"Laisser le temps au temps..."
Voilà le genre de maxime un petit peu passe-partout (rien à voir avec Fort Boyard) qu’il a fallu que j’applique à moi-même pour enfin parvenir à apprécier ce quatrième album de Deftones. Ce retour en grâce ne date pourtant pas d’hier mais il n’empêche que j’ai longtemps été en froid avec ce disque qui à sa sortie ne m’avait effectivement pas beaucoup emballé...
Paru en mai 2003 toujours chez Maverick, cette sous-division de Warner Bros. Records fondée notamment par Madonna afin d’héberger à partir de 1992 toutes ses futures sorties, cet album éponyme est arrivé à une période un petit peu compliquée. Déjà celui-ci avait la tâche ingrate (pour ne pas dire impossible) de succéder à trois albums particulièrement incroyables qui chacun à leur manière ont réussi à marquer au fer rouge la scène Alternative Rock / Metal des années 90 et 2000. Une mission des plus périlleuses qui aujourd’hui m’apparait comme remplie même si vous l’aurez compris, cela n’a pas toujours été le cas. Autre grosse difficulté de taille, parvenir à susciter un semblant d’intérêt auprès d’un public qui depuis plus de huit ans bouffe du Nu Metal à toutes les sauces sur les chaînes musicales et autres radios spécialisées. Aussi pour vous donner une idée plus concrète de l’époque, je rappelle que la même année sortaient
Take A Look In The Mirror de Korn et
Results May Vary de Limp Bizkit, deux albums tout à fait dispensables de la part de deux groupes qui au même titre que Deftones ont longtemps mené cette charge Nu Metal un petit peu partout à travers le monde...
Produit pour la quatrième fois consécutive par l’indéboulonnable Terry Date (Prong, Pantera, White Zombie, Soundgarden, Limp Bizkit, Staind…), l’éponyme de nos cinq Californiens bénéficie une fois de plus d’une production au cordeau ne souffrant évidemment d’aucun défaut particulier. Une production impeccable qui vingt-trois ans plus tard n’a d’ailleurs pas pris une seule ride. Enfin pour ceux qui se poseraient la question, l’illustration qui orne ce quatrième album a été réalisée par le photographe et graphiste Frank Maddocks qui depuis bientôt trente ans est donc devenu l’illustrateur attitré de Deftones puisqu’on lui doit toutes les illustrations des albums du groupe depuis la sortie de
White Pony.
Rétrospectivement, si je me pose la question de savoir pourquoi
Deftones n’a pas trouvé grâce à mes yeux en 2003, la réponse m’apparaît aujourd’hui comme évidente alors qu’à l’époque c’était loin d’être le cas. La raison de mon désamour était ainsi en grande partie liée à l’aspect particulièrement atmosphérique qui caractérise ces quarante-sept minutes. D’ailleurs de manière tout aussi rétrospective, il est facile de voir à quel point ce disque a pu influencer une bonne partie de la scène Alt / Shoegaze moderne puisque de Nothing à Narrow Head en passant par Glare, Trauma Ray, Slow Crush, Fleshwater et j’en passe, tous doivent en effet une petite partie de leur identité aux Californiens et à leur musique. Bien entendu, entre la production de Terry Date, les riffs toujours très lourds et abrasifs de Stephen Carpenter et les hurlements de Chino Moreno, l’album conserve tout de même une certaine hargne ainsi qu’une continuité évidente avec les précédents travaux de la formation de Sacramento mais on sent globalement chez Deftones des envies d’évasions et de nouveautés (des envies d’ailleurs confirmées deux ans plus tard avec la sortie du premier album de Team Sleep). De fait, si pour des raisons de temporalité absolument évidentes le groupe a toujours été associé au mouvement Nu Metal des années 90, les Californiens ont également toujours su se tenir à l’écart des nombreux gimmicks putassiers de l’époque et entretenir ainsi très tôt les traits d’une personnalité affirmée. Un détail majeur qui va leur offrir la possibilité de se démarquer de toute une cohorte en surpoids (le nombre de suiveurs et autres ersatz qu’a engendré le mouvement a de quoi donner le tournis) et donc de tirer leur épingle du jeu. Quinze ans après ses premiers pas il n’y a donc rien de surprenant à voir et entendre Deftones prendre encore un petit peu plus la tangente vers des sonorités cette fois-ci plus aériennes et entêtantes, que ce soit naturellement à grand renfort de guitares et autres lignes de chant vaporeuses ("Minerva" et son chouette clip réalisé en plein désert californien, "Deathblow", "Battle Axe", "Bloody Cape" ou bien encore "Moana") que de claviers, samples et autres subterfuges synthétiques que l’on doit d’ailleurs à un Franck Delgado qui depuis son arrivée chez Deftones quatre ans auparavant n’a jamais été autant mis en avant ("Lucky You" et ses multiples bruits électroniques ou le plus onirique "Anniversary Of An Uninteresting Event").
Mais si cet album éponyme est effectivement marqué par une plus grande diversité ainsi que par des intonations Shoegaze et synthétiques dorénavant plus prononcées, celui-ci reste globalement très en phase avec les précédents albums des Californiens. Présenté par certains comme un parfait mélange entre
Around The Fur et
White Pony,
Deftones concentre en effet des éléments propres à chaque album. Mais bien qu’une telle affirmation puisse naturellement être débattue, le fait est qu’un titre comme "Hexagram" servi en ouverture de ce quatrième album réunit malgré tout sur un tout petit peu plus de quatre minutes tout ce que l’on a pu apprécier précédemment chez les Américains. De ces riffs lourds et abrasifs aux mélodies rapidement entêtantes à cette batterie groovy et dynamique en passant par la prestation versatile d’un Chino Moreno assurément très en voix (ça hurle et ça tient la note très longtemps mais ça chante également très juste sur toutes ces fameuses parties plus mélodiques et/ou aériennes), on retrouve tous les marqueurs forts de l’identité des Californiens. Un constat que ne viendront pas démentir des titres tels que "Needles And Pins", "When Girls Telephone Boys" et dans une moindre mesure "Good Morning Beautiful" et "Bloody Cape" qui tous s’inscrivent en effet dans la continuité de ces deux premiers morceaux et plus globalement dans le Deftones des trois premiers albums.
Comme le Grunge et d’autres styles portés aux nues avant eux, le début des années 2000 aura marqué la fin du Nu Metal et de l’intérêt du public et des médias à l’égard de tous ces groupes propulsés à la hâte comme n’importe quels phénomènes de foire sur le devant de la scène. Quelque peu hermétique à toutes ces modes, Deftones lui, a continué son petit bout de chemin sans se soucier de comment il fallait alors sonner afin de continuer à appâter le chaland. Le groupe originaire de Sacramento a donc simplement continué à affiner sa formule comme bon lui semble, l’agrémentant de sonorités nouvelles sans jamais perdre de vue ce qui l’anime depuis ses plus jeunes années. Album de transition (à mon sens bien plus que
White Pony d’ailleurs) cet éponyme n’est peut-être pas le disque le plus flamboyant (en tout cas certainement pas le plus immédiat) de Deftones (surtout après ces débuts pour le moins emblématiques) mais même si je l’ai longtemps mal jugé, celui-ci s’avère pourtant extrêmement bien ficelé mettant ainsi en avant tout un tas d’ambiances aériennes particulièrement prenantes sans jamais oublier ces séquences plus directes et toujours très efficaces que l’on attend évidemment de la part des Californiens. Bref, mea culpa, tu ne méritais clairement pas que je te laisse ainsi de côté toutes ces années...
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