Qu’est-ce qu’elle écoute la jeunesse
middle class française d’aujourd’hui ? Celle qui passe son baccalauréat ou traîne son fiak sur les bancs d’une fac de socio, surfe en été, skie l’hiver et skate le reste du temps ? Du
nu metal, sérieusement ? Probablement des trucs à l’ancienne, les vieux groupes américains encore en activité et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes… Bah non mon gars, en France il y a désormais
KÜLT 45 dont je ne saurais dire si la
hype apparente est avérée (le tout premier concert aurait eu lieu cette année 2026 lors du
MozHell Open Air) ou légèrement gonflée par la tonne de « réels » qui ont abreuvé les (mes ?) réseaux sociaux ces derniers mois. Une façon comme une autre de faire monter la mayonnaise…
Mauvaises influences ? Un premier album qui se positionne en digne héritier de la
Team Nowhere, reprenant absolument tous les (choisissez le mot approprié) clichés, poncifs, rouages d’une musique qui nous poussait il y a trente ans à enfiler des futals trop grands puis à se péter la tronche en planche à roulettes. Un moindre mal, je porte encore des t-shirts manches courtes sur des manches longues, c’est dire ma jeunesse d’esprit là où le foie, lui, accuse le poids de l’âge.
Seulement, comment traite-t-on ce genre d’albums de nos jours ? Si je prends ma posture de vieux con (je n’ai certes guère à me forcer pour l’endosser), je vais expliquer que les mecs déroulent absolument tous les codes musicaux et vestimentaires du genre, sans parler de l’attitude associée dont, la liste suivante n’est pas exhaustive : les instruments aux genoux en jouant les pieds joints, la posture voutée, la danse « je m’essuie les pieds sur le paillasson avant d’entrer », les talons-fesses, les deux doigts sur la visière de la casquette, les sauts de cabris, génuflexions, genoux-poitrine… Et la technique des réels, quoi qu’on m’explique, elle demeure assez pénible : quelques secondes d’une chanson, toujours la même (en l’occurrence « Neversoft » ou « Krash »), mais représentée avec des décors différents jusqu’à trouver la publication qui performe le plus, qui génère le plus de clics… C’est lassant, un pur truc d’influenceurs qui ne vaut pas mieux que les stratégies de matraquages publicitaires, répétitions
ad nauseam d’un slogan que tu traînes ensuite pour le reste de ta vie (Juvamine ; Le pansement des héros, etc.). Est-il là l’héritage des années 90 ? Dans le viol non consenti des cerveaux ? Vous me direz que les types ne font jamais qu’utiliser les outils, techniques et algorithmes mis à leur disposition et qu’on ne saurait leur en tenir rigueur sans remettre en cause l’intégralité du
marketing moderne. Le résultat est pourtant là, à ma grande stupeur : je rédige un article. Pour informer ? Pour alerter ? Pour encenser ? Pour enfoncer ? Je n’ai aucun de ces pouvoirs. Le texte rendra, je l’espère, uniquement compte d’une réalité : le forage cérébral incessant pousse à la réaction, peu importe laquelle, peut-être la même qui a incité le Webzine
Coreandco à parler d’
ECCA VANDAL qui, grâce à ces mêmes mécaniques publicitaires agressives, m’a foutu « Cruising to Self Soothe » et « Molly » en tête pour le restant de mes jours. Je reste désespérément accroc à ces deux titres
pop core totalement addictifs. Putain, serais-je la victime consentante d’un système abrutissant ? Fonce écouter
Looking for People to Unfollow petit va-nu-pieds, tu me remercieras après ta lobotomie. Bref…
Le mélange
hip-hop /
metal n’est pas nouveau.
PLEYMO, quoi que tu en penses, a laissé une marque. Il n’était pas si mal l’EP
Keckispasse? hein ? Toi aussi tu l’as kiffée la chanson « Nawak », comme tout le monde, c’est bien légitime nous sommes entre bouffeurs de tendances. Et c’est certainement la référence évidente au moment d’évoquer
Mauvaises influences, avec davantage de
fun néanmoins, celui de la génération
American Pie amatrice de tartes aux pommes tièdes. Le chant rappé ne m’a jamais gêné (qui ici a acheté
Stacked Up de
SENSER en 1994 ? J’en parlerai un de ces jours) mais force est de reconnaître que le tout manque encore un poil de fond. Pas de grands combats, pas de grandes revendications, le
flow enchaine les
punch lines en mode
name-dropping pour rédiger des bons mots (en vrac Cobain, Palmade, Chino Moreno, Aya Nakamura, Fourniret, Yamakasi, Mass Hysteria, la série Malcolm, j’en passe), technique finalement assez typique du rap ou de ce qu’on appelait fut un temps la sous-culture
white trash de consommation courante. C’est sûr
KÜLT 45 ne citera probablement jamais Michel Clouscard ou Christopher Lasch, je peux le déplorer comme m’en fiche, la troupe ne propose de toute façon rien d’autre qu’une forme de je-m’en-foutisme, l’attitude du branleur doté d’une
coolitude de droit divin, sans contestation possible sous peine de passer pour un méchant pisse-froid réactionnaire.
Mais sinon, puisqu’il y a des chansons, elles valent quoi exactement ? Bah là encore l’ambivalence est de mise. Je place sur le côté l’interlude « L’ami Sid », sans doute une
private joke, mais le reste sera à l’image de ce qu’on pense être la nouvelle génération. Incapable de maintenir durablement son attention il lui faut des titres courts, donc on évite de dépasser les trois minutes. Incapable de développer un argumentaire et d’appréhender une pensée complexe, il lui faut des structures simples, basiques, des refrains instagrammables, des plans pas trop compliqués. Il y a tout ça dans
Mauvaises influences, aussi et surtout le
groove féroce d’un
COAL CHAMBER, les gimmicks bizarres de
KORN, l’odeur du patchouli, la sueur millésimée 90’s, l’ensemble mouliné façon
french touch pour un résultat qui, en définitive, fonctionne allégrement. À mon profond étonnement plutôt qu’à mon corps défendant.
Enfin, il fonctionne si tu frôles l’ivresse un dimanche aprem de septembre, ou que perdu dans une salle de fitness tu te fixes comme objectif premier de réaliser le plus de moulinets possibles avec les bras en l’espace de deux minutes. Parce que si le but avoué consiste en une écoute purement analytique, il faut oublier. Le LP se vit telle une séance forcenée de
zapping, le chant a beau être en français tu finis vite par l’oublier tant ce qui est narré, bah « on s’en bat les couilles frère », pour citer approximativement « Mr. Stifler ». Si je veux du rap conscient, j’écoute
Casey par exemple. Il reste que le LP passe aussi vite et bien qu’une Stella fraîche, qu’en cela il ne mérite absolument pas d’être descendu en flammes, en revanche j’ai du mal à imaginer l’évolution prochaine de la formation. Soit c’est une affiche au format abribus vouée à disparaître sitôt une nouvelle tendance initiée, dure loi de la saisonnalité des modes, soit nous assistons à la renaissance d’un style que l’on pensait définitivement mort dans l’Hexagone, naturellement disqualifié à force d’horreurs collectives. Dans tous les cas, voilà une équipe qui a su choisir son camp : quitte à rester dans la confidentialité autant prendre du plaisir, l’entrain communicatif saura remuer les premiers rangs en concert. Un drôle de Pokémon…
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