C'est par
Devil Music que j'ai connu Portrayal of Guilt et, franchement, je ne conseille pas de suivre mon exemple.
Car ce qui est créé ici relève de la cascade faite par des professionnels. Les Ricains sont des geeks de la musique, des personnes qui ne cessent d'écouter des formations et musiques diverses et surtout variées, transformant certaines en influences, des clins d'œil pour qui écoute superficiellement le résultat alors que l'on a en vérité une tambouille d'une alchimie rare – et infernale.
Une sorcellerie particulièrement chargée sur
Devil Music. Le black metal abrasif et obscène de
Christfucker s'allie à la créativité folle de l'emoviolence, avant une relecture de l'ensemble par une orchestration de musique de chambre. Autant dire qu’il va falloir s’accrocher pour suivre ce train fantôme-ci ! Faire surgir des noms comme Orchid, Amber Asylum, Leviathan, Converge, Korn et Elend au sujet d'une même œuvre... On comprend que j'étais alors perdu, sans la grille de lecture des albums précédents où les ajouts et mutations se mêlaient plus progressivement au reste. Un exercice de styles au pluriel, unique et difficile à appréhender seul qui, pour le béotien que j'étais alors, s'est vécu comme une arrivée au milieu d'une discussion savante dont je ne connaissais pas le sujet initial. « Frimeurs ! » avais-je envie de répondre à ces nerds, agacé d'être laissé de côté par ces délires cumulatifs, ces acrobaties d'esthètes aussi pervers qu’immatures ne sachant pas s'arrêter, cf. cette pochette issue d'un cherche et trouve pour fan d’Hellraiser (où se cache le démon sexuel du second cercle de l'enfer ? Dans la bouche-caverne en bas à droite, bravo !).
Aujourd'hui piqué par Portrayal of Guilt, j'ai évidemment un avis différent. Je vois en
Devil Music un aboutissement de la révélation
Christfucker, emmenant le black metal aux troubles de l'attention sur la forme mais sadomasochiste sur le fond vers sa conclusion. Un point final qui accentue chaque trait de l'album précédent, de son abrasivité à son goût pour la noirceur. Le groupe ira ailleurs par la suite avec les collages de
…Beginning of the End, sans doute satisfait de son coup définitif. Et je le comprends ! Je suis ébahi par ces titres dans leurs formes violentes, le groupe jouant sur un temps encore plus court que d'habitude sans perdre en intensité et créativité. Il y a plus d'idées dans la quinzaine de minutes allant de « One Last Taste of Heaven » au morceau-titre que dans beaucoup de discographies, les changements de vitesse ayant toujours parcouru l'ensemble des créations des Ricains y étant portés à leur paroxysme tout en ouvrant quelques portes avec ces sonorités nu metal glauques ou ces accroches plus statiques mais pas moins calmes (la fin sous tension de « Burning Hand »). Par contre, malgré des réécoutes plus enthousiastes, j'ai toujours davantage de critiques envers les versions orchestrales de ces mêmes compositions. L'idée est belle ainsi que bien menée – comme toujours avec le trio – mais je regrette une dichotomie qui laisse l'urgence à l'un et l'ambiance maléfique à l'autre sans nécessairement donner à satisfaire pleinement, des esquisses qui font sens dans le dessin global mais pas loin de brouillons prises seules.
On est donc bien sur un EP – terme utilisé à défaut pour qualifier telle expérience hors-cadre – servant d'appendice plus que de chapitre, rendant la conclusion des expérimentations black metal de Portrayal of Guilt frustrante si elle est prise seule. Mais la qualité des morceaux plus « classiques » ainsi que la fascination que peuvent entraîner les versions orchestrales rendent l’œuvre indispensable pour celles et ceux déjà emprisonnés dans les obsessions de la formation. Une obsession qui, on l’aura vu avec les chroniques rapprochées de sa discographie, m’aura pleinement envahi.
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