Pour sa 65ème date, Pavillon Noir Asso (P.N.A) propose un événement très comparable à son 61ème concert, qui accueillait CANDELABRUM en décembre dernier pour le "Transmutations" European Tour 2025. Dans les deux cas, une affiche Black Metal underground, deux groupes mystérieux étrangers (dont une représentation portugaise) qui ne veulent être ni filmés ni photographiés, accompagnés d’une formation française à promouvoir, le tout logé dans la cave voûtée du Klub. On y descend « à nos risques et périls », nous prévient-on à l’entrée…
CONSUMMATIO
Doté d’un tel nom, s’il s’agissait d’un projet de Grindcore, je vous aurais probablement introduit un concept dénonçant la société de consommation. Dans la situation présente, sa signification est sans doute plus à aller chercher du côté du latin « consummatum est » (« tout est accompli »), en référence à la thématique de l’anéantissement, ou plutôt de la transcendance. Car l’auteur nous invite à voyager au sein de la nature pour une réflexion spirituelle sur la vie et la mort, qui amène
in fine une douloureuse dissolution de l’ego à travers le processus de transformation continu que constitue l'existence, qu’elle soit rêve ou réalité.
CONSUMMATIO met cela en musique via un
raw Black Metal qui a déjà donné lieu à deux albums :
Desaevio (2022) et
Circulus (2025). Bien que nous n’ayons pas d’information sur le
line up, c’est certainement un
one-man band qui se fait épauler d’artistes pour se représenter, et on peut dénombrer cinq personnes ce soir sur scène. Elles sont toutes vêtues de noir, cachées derrière un masque et une capuche. Le chanteur porte quant à lui en plus une cape, des pics de 20 cm à ses poignets, et un maquillage fait ressortir ses yeux entourés de noir. Une légère fumée accompagnée d’une odeur d’encens renforce l’ambiance énigmatique et presque impénétrable, faite de distorsion et de musiciens qui se déchaînent sur leurs instruments (à l’exception du bassiste qui a l’air plus tranquille). Ils restent cependant statiques ; pas évident de toute façon pour un quintette de se déplacer dans un endroit si étroit. Seul le
frontman se retourne parfois, fait quelques gestes lents des bras et se baisse pour ramasser une coupelle dans laquelle il boit, ce qui apporte un petit côté cérémonial. Le public accroche, il y a des applaudissements. À conseiller aux amateurs de « pur » Black Metal.
NATREMIA
On est un webzine français comptant 8 486 groupes référencés et on n’a pas encore eu l’occasion de vous parler de ce quartet. Les Bordelais sont pourtant actifs depuis 2008 (certes avec un hiatus de 2014 à 2019) et ils ont sorti démo, EP, split, en plus d’un album (
...Preludium... en 2013). La présentation ne saurait être complète sans ajouter qu’ils sont tous membres d’autres combos, particulièrement de
RüYYn et de
LUNAR TOMBFIELDS. Cela explique peut-être pourquoi
NATREMIA a fini par être éclipsé. Quoi qu’il en soit, les gars sont de retour : ils ont enregistré un nouvel album l’été dernier (toujours à paraître) et ils viennent nous le jouer en intégralité aujourd’hui. Après de la musique néo-classique aux chœurs massifs de Rafael Krux en ouverture (et un changement de guitare au bout de quelques minutes de jeu), on prend conscience de ce qui nous arrive. L’équipe bardée de
corpse paint (également de dessins de barbelés sur les bras du chanteur Mephisto), et de cartouchières autour de la taille, nous agresse sans tarder via un Black Metal direct,
speed et épique. Je dirais même Black’n’Roll en comparaison des deux protagonistes portugais de l’affiche. La batterie se veut martiale et j’adore les roulements de toms. Alors évidemment, entre tout ça, des
leads entraînants et un Mephisto qui nous interpelle, ça finit par bouger dans le
pit (avec une fan qui cherche à déclencher un
pogo). Des passages plus
mid-tempos, des interludes ambiancés ainsi que des solos comme celui de la fin du dernier titre apportent cependant un peu de répit. La bande sait maintenir notre attention durant les 48 minutes qui égrènent ces huit nouvelles compositions que l’on espère rapidement retrouver sur disque. Si vous avez raté cette horde, sachez qu’elle accompagnera à nouveau
CONSUMMATIO et
BLACK CILICE le 13 mai. Ce sera cette fois au Cold Crash de Rezé, en métropole nantaise.
