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Portrayal Of Guilt - Christfucker
Chronique
Portrayal Of Guilt Christfucker
Le point de bascule au sein de la discographie de Portrayal of Guilt, celui qui fera passer le groupe dans un ailleurs, est ici. Cela se note dès son titre – quittant les références à la peine, la douleur ou la solitude pour d’autres plus blasphématoires – ainsi que son illustration, son noir abyssal et sa typographie dégueulasse – intrigante en cela, sorte de street art d’un cercle de l’enfer (probablement le sixième, à croire la liste des morceaux). Un rendu global volontairement juvénile et excessif, comme pour marquer d’emblée une envie d’appartenir au black metal dans ce qu’il peut avoir de plus jouissif et radical.
Une ambiguïté qu’embrasse désormais pleinement Portrayal of Guilt, oubliant ce romantisme screamo qui habillait son hardcore transgenre pour plonger dans l’obscène. Je pense à Leviathan dans ce qu’il a pu avoir de plus Clive Barker à l’écoute de Christfucker et ce, au-delà de quelques riffs paraissant issus de cerveaux malades à force d’écouter l’œuvre de Wrest (le début de « Sadist » par exemple). Une dépiction de l’horreur proférée avec une bouche avide, celle de Matt King éructant avec un extrémisme encore plus marqué qu’auparavant. Les éléments sont pourtant connus pour qui a écouté les œuvres précédant celle-ci ; ils sont agencés d’une manière inédite, comme un négatif de leur style, où des influences industrielles et noise (cf. ce final qui racle ce qui peut rester de substance blanche dans notre cervelle) appuient cette impression d’être dans un envers du décor semblable à la rouille de Silent Hill ou l’album MoRT de Blut Aus Nord.
Une horreur qui se veut porteuse d’anxiété et de peur à en croire les interviews de l’époque mais qui, du moins chez moi, donne un sourire mauvais aux lèvres, exutoire de ses mauvaises pensées particulièrement efficace. Question composition, la bande n’a pas grand-chose à prouver depuis un moment ; son talent pour les mariages, espace liminal entre hardcore, screamo, black metal et industriel prêt à laver les rues, se retrouve pleinement ici, propulsé par un jusqu’auboutisme qui fait moins regretter qu’autrefois la brièveté de l’exercice. Christfucker se laisse le temps d’une introduction pour ouvrir la porte à ses démons puis les laissent errer, mordre et voltiger de bout en bout, ses guitares spectrales (« The Sixth Circle » ou « Dirge », presque post-punk dans leur sonorités) louvoyant sans jamais oublier leur proie (les attaques de « Fall from Grace » ou « The Crucifixion »). Un art de la concision qui n’entame pas la vision de ce monde de douleurs exquises que les Ricains prennent un malin plaisir à décrire dans leurs paroles insanes.
L’élève Portrayal of Guilt grave Christfucker sur son pupitre avec un goût enfantin pour l’interdit ; il en fait de même avec ses riffs, invitant jusqu’aux sensibles de service à venir danser avec le diable (Jeremy Bolm de Touché Amoré en guest sur « Fall from Grace »). La section rythmique n’est pas en reste dans cette satire infernale, la production acérée de Ben Greenberg (Uniform) surlignant notamment le jeu de batterie de James Beveridge, particulièrement inventif dans ce qui reste une fuite en avant malgré certains détours (la lourdeur bruitiste de « Bed of Ash » évoquant The Body). Si l’ensemble patine par endroits (« Master/Slave »), l’atmosphère sulfureuse, lubrique même, est constante, le groupe semblant y trouver un terrain de jeu le rendant insatiable.
Christfucker s’amuse tant à décrire son jardin des supplices qu’il pourrait être un album-concept sur le sadomasochisme. Il ne l’est pas – mais donne également un second souffle à la musique de Portrayal of Guilt qui, pour aussi réussie puisse-t-elle être, aurait pu tourner en rond dans sa violence typique d’une scène qui a vu tant de Hexis, Celeste ou This Gift Is A Curse. En rejoignant les monstres, la formation s’est définitivement séparée du troupeau.
| | Ikea 24 Septembre 2026 - 468 lectures |
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