…Yet So Far ou le concept philosophique du bateau de Thésée version doom metal. Jugez plutôt : deux tiers du line up de
Never Comes Silence est aux abonnés absents, notamment John Brenner, le leader originel de Revelation ! Qu’a-t-il bien pu se passer ?
Une succession de galères, comme cela aura été le fil rouge de cette première période de la formation. Brenner était au bord de la dépression au moment de la sortie de
Never Comes Silence ; il y plonge complètement peu de temps après, laissant le nouvel arrivant Denis Cornelius (futur Memory Driven) gérer la guitare et le chant avec sa bénédiction (aucune rancune de sa part, au point de se charger de l’illustration de cet album et signer les textes de « Little Faith »). Jim Hunter, plus connu pour sa place au sein de While Heaven Wept, remplace alors Jim Hart, parti peu de temps après Brenner. Des origines, il ne reste donc plus que Steve Brannagan à la batterie. Le bateau évoqué plus haut paraît de loin prendre l’eau…
Sauf que
…Yet So Far se classe parmi les meilleurs albums de Revelation. En premier lieu parce qu’il est un pur album de Revelation, effectuant la jonction entre les influences diverses de
Salvation’s Answer et les penchants plus progressifs et émotionnels de
Never Comes Silence. Ni redite – loin de là –, ni coupure nette, il poursuit cette exploration particulière entre Black Sabbath et Rush, l’aura de Trouble lointaine mais se faisant de nouveau sentir lors de certains plans plus acérés (la deuxième partie de « Little Faith » par exemple). Preuve de la réussite de ce line up à l’époque, il sera celui qui effectuera une tournée européenne avec Saint Vitus – soit le rêve de toute formation doom – puis avec Solitude Aeternus.
Il fera bien des années plus tard un retour en Europe en compagnie de Reverend Bizarre et Mirror of Deception, signe qu’il aura été pendant longtemps considéré comme le nouveau Revelation, bien loin des querelles d’aujourd’hui et ces groupes s’affublant de « A.D. » comme pour se dédouaner de reprendre un nom qui ne serait pas le sien – des polémiques stériles comme il peut en avoir dans le metal.
…Yet So Far garde le cap tout du long, renouant avec cette capacité à émouvoir par des compositions en lévitation, celles qui inspireront tant Patrick Walker au sein de Warning. Le duo « Fallen » / « Alone » est à ce titre clairement le cœur émotionnel du disque – la fin de « Morning Sun » comme ouverture – où la bande peut se faire écrasante et surtout écrasée, prête à rendre les armes.
Des armes que l’on imagine bien Denis Cornelius tenir, sa voix ayant ce timbre pur et chevaleresque me rappelant celle de Morris Ingram (chanteur de Solstice sur l’album
New Dark Age). Si le timbre de Brenner m’a demandé un certain temps pour m’habituer, celui-ci a été un coup de cœur fulgurant, versatile derrière ses allures épiques (le morceau-titre flirtant avec le grunge sur certaines lignes vocales par exemple). Certes, le classicisme qui a toujours grevé Revelation dans ses pires moments se retrouve également, notamment dans un premier tiers moins marquant. Mais, majoritairement, cette différence de ton permet d’éviter une comparaison avec l’excellent
Never Come Silence tant ce nouveau trio s’avère particulièrement inventif voire technique pour un groupe de doom metal, cf. « Natural Steps » et ses changements de rythmes nombreux accompagnant des riffs à tiroirs, un solo, des cassures et des accélérations de tempos intervenant au sein d'un titre qui ne quitte jamais un ton fatidique typique du doom.
…Yet So Far sonne comme une relecture de Revelation par d'autres que lui, chose finalement pas si étonnante au regard de l'histoire ayant amenée à la création de cet album. Une exégèse qui explose sur le morceau-titre final et son début particulièrement étrange avant de revenir en terrain connu, une lourdeur plutôt en sourdine auparavant prenant le premier plan pour laisser place à des lignes vocales aériennes et émotionnelles à la fois pleinement dans le style de Revelation et inédites. Soit une autre manière de jouer ce doom progressif, comme une entrée du multivers au sein de cette réalité ci. Malheureusement, ce line up ne donnera pas de suite à cet album excepté une démo et une participation à un split réunies plus tard sur la compilation
Frozen Masque par le label The Miskatonic Foundation de Richard Walker (guitariste de Solstice). Cette version de Revelation connaîtra également son lot de déboires – un nom décidément damné – pour finalement laisser Brenner et Bert Hall reprendre le flambeau avec Steve Brannagan après les retrouvailles au sein de la formation jumelle Against Nature. Un renouveau qui sera abordé une prochaine fois, tant il apporte également ses moments de bonheur.
Par xworthlessx
Par Sosthène
Par coreandcoupdate
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par AxGxB
Par Sosthène
Par Sosthène
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher