Parfois jugé trop long (seize titres pour cinquante-cinq minutes), trop ambitieux / prétentieux, encore sous l’influence de
KORN, rangé hâtivement dans la cohorte des plantages à cause d’une introduction au violoncelle ou d’un duo à l’inspiration il est vrai discutable avec
Ozzy Osbourne, duo sur lequel je reviendrai ultérieurement,
Chamber Music est au contraire à mon goût l’album le plus profond de
COAL CHAMBER ainsi que l’un des vrais temps forts de la vague
nu metal, bien plus que
l’éponyme certes immédiatement appropriable tant ses ficelles sont grosses mais vieillissant cruellement mal, à la différence des pistes proposées ici. Un destin finalement assez proche des carrières de certaines actrices : une jeunesse clinquante bâtie sur une beauté tape à l’œil qui attire les photographes comme une merguez hypnotise les guêpes en été mais qui ne survit pas aux premières ridules,
versus Fanny Ardant, Juliette Binoche… Je divague, vague.
Comme l’indique cette pochette colorée magnifiquement kitch, l’ouverture du disque s’avère un véritable pari : d’une part en plaçant « Mist » en tant qu’introduction plutôt que simple interlude, où il aurait peut-être été mieux accueilli, puis en enchaînant avec « Tragedy » dont les effets vocaux ainsi que les arrangements électroniques avaient de quoi déstabiliser les fans, voire s’attirer les quolibets d’un public basiquement bête, bêtement basique. Ce qui n’est pas notre cas n’est-ce pas ? Pourtant, avec une telle entame, les Américains entendaient affirmer haut et fort qu’ils valaient mieux qu’un piètre statut de clone, encombrant et réducteur lorsqu’on aspire à une carrière internationale. Pour le reste, ce premier titre donne à entendre tout ce qui rend la bande si attachante : un
groove « de babouin » pour utiliser l’une des expressions favorites d’
AxGxB, des riffs certes simples mais encore faut-il les trouver, le truc qui te force inexorablement à osciller de la tête.
Avant d’évoquer les autres compositions, je ferai un léger détour pour évoquer la performance globale de
Dez Fafara car s’il multiplie ici les déformations (vocoder, distorsions diverses), elles ne sont ni artificielles ni un masque. Pas artificielles car chacune d’elle a une utilité précise à l’instant où elle est utilisée, soit pour renforcer une attaque, soit afin d’amplifier une ambiance, pas un masque car le
growl bien gras du
frontman s’avère toujours aussi impressionnant (ça, on le savait déjà) alors qu’il se montre en revanche assez épatant dans une posture de
crooner au cours de « Burgundy » ou d’un « My Mercy » simplement superbe. Dit autrement, si certains en doutaient, le chanteur prouve qu’il sait chanter, cela a son importance.
Pour en revenir à la simplicité des riffs, il y en a foison et, paradoxalement, ce sont peut-être eux qui ont tiré la formation vers le bas car ne les mettant jamais véritablement à l’abris d’une comparaison avec
KORN alors qu’à bien y regarder, « Untrue », « El Cu Cuy », « Tyler’s Song », « What’s in Your Mid », « Entwined », etc. n’entretiennent plus qu’une très lointaine parenté avec l’enfant prodige de Bakersfield. Le son est moins âpre, moins râpeux, on ne ressent aucun héritage
hardcore, le parallèle semble désormais se faire davantage par paresse intellectuelle que par un réel mimétisme avéré, même si l’équipe tend à brouiller les pistes en usant de ces notes de guitares aigrelettes (« Untrue » ; « Not Living ») et, évidemment, du
slapping. Pour moi,
Chamber Music présente toutes les caractéristiques d’une émancipation, d’une tentative hélas avortée de s’extraire du mouvement purement
nu afin de composer quelque chose de visionnaire. Bon, la réalité c’est que trois ans plus tard
Dark Days sortira et que l’on pourra considérer qu’il s’agit d’une régression stylistique au regard de ce qui fut aperçu ici, tant pis…
Globalement, je me sens à l’aise pour affirmer que cette première partie du LP, jusqu’à « Shock the Monkey », c’est du
COAL CHAMBER pur jus, en meilleur. Les bonnes idées d’antan sont davantage creusées, les musiciens cherchent à apporter de la profondeur, du sérieux à des titres qui, par le passé, laissaient à penser qu’ils n’étaient que des trublions, des élèves dissipés talentueux mais sans l’épaisseur artistique nécessaire pour voler de leurs propres ailes. Pour moi, à ce stade de ce deuxième effort, le contrat est rempli, j’ai totalement foi en eux. En revanche, pourquoi ce duo avec
Ozzy autour d’une reprise de
Peter Gabriel, hormis la proximité des timbres ? Et s’il y a opportunisme, on se demande bien qui en est le bénéficiaire… Déjà, ils se connaissent d’avant puisque le quatuor avait participé au
Ozzfest en 1996 et qu’en 1998 il ouvrait pour la tournée de reformation de
BLACK SABBATH. Ajoutons à cela la capacité qu’a toujours eu le père
Osbourne de surfer sur les modes, il n’y a donc finalement rien d’étonnant à le voir s’inviter sur le disque. Le choix du titre quant à lui reste hautement improbable, paresseux pour ne pas dire risible, la chanson plombant considérablement la dynamique jusqu’alors instaurée. À ce stade, ce n’est plus une faute de goût, ni même une erreur passagère, c’est un sabordage en bonne et due forme qui, à lui seul, peut faire basculer une opinion quant à la qualité globale de l’album. Moi, ce morceau m’a toujours foutu les glandes, c’est une anomalie que n’importe quel conseiller artistique digne de ce nom aurait dû recommander de foutre rapidement à la poubelle, au pire d’en cracher un
single aussitôt oublié par la poussière de la route.
Il reste qu’après cette composition délétère, le LP bascule dans une autre dimension et, en cela, cette collaboration n’est peut-être pas si vaine. En effet, les Américains proposent alors des titres plus personnels, « Burgundy » d’abord, davantage un interlude d’ailleurs, « My Mercy » surtout dont le refrain se révèle simplement magique avec ce léger clavier en arrière-plan, une piste faite de sensibilité, de mélancolie, parfaitement surprenante mais dotée d’une aura quasiment
pop gothique qui reste encore aujourd’hui à mon goût l’une des plus belles réalisations de la formation. Nous retrouverons d’ailleurs un peu de cette fibre dans la conclusion « Anything but You », antithèse d’un « Feed My Dreams » dont le phrasé m’évoquera
(HED) PE (il faudrait que je cause de l’éponyme de 1997 tiens) tout en réinventant le style de la formation.
En définitive, pour une sortie avoisinant l’heure, il y a très peu de déchets et pour un disque de
nu metal c’est un élément majeur à souligner car ils sont peu nombreux ceux à avoir pu approcher la perfection (à mon avis il y en a trois :
KORN,
DEFTONES et
TOOL). Au pire, je retrancherais « Shock the Monkey », « Shari Vegas » et « Notion » qui sont à mes oreilles ce qui se rapproche le plus de faces B mais, pour le reste,
Chamber Music est, d’une, très au-dessus de son grand-frère, de deux absolument plus comparable avec ce que jouait alors
KORN. En 1999, c’était
Issues, rappelons-le. Si j’inscris
Chamber Music parmi les albums à connaître pour comprendre les années 90 ? Absolument car il est novateur, par petites touches certes mais novateur tout de même, qu’il donne un autre angle de lecture au mouvement
nu et que quitte à apprécier le chant de
Fafara, autant le faire ici que dans
DEVILDRIVER.
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