La formule « le groupe préféré de ton groupe préféré » est une bien triste manière de parler d’un projet, tant elle sous-tend qu’il n’a pas eu un grand succès, devenant un secret bien gardé. Certes, on peut y voir une marque du temps long qui n’oublie pas et finit par mettre en lumière les créations d’alors ; il n’empêche que cela a de quoi rendre aigri quand on voit ses héritiers avoir plus de succès que soi-même.
Vous le devinez, cette maxime s’attache à Revelation. J’ai déjà pu parler dans ma chronique de
Salvation’s Answer de son influence qu’on peut trouver dans la musique de formations plus réputées – toutes proportions gardées, on parle après tout de doom metal et de son public relativement restreint par rapport à d’autres genres. Mais je n’ai pas encore abordé son album le plus marquant, celui qu’un certain Warning ira jusqu’à faire la base de sa musique, à savoir
Never Comes Silence.
Un album né dans la galère comme toute œuvre de Revelation. Le désordre n’est pas au niveau de
…Yet So Far mais cela sent le roussi du côté du line-up, Bert Hall étant remplacé à la basse par Josh Hart et John Brenner entamant sa marche du désert, sa dépression et les envies d’isolement y étant liées se trouvant dans les paroles – celles de « Frustrations » et « Wounds Which Never Heal » sont particulièrement éloquentes – de même que certains riffs, nettement plus affligés qu’autrefois (« Spectre » par exemple). C’est bien là que la différence avec son prédécesseur est la plus marquée, en dépit d’ingrédients similaires sur le papier. Les premières notes de « Against Nature » pourraient même faire croire que rien n’a changé, tant elles jouent la carte de l’écrasement comme chez le grand frère sorti sur Rise Above – tandis que
Never Comes Silence paraît sur le label allemand Hellhound, chasseur de tête du doom metal du Maryland ajoutant Revelation à The Obsessed, Internal Void et Iron Man au sein de son catalogue.
Pourtant, les avancées sont notables, à commencer par une basse plus présente qu’auparavant, marquant la plus grande part laissée aux riffs progressifs par son goût du tressage (« Wounds Which Never Heal ») autant qu’une pesanteur loin de s’en être allée (« The Unbearable Vision » ; « One Last Step »). Mais c’est au sein des structures même – cette capacité à écrire des titres longs et fluides jouant aussi bien de répétitions que de sorties de routes – que ce qui fait la particularité du doom metal de Revelation est le plus visible, faisant de lui un des rares à avoir retenu de Black Sabbath non seulement son exploration de la lourdeur et des sentiments négatifs parcourant l’être humain mais aussi son goût pour un rock progressif narratif. Certes, on pourra souligner que Brenner revendique Rush parmi ses influences pour la part progressive de sa musique mais l’on n’est pas là dans une entité bipolaire se reconnaissant de plusieurs chapelles ;
Never Comes Silence est bien un album de doom metal avant toute chose, dédié au saint riff dont il livre ici sa copie personnelle.
Cette copie, parlons-en un peu plus, tant elle reste l’apogée d’un groupe qui aura par la suite d’autres coups d’éclats – et même des plus incompréhensibles pour certains, cf.
…Yet So Far – mais ne transmettra jamais autant l’impression d’en donner une vision définitive comme ici. Une montée en puissance qui se constate jusqu’à des solos excellents (« Spectre » ; « The Unbearable Vision » ; « Wounds Which Never Heal ») ainsi qu’une voix bien plus maîtrisée. Le chant de Brenner reste l’élément le plus difficile à apprécier chez Revelation – encore qu’avec le temps j’aime désormais son ton de vieux avant l’heure aussi mélancolique que sage – mais ses lignes se font plus directement sentimentales qu’autrefois, habillant merveilleusement l’élégance qu’a ce doom à chaque instant, de même que cette morosité qui ne quitte jamais la bande même lors de ses rares coups de sang (« Unreal »).
Bien sûr, ce doom est toujours relativement difficile d’accès, que ce soit dans son austérité – celle dont Reverend Bizarre fera son beurre – ou ses ambitions, le dernier titre et ses 18 minutes comme révélateurs (…). Revelation est un groupe dont la musique ne fait pas toujours mouche, même après des années à l’écouter. L’état mental dans lequel on est avant de lancer
Never Comes Silence est primordial pour avoir une chance de l’apprécier comme il le mérite. Un besoin de ralentir, une fatigue existentielle, une envie de rêverie telle que celles vécues sous opioïdes… Autant de clés pour parvenir à ouvrir cette porte-ci. Mais une fois entré, difficile d’en sortir tant tout ici est prenant. Comme on dit, « s’il ne devait en rester qu’un »…
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