On peut voir la musique de Portrayal of Guilt comme un symptôme de notre époque. Elle est même intéressante sous cet angle, avec ses rappels qui s’adressent à un public déjà sensibilisé – expérimenté – à une noirceur extrême. Celles et ceux-là baigneront sans soucis dans ces eaux vives, ce mélange entre hardcore et metal qui choisit de ne pas choisir et prend tout ce que ces genres peuvent contenir de plus radical. Des personnes qui capteront ce que cachent ces clins d’œil insistants et constants au point de rendre le style des Ricains épileptique.
Cela est une manière de voir ce que joue Portrayal of Guilt intéressante… mais ni fascinante et encore moins passionnante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais tendance à dédaigner le groupe jusqu’à son dernier album en date,
...Beginning of the End, qui m’a montré que ses connaisseurs pointus de tout ce qui est sombre et expérimental – étonnant que les collègues de Guts of Darkness ne leur aient pas encore construit un trône – sont un peu plus que des petits malins dédiés à celui avec un grand M. D’où réécoute de leur discographie qui, prise avec le recul des années, possède une autre saveur que celle ressentie lors des premières rencontres.
Car si je continue de voir en Portrayal of Guilt un groupe qui plaira à n’en point douter aux esthètes en recherche de violence expéditive et cathartique (« My Immolation » et « A Masochistic Oath » disent tout sur ce point, de leurs titres à leur musique), il est aussi un groupe que l’on voit muter et grandir d’album en album. Presqu’un équivalent de notre Fange national sur ce point (en plus de cet appétit qui sert de fil rouge à l’ensemble), tant se plonger dans leurs œuvres fait voir ce qui était alors des surprises comme des évidences, autrefois en germe et aujourd’hui bien implantées. Sur
We Are Always Alone, la bascule se marque donc un peu plus, préparant le terrain pour un
Christfucker qui verra la bande assumer pleinement son amour du black metal le plus malsain, viscéral et maladif à la fois – appelons ça Leviathan pour plus de clarté. Une interzone qui conserve les acquis de
Let Pain Be Your Guide tout en emmenant au fur et à mesure vers un ailleurs, toujours marqué par le screamo première bourre sur la forme (cf. les guests de Chris Taylor de Pg.99 et Matt Michel de Majority Rule, des icônes du genre) et pourtant presque une antithèse dans ce fond marqué par la mort.
À ceci près que, si le lien se cherche encore, Portrayal of Guilt ne souhaite à aucun moment à se faire digne dans la douleur, y allant à fond avec une poésie qui tient plus de l’emphase d’un Lautréamont que d’une pudeur disant les choses en creux. L’expéditif côtoie le trop-plein, avec cette abrasivité déjà rencontrée sur le grand-frère de 2018 dont on a ici une version surlignant le propos pour les quelques inattentifs au fond de la salle. Cela a d’ailleurs pu me faire voir en lui un décalque peu intéressant par rapport à la suite, des compositions comme « The Second Coming » ou « A Tempting Pain » ayant des airs de déjà-entendus réussis mais moins percutants que ce qui suivra à partir de la césure
Christfucker. Une erreur, tant
We Are Always Alone, s’il est bien une prolongation de
Let Pain Be Your Guide, va un peu plus loin dans le tunnel sans aucune intention d’en sortir, délaissant l’illusion d’offrir un exutoire pour assumer davantage la négativité de son propos (« Anesthetized » ; « It’s Already Over » ; « Garden of Despair »).
De plus en plus libre, le morbide comme source intarissable de vie, le pourrissement comme expérience d’alchimiste, Portrayal of Guilt affine sa mixture toujours plus létale à mesure qu’elle se fait plus metal. Pas la plus longue en bouche – nous ne sommes pas près de les entendre s’étendre, malgré des morceaux osant le développement particulièrement réussis – mais rassasiante pour qui aime sa mort… vivante. Un paradoxe que le groupe explorera avidement à partir d’ici et ce, comme il aime jouer : très rapidement.
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