué par nos quatre babouins). À l’exception d’"Anti" qui du haut de ses cinq minutes vient clôturer l’album sur une touche plus contrastée, les compositions sont globalement plus ramassées puisque ces dernières ne dépassent jamais les trois minutes. Une écriture plus resserrée qui va clairement renforcer l’impact de chaque titre là où sur
Skull Crushing Violence cette tendance à "allonger" le propos (trois titres au-delà des quatre minutes) avait plutôt pour effet d’accentuer les contrastes et offrir au passage un petit peu plus d’air à l’ensemble.
Car croyez-moi, ce premier album est ce que l’on peut appeler une sacrée démonstration de force. Portées par cette production définitivement plus musculeuse (du genre avec les veines bien gonflées et apparentes), ces neuf nouvelles compositions s’imposent avec fracas et sans aucune retenue ou presque. Un déferlement de violence quasi-continue marquée par une formule simple mais sacrément efficace lorsqu’elle est aussi bien réalisée. Car personne n’ira crier au génie à l’écoute de ces riffs primitifs composés de seulement quelques accords et pourtant tout le monde s’accordera à dire que ces derniers sont absolument ultimes. Une puissance de feu redoutable à laquelle il est impossible de résister. De l’excellent "Servile Rot" qui dès les premières secondes va tout de suite mettre les pieds dans le plat à "Army Of Dogs" en passant par "Nosebleed Razor", "Realm Of The Absolute", "Ultra-Noise Warfare" ou "World Of Pain", le message est clair : "ne laisser aucun répit à l’auditeur". Une succession de bourre-pifs, de coups de boutoir et de coups de trique sur nos pauvres gueules cassées et ensanglantées. Et le pire dans tout ça c’est qu’évidemment on en redemande...
Mais Profanation n’est pas qu’une brute épaisse devenue véritable montagne de muscles. Nombreuses sont également les séquences et autres passages lors desquels le groupe va lever le pied. Des changements de braquets particulièrement appréciables qui sont souvent l’occasion d’apporter un soupçon de groove dont on ne manquera pas de se régaler comme c’est le cas notamment sur le bien nommé "Total Stomp" mais aussi sur "Army Of Dogs" à 1:57, "Ultra-Noise Warfare" à 1:41 et surtout 2:17 ou bien encore "World Of Pain" à 0:47. Ces ralentissements sont également l’occasion d’offrir un peu de répit à l’auditeur à l’image de ces quelques passages plus lourds et aérés entendus sur "Nosebleed Razor", "Realm Of The Absolute", "Vermin" (qui fait ici office de court interlude malgré tout très tendu en dépit de son rythme bien moins soutenu) et finalement "Anti" et ses nombreux segments plus pondérés.
Alors oui, la formule est limitée et l’originalité probablement proche de 0 mais très franchement je n’en ai absolument rien à branler. La dérouillée infligée par Profanation sur ce premier album est telle que ce genre de petits détails n’a justement aucune importance. Non, ce qu’il faut surtout retenir de ces vingt-six minutes c’est que les riffs défoncent, que les accélérations défoncent, que les ralentissement défoncent, que les instants chaloupés défoncent, que les quelques solos chaotiques défoncent, que la voix défonce... Bref, un premier album extrêmement intense et physique qui fera plaisir tout autant aux vieux briscards adeptes de Repulsion et autres Terrorizer qu’à tous les bas du front qui prennent un malin plaisir à se taper la tête contre les murs à coups de Revenge, Antichrist Siege Machine, Gravesend, Caveman Cult, Caustic Wound et autres défouloirs de ce genre.
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