BLACK CILICE
Si vous aimez le
raw Black Metal et que vous êtes en plus un lecteur assidu de Thrasho, vous connaissez assurément ce
one-man band dont Sakrifiss a chroniqué plusieurs albums. Ce que vous n’avez peut-être pas encore remarqué, c’est que le Portugais a sorti hier via Iron Bonehead Productions un nouveau méfait intitulé
Votive Fire. Le timing de sa tournée est donc au poil pour nous en faire découvrir la version
live de plusieurs extraits (nommément « Released by Fire » et « Into the Inner Temple »). L’anonyme est secondé par une petite équipe, ce qui nous donne : un chanteur, un batteur et deux guitaristes (pas de bassiste). Ils portent tous un masque et une capuche, et je ne serais pas surpris que certains aient également assuré le
show de
CONSUMMATIO. L’homme derrière le micro a une capuche tellement ample qu’elle lui recouvre le visage presque entièrement. On voit juste sa bouche ainsi que des traces noires qui coulent de chacune des commissures de ses lèvres pour disparaître dans le bas de son cou. Il n’y a bien sûr pas de photos pour comparer mais j’avais décrit des coulées de maquillage noir identiques en vous parlant du vocaliste de
CANDELABRUM lors du concert de décembre. S’agit-il d’une seule et unique personne ? Difficile à dire mais plusieurs indices me font penser qu’il y a de forts liens entre les différents projets du
Black Circle lusitanien. On retrouve d’ailleurs des caractéristiques communes comme un son volontairement sale (j’ai un moment l’impression d’entendre le souffle grésillant de la bande magnétique d’une cassette ;-)) et un certain immobilisme sur scène. Les spécificités de
BLACK CILICE étant la vitesse (aux six cordes comme à la batterie qui bombarde) et les
leads mélancoliques qui parviennent à ressortir de la saturation ambiante pour porter un chant déchirant. Quelques mots pour souligner l’effort fait côté accessoires qui voit le chanteur manier successivement une chaîne (à en entendre les cliquetis – je suis dans les premiers rangs), une lanterne puis un crâne. Ça donne une touche ritualiste « sans trop en faire » pour reprendre une expression phare de Jean-Clint. Ce Black Metal « traditionnel » plaît aux aficionados du Klub qui brandissent le poing en signe d’approbation. Cela avant que les membres du quartet ne quittent les planches un par un, et que nous ressortions progressivement de l’état de pénitence dans lequel ils nous ont plongés pendant près d’une heure.
Une soirée trve Black, ça fait vraiment du bien aux oreilles et à l’esprit !
Il n’était question ni de marins ni de mineurs de fond, Sosthène aurait aimé ; dommage qu’il n’était pas dispo. Ce qui est appréciable également, c’est le temps donné aux groupes. Les premières parties n’ont parfois qu’une vingtaine de minutes, ce qui est assez pour se rendre compte d’un style mais frustrant quand on accroche. Là, ils ont tous joué entre 40 et 52 minutes, c’est impeccable. Merci à P.N.A pour l’orga, l’événement FESSUS, BELLIGERENCE et EKBOM initialement prévu le 9 juin est annulé, donc leur prochain plateau sera celui du Glazart (Paris) le 20 juin pour accueillir MIDNIGHT ODYSSEY et BELENOS !
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