Alors que
Le rêve & la vie est encore relativement frais dans toutes les mémoires,
SANS ROI n’a pas traîné pour remettre sa couronne en jeu, revenant en ce mois de septembre armé de neuf nouvelles compositions regroupées sous l’énigmatique appellation
Écrits corsaires, bien que l’intitulé fasse certainement référence au
Scritti corsari, un recueil d’articles de
Pier Pablo Pasolini publiés entre 1973 et 1975 dans différents journaux italiens et dont les thèmes étaient principalement sociaux : le divorce, l’avortement, les angoisses du temps, etc. Un choix qui a le mérite de nous changer du sempiternel
Salò, mis à toutes les sauces mais surtout celle du convenu, convenons-en.
Je ne sais pas dans quelle mesure ces écrits ont influencé le travail des Français, au-delà de ce sampler radiophonique en introduction de « The Dance of Reality » (
parce que l’absurdité, c’est certainement aussi essentiel) au cours duquel je n’ai pas pu m’empêcher de ricaner bêtement en pensant à
Juan Romano Chucalescu (bravo à toi si tu as la référence)… Je sais, je suis d’une inculture crasse. Aussi, sans comprendre la totalité de ce qu’implique l’influence du cinéaste sur le
metal du quintette, je suis en terrain davantage familier dès lors que ce dernier revendique ses influences musicales, variées, allant du
black au
death en passant par le
doom, à peu près toutes possédant la particularité d’avoir connu leur apogée au cours des années 90. Si j’y vois davantage une marque de bon goût qu’un passéisme forcené, c’est probablement parce que ma propre culture s’ancre également profondément dans cette décennie. Mais, comme je le disais, la formation n’est pas prisonnière de la nostalgie et même si son
dark metal porte quelques stigmates de ce temps, elle s’inscrit néanmoins pleinement dans son époque. D’ailleurs, ce quatrième album me paraît être issu d’une cuvée supérieure à la précédente…
Pourtant, si ce n’est le batteur (ex-
ABCEST, comme la guitariste
Manon Chatillon), il n’y a guère de changements notables à relever dans l’approche stylistique. C’est juste que la démarche me semble aujourd’hui plus affirmée, les mélodies plus profondes, le chant plus vindicatif, l’ensemble étant dopé par une production chaude, presque chaleureuse grâce à la mise en avant de cette basse ample, ronde, qui adoucit même les blasts qui traversent chacune des compositions. Ainsi, la formation réaffirme l’unicité de son trône, évoluant dans un registre qui n’appartient finalement qu’à elle. Il est rare de pouvoir affirmer de telles choses mais je ne parviens pas à établir de parallèles nets avec d’autres engeances, parce qu’il y a de tout sans pour autant que cela ne ressemble à rien. Du
MISANTHROPE coupé à un
ANOREXIA NERVOSA tardif ? Il y en a au cours d’« Élixir » par exemple. Des vapeurs de
doom anglais ? « The Sound of Perseverance » vient à la rescousse. Des mouvements plus récents façon
JOURS PÂLES ? Peut-être pas, ou alors les débuts… Il reste qu’au fur et à mesure de la progression du disque, l’auditeur se prendra d’affection pour ces pistes légèrement dandy décadent, raffinées mais non obséquieuses, singulières également.
En définitive, il se dégage une forme de pudeur de ces
Écrits corsaires, d’intelligence discrète, et je trouve cela fort revigorant d’écouter un LP qui ne court après rien d’autre qu’une forme d’accomplissement personnel. Le groupe ne sera jamais le plus brutal, le plus rapide ou le plus provocateur, les musiciens sont à l’écoute de leur moi intérieur, leurs ambitions sont simples, concrètes, atteignables, il y a ici la rugosité de l’artisanat, le bon sens terrien mais également de la culture, noble sans la prétention qui lui est souvent associée et qui amène l’auditeur à s’ouvrir à de nouvelles expériences. Une pleine réussite qui gagne à être reconnue.
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