Échaudé par un
The Dusk In Us qui comme je l’avais anticipé n’a jamais retrouvé le chemin de mes oreilles depuis la publication de cette chronique exprimant pour la première fois à l’égard des Américains un véritable sentiment de déception, je n’avais clairement pas très envie de renouer avec Converge lorsqu’a été annoncée en 2021 la sortie de
Bloodmoon: I. Ajoutez à cet intérêt en berne le fait qu’il s’agisse d’une collaboration avec Chelsea Wolfe à une époque où on ne pouvait pas faire un pas de côté sans entendre parler d’elle, d’Emma Ruth Rundle, de Marissa Nadler oui bien encore d’Anna Von Hausswolff et vous comprendrez pourquoi, même si je n’ai rien à reprocher à ces dames, j’ai préféré ignorer ce projet pendant de très longs mois, conforté par l’écoute d’extraits jugés alors peu engageants...
Mais Converge ayant joué un rôle particulièrement important sur ma petite personne lors de ma découverte du Hardcore, je ne pouvais pas ignorer indéfiniment cette sortie, aussi réfractaire ai-je pu être à son égard. Aussi un an plus tard, je décidai enfin de me lancer dans l’écoute de cette collaboration qui d’ailleurs ne tourne pas qu’autour des membres de Converge et de Chelsea Wolfe puisque l’on y trouve également Ben Chisholm (musicien et producteur multi-tâches ayant notamment collaboré avec Chelsea Wolfe, Wear Your Wounds, Mutoid Man, Steve Von Till et King Dude) et Stephen Brodsky (Cave In, Kid Killowat, Mutoid Man, Old Man Gloom...). Initié en 2015, ce projet collaboratif alors baptisé Blood Moon n’avait pour ambition que d’évoluer sur les planches dans le cadre de prestations évidemment triées sur le volet. Il aura fallu attendre novembre 2021 pour voir les choses se faire de façon moins exclusive avec la sortie sur Epitaph Records (avec tout de même le soutien de Deathwish Inc. pour certaines éditions) d’un premier album bêtement intitulé
Bloodmoon: I.
Converge étant une entreprise bien rodée, c’est évidemment Jacob Bannon qui s’est chargé de tout l’aspect visuel avec l’aide de quelques collaborateurs. Bien que son style soit facilement reconnaissable et que ses travaux récents sentent tout de même un petit peu le réchauffé, je dois bien reconnaître que j’aime beaucoup ce qu’il a fait ici avec cette illustration en superposant à ces serpents en mouvement et à ce visage féminin des couleurs vives et métalliques dans un patchwork qui ne manque pas d’attirer le regard. Converge étant une entreprise bien rodée bis, c’est évidemment sous la houlette du guitariste / chanteur Kurt Ballou au sein du célèbre God City Studio de Salem qu’ont été enregistrées ces onze pièces collaboratives. Enfin, Converge étant une entreprise bien rodée ter, j’ai arrêté de compter le nombre d’éditions et les kilos de merchandising réalisés pour l’occasion.
Ma principale crainte à la découverte de ce premier album, surtout après un
The Dusk In Us vraiment pas folichon, était de devoir faire face à un degré de mièvrerie encore plus élevé. Alors évidemment, on ne va pas reprocher aux Américains quelque chose qui a toujours fait partie de leur ADN (ce côté émotionnel à fleur de peau), mais après un "A Single Tear" vraiment gnangnan, j’avais peur qu’avec l’arrivée de Chelsea Wolfe dans le paysage on finisse par tomber carrément dans le pathos. Or il n’en est rien puisque même si la charge émotionnelle reste particulièrement palpable tout au long de l’album, le groupe évite les pièges qu’il s’était lui-même tendu quatre ans auparavant.
