Si j’ai jusque-là parlé chronologiquement de la discographie de Revelation – encore qu’il aurait peut-être fallu commencer par le premier album sans titre mort-né pour être totalement juste –, je vais faire une exception en abordant directement
For the Sake of No One.
Plusieurs raisons à cela, la principale étant que j’ai toujours eu un peu de mal avec
Release, album ayant marqué le retour du trio originel en tant que Revelation – pour un rappel des épisodes précédents de ces perdants au parcours chaotique, je vous renvoie à ma chronique de
…Yet So Far. Trop long, fastidieux, il donne en partie raison aux détracteurs de la formation y voyant un groupe de doom surfait et surtout ennuyeux malgré des qualités particulières qui continuent d’être la marque de Revelation. Bref, j’ai davantage envie de me souvenir de
For the Sake of No One comme du véritable disque de la reformation de Revelation –
Inner Harbor n’existe pas, n’importe quel amateur du groupe vous le soutiendra mordicus – d’autant qu’il a été celui avec lequel j’ai découvert cette musique semblable à nulle autre.
Et honnêtement, je ne vois pas meilleure façon de faire connaissance avec ce doom metal placide, tranquille en surface mais bourré d’émotions au fond.
For the Sake of No One contient tout ce qui a constitué le doom metal de la bande du Maryland dans les années 90 tout en ayant sa patte à lui, encore plus alangui, détaché des choses matérielles – qu’il quitte après une dernière révérence à Black Sabbath avec le premier riff de « A Matter of Days » –, en slow-motion au point d’être du slowcore dans ses passages clairs et progressifs (la fin de « Offset »). Surtout, il contient ce qui est pour moi le meilleur morceau de Revelation, celui à écouter en priorité si l’on est curieux de cette appropriation du genre à la fois classique et inédite : « Canyons », aussi hypersensible que l’hériter Warning tout en filant son propre coton, doux, enveloppant et aérien, des soli comme mirages du paradis.
Soit le doom devenant une thérapie brève, ce qu’il se doit de toujours être, au moins un peu. Malheureusement, les défauts bien présents sur
For the Sake of No One se font sentir après, notamment sur « On a Promontory » et ses airs de mauvais rock joué au bar du coin – un style plus nerveux et psychédélique que les compères d’Iron Man maîtrisaient davantage. J’arrête ici la lecture morceau par morceau à peine déguisée car Revelation, s’il se fait moins constant en termes de qualité dans la deuxième moitié de ce disque, n’en reste pas moins maître de son style. Alors, évidemment, on pourra toujours tiquer sur les mêmes éléments, à commencer par cette voix éteinte et fragile. Mais il y a indéniablement une forme de grâce sur ces quarante-cinq minutes, une grâce qui ne se montre pas toujours, ne s’atteint que quelques fois (et notamment sur « Vigil », autre grand moment) et qui élève comme un uppercut quand elle se dévoile.
C’est un paradoxe étrange que celui de jouer ce doom de façon aussi lente – exceptés « On a Promontory » ainsi que les élévations de tempo de « The Whisper Stream » et la toute fin de « Vigil », aucune concession n’est accordée – et pourtant exprimer une certaine violence des sentiments. La voix vieillissante de Brenner renforce cette impression avec ses airs de sorcier blanc émerveillé par la nature environnante. Revelation aura été décidément un groupe comme nul autre, extrêmement touchant pour peu qu’on y soit sensible, aux maladresses évidentes (et pas uniquement de celles qui s’avèrent charmantes) mais effleurant plus d’une fois un paradis dédié au doom dans ses atmosphères. J’ai beau être un athée convaincu, une part de moi espère que Brenner y réside désormais.
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