Diamond Eyes, sixième album de Deftones, constitue à bien des égards un disque de transition. En premier lieu parce que pour la première fois depuis la sortie d’
Adrenaline en 1995, Chi Cheng en est tristement absent... L’histoire, vous la connaissez certainement, c’est celle d’une ceinture de sécurité pas attachée, d’un terrible accident de voiture et d’un coma qui durera plus de quatre ans avant un décès consécutif à un arrêt cardiaque des suites d’une pneumonie contractée à l’hôpital courant 2012... Une fin de vie pour le moins tragique pour ce musicien discret mais néanmoins talentueux qui a largement contribué au son et à l’identité des Californiens.
Face à cette absence que personne n’imaginait définitive, le premier réflexe des membres restants fût évidemment de tout mettre en pause et de remiser ce qui devait normalement constituer le sixième album du groupe. Un disque intitulé
Eros produit par Terry Date et qui à ce jour continue encore de prendre la poussière sur d’obscures étagères. Ce n’est que quelques mois plus tard, avec l’aide de leur ami Sergio Vega, bassiste des excellents Quicksand, que Deftones retrouvera non sans hésitation le chemin des planches puis finalement des studios sous la directive cette fois-ci du producteur Nick Raskulinecz (Goatsnake, Foo Fighters, Velvet Revolver, Alice In Chains, Trivium, Stone Sour...). Une collaboration vraisemblablement fructueuse puisque ses services seront de nouveau sollicités pour
Koi No Yokan et plus récemment
Private Music. Enfin, dernier changement relativement majeur (bien que sans réelle incidence), la sortie de cet album sous les couleurs de Reprise Records et non plus Maverick puisqu’entre le temps le label fondé par Madonna sur lequel le groupe aura sorti tous ses albums les plus emblématiques aura finalement mis la clef sous la porte...
Enregistré à Los Angeles en 2009 en l’espace de deux mois et paru en mai 2010,
Diamond Eyes est illustré par une chouette de type "Effraie des clochers". Si plusieurs explications trainent sur Internet à ce sujet, la plus probante est celle expliquant que Deftones a tout simplement souhaité mettre en avant un animal évoquant à la fois beauté et pureté. Une explication qui coïncide avec le désir de Chino Moreno et du groupe d’exprimer à travers leur musique mais aussi leurs paroles quelque chose de définitivement plus positif qu’à l’accoutumée (en réponse, évidemment, à ces mois quelques peu moroses depuis l’accident de Chi). Posée ainsi sur ce fond noire, cette chouette blanche immaculée apporte naturellement beaucoup de contraste et donne en effet à voir quelque chose de tout simplement très beau et de très épuré.
Alors évidemment,
Diamond Eyes ne constitue pas une cassure franche dans la discographie des Américains. Cependant, il est tout à fait clair à l’écoute de ces quelques titres que l’ambiance générale n’est plus tout à fait la même. On sent en effet rapidement au son de ces quarante-et-une minutes une pointe d’optimiste poindre le bout de son nez, notamment à travers des mélodies globalement plus enveloppantes et lumineuses et des arrangements plus doux et plus oniriques. On sent également qu’une certaine emphase est faite sur les parties les plus aériennes qui, si elles ont toujours été plus ou moins présentes chez le groupe de Sacramento, semblent prendre ici un petit peu plus de place qu’auparavant. Certains titres sont assez évocateurs de ces choix, notamment "Beauty School", "Sextape"," 976-EVIL" et "This Place Is Death". Des choix qui à titre personnel me conviennent moins et font de ce sixième album un disque toujours très sympathique mais tout de même un peu en deçà de ses prédécesseurs ou de certains des albums qui suivront à commencer par son direct successeur que je trouve en effet bien plus à mon goût (l’excellent
Koi No Yokan sur lequel je me pencherai prochainement). Il faut dire que certains de ces titres, très épurés et sans être mauvais, sont tout de même parfois à la limite de l’anecdotique à l’instar de "Beauty School" et "Sextape" sur lesquels, il faut bien le reconnaitre, il ne se passe quand même pas grand chose de très excitant...
Si
Diamond Eyes est un disque très atmosphérique, il sait se faire paradoxalement très lourd. Prenez par exemple les premières secondes de "You’ve Seen The Butcher", rares sont les titres de la formation à s’être montrés aussi écrasant (en tout cas sur ces premiers instants). Pour un peu on se croirait presque revenu sur le premier album de la formation sorti quinze ans plus tôt… Moins flagrants mais plus proches du Deftones abrasif et agressif que la plupart d’entre nous apprécions (période
White Pony essentiellement), des titres comme "Diamond Eyes", "Royal", "CMND/CTRL", "Prince", "Rocket Skates" ou "Risk" permettent néanmoins à ce sixième album de s’insérer dans la discographie des Américains sans faire tâche. Certes, toutes ces compositions n’offrent rien de bien nouveau à se caler sous la dent (si ce n’est peut-être un regain de rythmiques typiques de la scène Nu Metal des années 90) mais pour un groupe qui quelques mois auparavant ne savait pas s’il devait mettre un terme à ses activités ou bien continuer "comme si de rien n’était", on appréciera de constater (et la suite nous l’a prouvé) qu’il était loin d’avoir tout dit. Ajoutez à ce constat malgré tout plutôt positif un Chino Moreno toujours très en voix et dont la versatilité continue ici de faire des miracles et vous voilà avec un album honnête et tout à fait correct qui ne fera probablement pas date parmi les inconditionnels de la formation californienne mais qui encore aujourd’hui se laisse écouter sans déplaisir.
Composé dans un contexte compliqué entre drame, absence prolongée, acceptation, profondes incertitudes et finalement désir de vivre et d’aller mieux, Deftones s’est surtout servit de ce sixième album afin de réaffirmer des liens d’amitié largement mis à mal par des années de tournées, d’excès, de tensions et de pressions diverses et variées. Certes,
Diamond Eyes n’est clairement pas le meilleur album de Deftones tout comme quelques titres sont effectivement bien en deçà en termes d’écriture ou d’efficacité mais dans l’ensemble il reste un album agréable à écouter que l’on prendra plaisir à revisiter de temps à autre histoire de sortir de sa zone de confort qui, mue par une certaine nostalgie, consiste à se pencher uniquement sur les trois ou quatre premiers albums de la formation. Bref, un album pas si mal.
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