Constitué d’individualités aux personnalités artistiques bien trempées,
Bloodmoon: I s’impose très vite comme un patchwork plutôt représentatif des travaux de ses différents protagonistes (sans pourtant jouer la carte du simple "copier / coller") même si dans l’ensemble la balance penche plutôt du côté de madame Wolfe. La force de ce premier album est en tout cas de parvenir à marier de façon plutôt habile tous ces univers sans donner le sentiment d’une juxtaposition d’idées et de sonorités dont la cohabitation pourrait sembler, au moins sur le papier, compliquée voire impossible. Paru sous le nom de Converge & Chelsea Wolfe,
Bloodmoon: I n’est donc pas la simple réunion sous le même toit de deux entités aux approches bien distinctes mais un travail collaboratif que l’on pourrait ranger dans la catégorie Post-Hardcore / Sludge atmosphérique / Doom Folk Goth si tant est qu’une telle étiquette puisse exister. Ainsi, ne vous attendez pas à retrouver ici la fureur et l’intensité du groupe originaire de Salem puisqu’on trouve finalement assez peu de traces véritables de ce Hardcore dit chaotique. Seules les premières secondes de "Viscera Of Men" ainsi que quelques séquences plus agressives, tendues ou tarabiscotés dispensées sur "Blood Moon", "Tongues Playing Dead", "Lord Of Liars", "Failure Forever" ou "Daimon" permettent ainsi de faire le lien avec Converge (et peut-être un petit peu aussi avec Cave In) de manière directe. De façon plus détournée, on retrouve tout de même ici et là le chant écorché et arraché d’un Jacob Bannon toujours très en voix tout comme la basse ultra saturée d’un Nate Newton conquérant (tout de même épaulé ici et là par Kurt Ballou et Stephen Brodsky) ou le jeu de batterie hyper dynamique d’un Ben Koller malgré tout à l’économie ici.
Assez peu client et par conséquent assez peu connaisseur (à moins que ça soit l’inverse mais je ne me suis jamais vraiment donné la peine de me donner tort) de l’univers de Chelsea Wolfe, je dois pourtant bien reconnaître que je ne boude pas mon plaisir à l’écoute de ces compositions aux ambiances sombres, feutrées et spectrales. Une aura gothico-romantique à la fois élégante et lugubre plane ainsi à chacune de ses interventions et force est de constater que la grande dame n’a pas volée sa réputation. Car si celle-ci occupe une bonne partie de l’espace de ce premier album collaboratif, les quatre derniers titres qui lui sont presque intégralement dédiés s’avèrent particulièrement chouettes. Entre balade crépusculaire pour cowgirl tourmentée ("Scorpion’s Sting"), brûlot Post-Hardcore / Post-Sludge aux accents mystico-acoustiques ("Daimon"), pièce aérienne et lumineuse où la tension instaurée dès les premières secondes finit petit à petit par céder pour un final jouissif ("Crimson Stone") et conclusion intimiste et brumeuse aux ambiances funestes mais pas malheureuses ("Blood Dawn"), Chelsea Wolfe n’a aucun mal à convaincre et à tenir son rang. Une belle démonstration de tout son talent même s’il est vrai qu’elle est ici très bien accompagnée.
Outre madame Wolfe et les membres de Converge qui effectivement occupent presque tout l’espace, impossible de passer sous silence le rôle de Stephen Brodsky dont le talent marque une fois encore tout ce qu’il touche. De l’excellent "Flower Moon" qui n’aurait clairement pas fait tâche sur le dernier album de Cave In au tout aussi chouette "Failure Forever" marqué une fois encore par un sens de la mélodie particulièrement affuté (ces lignes de chant aériennes à vous faire dresser le poil) sans oublier le très convaincant "Daimon" avec là quelques envolées vocales si caractéristiques, l’Américain apporte une dimension supplémentaire aux compositions auxquelles il participe, offrant par la même occasion une certaine variété supplémentaire à des titres qui pourtant n’en manquent pas spécialement. Car les arrangements tout au long de ces cinquante-huit minutes sont également à saluer. Claviers, cordes frappées, nappes synthétiques, guitare acoustique... Tous viennent contribuer à la richesse de ce premier album qui, je le reconnais, s’avère effectivement très bien troussé.
Je n’avais donc pas très envie au départ de me plonger dans la découverte de ce
Bloodmoon: I et puis finalement me voilà encore une fois à tenter de combler mes propres lacunes avec comme toujours dans ce genre de cas quelques mois voire quelques années de retard. Quoi qu’il en soit, ce premier album collaboratif a effectivement tout d’une franche réussite d’autant qu’il place Converge dans un créneau qui habituellement n’est pas vraiment le sien. D’ailleurs, après la déconvenue qu’a été
The Dusk In Us, cette sortie - même située à des kilomètres de ce à quoi nous a habitués Converge par le passé - constitue un bon redressage de barre de la part du groupe de Salem peu habitué à nous décevoir. Il n’est pas dit que cela ne soit pas le cas à nouveau (on sera d’ailleurs très vite fixé avec la sortie imminente d’un nouvel album intitulé
Love Is Not Enough) mais en l’état
Bloodmoon: I possède tout ce qu’il faut pour convaincre les amateurs de Converge, de Cave In et de Chelsea Wolfe.
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