La France et le Death Metal c’est aujourd’hui une affaire qui roule. Certes, cela n’a pas toujours été le cas mais ces deux dernières décennies ont tout de même vu le genre reprendre de belles couleurs ici dans l’Hexagone. Si Sépulcre n’est probablement pas la plus connue des formations françaises en activité, elle est néanmoins au nombre de ces artisans ayant permis de remettre la France au coeur des débats et cela même si jusqu’à aujourd’hui sa contribution était restée plutôt modeste avec pour seules sorties à son actif une démonstration (
Ascent Through Morbid Transcendence) et un EP (
Cursed Ways Of Sheol). Néanmoins, les choses devraient quelque peu changer puisque le groupe breton sort aujourd’hui son tout premier album. Un disque intitulé
Cryptic Temple Of Otherworldly Abhorrations paru une fois encore sur le label irlandais Invictus Productions.
Un retour évidemment très attendu marqué néanmoins par quelques changements d’effectifs puisque Romain Gibet (basse) a quitté le groupe en 2023 et que celui-ci a été remplacé dans la foulée par un ancien collègue, monsieur Léo Brard (Repugnizer, Scumslaught, ex-Cadaveric Fumes) qui signe donc ici sa première contribution discographique avec Sépulcre. Pour le reste, pas de grands changements à signaler dans la liste des collaborateurs mandatés par la formation puisque l’enregistrement des instruments est une fois encore signé Raphaël Henry et que cette illustration colorée est évidemment l’oeuvre du batteur Jon Whiplash. Seule petite nouveauté, l’enregistrement du chant, le mixage et le mastering réalisés cette fois-ci par Jeremy Bézier aka Phorgath du groupe Emptiness pour un résultat finalement assez proche de ce que l’on pouvait entendre sur
Cursed Ways Of Sheol, c’est-à-dire un son moins brut mais aussi et surtout plus épais et équilibré.
Alors qu’en est-il exactement de Sépulcre quatre ans après la sortie de leur dernier EP en date ? Eh bien, sans trop de surprise, il semblerait que le groupe ait choisi de poursuivre cette quête d’identité entamée sur
Cursed Ways Of Sheol. Pour rappel, la formation nous avait gratifiés à l’époque, parmi ces quatre nouveaux morceaux, d’une composition de près de dix minutes explorant notamment des horizons aux sonorités Doom plus affirmées que jamais. Une vision plus ambitieuse qui, sans faire marcher Sépulcre en dehors des sentiers battus, traduisait en effet un désir d’émancipation de la part de nos Bretons.
Sur
Cryptic Temple Of Otherworldly Abhorrations, cela se manifeste en premier lieu par des compositions nettement plus étirées. En effet, hormis "Abyssum Drakon" et "...Of Otherworldly Abhorrations" qui tous les deux tournent aux alentours des quatre minutes, les cinq autres morceaux s’étirent fièrement sur plus de six minutes. Un changement peut-être subtil en apparence mais qui cependant n’est jamais vide de sens puisqu’il qui suggère en règle générale que le groupe a souhaité prendre davantage de temps pour mieux construire, développer et souvent nuancer son propos. C’est le cas ici pour Sépulcre qui effectivement va faire se succéder plus souvent et plus régulièrement qu’avant séquences explosives ne jouant clairement pas la retenue ("Ominous Path (To The Nightside)" à 1:15, 2:26, "Abyssum Drakon" à 0:17, "Cryptic Temple..." à compter de 5:35 pour une conclusion en apothéose, "Kattabasis" à 1:13...) et à l’inverse passages beaucoup plus atmosphériques et sournois propices au développement d’ambiances particulièrement sinistres et mortifères ("Ominous Path (To The Nightside)" à 1:59 et toute sa dernière partie à compter de 2:59, "Abyssum Drakon" de 1:22 jusqu’aux alentours de 3:15, l’essentiel de "Cryptic Temple...", les premières mesures de "Katabasis"...). C’est très clairement sur ce dernier point que le groupe a mis l’accent avec des compositions désormais beaucoup plus contrastées qui prennent le temps de bâtir de véritables ambiances (ce qui était tout de même déjà le cas auparavant) et surtout de monter petit à petit en pression avant l’arrivée, bien souvent, d’un contrepied dynamique aussi jouissif qu’expiatoire (le cas le plus parlant étant ici l’excellent "Cryptic Temple..." qui pendant plus de cinq minutes va effectivement jouer avec nos nerfs avant d’exploser sur ses derniers instants dans une orgie de blasts, de riffs nerveux et putrides tricotés évidemment à toute berzingue et de hurlements terribles). Toujours dans cette quête de nuances, de contrastes et d’atmosphères plus aériennes, Sépulcre se fend avec "...Of Otherwordly Abhorrations" d’un titre purement instrumental qui cultive à la perfection ces ambiances de messes noires et autres célébrations occultes qui habillent déjà tout l’album à travers de petits arrangements particulièrement bien troussés (ces cordes tendues, ces carillons à vent (ou ce qui y ressemble) et ces percussions sur "Ominous Path (To The Nightside)", ces quelques accords acoustiques sur "Darkness Rules Supreme" ou bien encore ces voix incantatoires et parfois hallucinées entendues à maintes reprises sur "...Of Otherwordly Abhorrations", "Katabasis", "Towards The Unknown" et "Darkness Rules Supreme"). Enfin, sans rentrer dans le détail minuté, il convient également d’évoquer la qualité de ces nombreux leads faisandés et immersifs qui ne sont évidemment pas en reste dans la construction de ces ambiances absolument lugubres dans lesquelles l’auditeur prendra plaisir à se vautrer.
Comme nous avions déjà pu le constater sur
Cursed Ways Of Sheol après une première démo efficace mais bien plus brute et "scolaire", la musique de Sépulcre continue ici de perdre un petit peu en immédiateté et en intensité au profit cependant d’une personnalité beaucoup plus affirmée et d’ambiances nettement plus profondes et travaillées (un petit peu à la manière d’un Grave Miasma qui avait suivi la même trajectoire et qui, musicalement, partage aujourd’hui’hui pas mal de points communs avec Sépulcre). Pour autant, le groupe n’oublie pas de se montrer conquérant et dominateur grâce à des séquences explosives particulièrement musclées qui servent de véritable contrepoints à tous ces passages plus pesants et atmosphériques qui ponctuent ce premier album à plusieurs reprises. Les Bretons se présentent ainsi face à nous avec l’assurance d’un groupe qui sait que son évolution graduelle était nécessaire, autant pour le salut de ses musiciens que pour celui de ses auditeurs qui trouveront avec
Cryptic Temple Of Otherworldly Abhorrations un groupe définitivement plus mature souhaitant, sortie après sortie, ne pas être là où on l’attend exactement. Décidément, la France va mal mais sa scène Death Metal se porte elle comme un charme.
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