Rares sont les groupes avec trente-cinq ans de carrière derrière eux qui ne se sont pas pris un jour les pieds dans le tapis, trébuchant alors plus ou moins lamentablement. En ce qui concerne Converge, ce triste moment remonte à un petit peu moins de dix ans lors de la sortie du pas génial
The Dusk In Us. Un album pas vraiment mauvais mais qui en ce qui me concerne se situait bien en deçà de ce à quoi m’avait jusque-là habitué le célèbre groupe américain... J’ai d’ailleurs été tenté de définitivement raccrocher les gants avec la sortie de
Bloodmoon: I qui sur le moment m’avait paru extrêmement poussif et opportuniste avant finalement de me raviser, celui-ci ayant été depuis largement réhabilité. Aussi, j’avais bon espoir que ce coup de mou n’ait été que passager et que les Américains sauraient redresser la barre avec ce que l’on peut considérer comme étant leur onzième album.
Intitulé
Love Is Not Enough et paru une fois de plus sous les couleurs du label californien Epitaph Records, ce nouvel album est composé de dix nouveaux morceaux pour seulement trente-et-une minutes. Des chiffres qui se veulent plutôt rassurants puisque ces derniers sous-entendent en effet une certaine urgence (même si ce trait de caractère n’a jamais vraiment fait défaut à Converge) ainsi et surtout qu’une approche peut-être un petit peu plus dépouillée (et je l’espérais également, moins écorchée et larmoyante). D’ailleurs, les quelques extraits dispensés en préambule de ce nouvel album s’étaient montrés tout aussi engageants, laissant ainsi entendre un Converge plus abrasif et direct qui, je dois bien le reconnaitre, m’avait quelque peu manqué... Dès lors, il n’en a pas fallu davantage pour que mes craintes de voir Converge réitérer ses erreurs passées se muent en un sincère sentiment d’excitation à l’idée de retrouver un groupe peut-être pas tout à fait au sommet de son art mais tout de même bien plus proche qu’il ne l’a été ces dix dernières années...
Enregistré et mixé par Kurt Ballou, masterisé par Alan Douches et illustré par Jacob Bannon,
Love Is Not Enough n’est pas ce que l’on peut appeler un album soucieux de sortir des sentiers battus. De l’aveu même de Kurt Ballou, celui-ci est d’ailleurs et surtout l’occasion pour les Américains de recentrer leurs activités et ainsi réintégrer des rôles dans lesquels chaque musicien se sent finalement plus à l’aise et peut-être aussi plus légitime. Il n’y a donc rien de surprenant à voir dans ces dix nouvelles compositions un retour à des choses malgré tout plus familières, évidemment un poil moins surprenantes mais surtout diablement plus directes et efficaces.
Accueilli comme à la maison par une production abrasive, moderne et parfaitement équilibrée, l’auditeur va rapidement être replongé dans des albums tels que
Jane Doe,
You Fail Me et
No Heroes grâce à quatre premières compositions menées avec une rage et une intensité que l’on n'avait plus entendues chez Converge depuis pas loin d’une décennie (même s’il est vrai que le groupe avait retrouvé du poil de la bête sur le EP
Beautiful Ruin paru en 2018). Une entame à la fois sans surprise mais néanmoins étonnante dans la mesure où on ne s’attendait pas à retrouver un Converge aussi lourd et énervé. Une entame particulièrement réjouissante qui suffirait presque à faire de
Love Is Not Enough un bien meilleur album que le très tiède et très décevant
The Dusk In Us. De ces riffs Punk / Hardcore chaotiques et va-t-en-guerre aux inclinaisons Crust / Grind / Powerviolence plus ou moins sous-jacentes ("Love Is Not Enough", "Distract And Divide", "To Fell Something") à ces séquences beaucoup plus groovy et entêtantes (l’excellent "Bad Faith" et ses réminiscences entombiennes période Death’n’Roll) en passant par le chant versatile et assuré d’un Jacob Bannon toujours très en voix (épaulé à plusieurs reprises par Kurt Ballou et Nate Newton pour des chœurs à l’ancienne qui feront assurément plaisir aux clients de la première heure), le groupe de Salem aurait difficilement pu faire meilleure entrée en matière.
Néanmoins, ce onzième album a tout de même davantage à offrir que ce seul démarrage en fanfare, aussi convaincant soit-il. Entre "Beyond Repair" qui sert ici de transition instrumentale capable d’instaurer pendant près de trois minutes un climat plutôt lourd et menaçant à "Amon Amok" tout en contrastes et en nuances en passant par l’excellent "Force Meets Presence", son groove chaloupé auquel succèderont ses attaques quasi-Black / Thrash pour le moins rafraichissantes, "Gilded Cage" et sa charge émotionnelle sensiblement plus prononcée que partout ailleurs sur l’album, "Make Me Forget You" et sa dimension Crust épique saisissante (on est parfois pas très éloigné d’un From Ashes Rise) ou bien encore "We Were Never The Same" et ses courtes charges Stoner Rock qui rappelleront le titre "A Song For The Dead" de Queens Of The Stone Age,
Love Is Not Enough est truffé de bonnes idées, de sonorités relativement nouvelles et de petites choses assez différentes les unes des autres qui font ainsi de ce nouvel album, malgré sa courte durée et malgré cette approche tournée en apparence vers le passé, un disque haut en couleurs et bien plus varié que le suggère paradoxalement ce retour à des choses plus directes et frontales.
Chroniqueur de peu de foi diront certains, je n’avais à l’égard de
Love Is Not Enough pas énormément d’attentes et cela même si
Bloodmoon: I avait bénéficié d’une belle revalorisation ayant d’ailleurs donné lieu à une chronique enthousiaste de ma part il y a de cela quelques semaines. Quoi qu’il en soit, je fais ici amende honorable et m’excuse auprès de Converge pour avoir douté d’eux et de leur capacité à se relever et ainsi revenir en très grande forme. Le groupe m’a donné tort et j’en suis le premier ravi. Certes, ces dix nouvelles compositions ne sont pas celles qui chambouleront la carrière des Américains mais elles risquent cependant de redonner la foi à tous ceux qui comme moi se sont tenus à l’écart de la formation après un
The Dusk In Us geignard et boursouflé aussitôt relégué aux oubliettes... Bref, rien de bien nouveau du côté de Converge et pourtant
Love Is Not Enough atteste d’une fraîcheur et d’une urgence retrouvées qui ne peuvent qu’être saluées !
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